‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 77 sur 125 · III. — Pour i)laîre, il faut peindre l'hoinmc avec vérité · texte numérisé non relu

III. — Pour i)laîre, il faut peindre l'hoinmc avec vérité

Uranie. — La tragédie, sans doute, est quelque chose de beau quand elle est bien touchée; mais la comédie a ses charmes, et je tiens que l'une n'est pas moins difficile que l'autre.

Dorante. — Assurément, madame ; et quand, pour la difficulté, vous mettriez un peu plus du côté de la comédie, peut-être que vous ne vous abuseriez pas. Car enfin, je trouve qu'il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments, de braver en vers la fortune, accuser les destins et dire des injures aux dieux, que d'entrer comme il faut dans le ridicule des hommes, et de rendre agréablement sur le théâtre les défauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez. Ce sont des portraits à plaisir, où l'on ne cherche point de ressemblance ; et vous n'avez qu'à suivreles traits d'une imagination qui se donne l'essor, et qui souvent laisse le vrai pour attraper le merveilleux. Mais lorsque vous peignez les hommes, ilfaut peindre d'après nature. On veut que ces portraits ressemblent; et vous n'avez rien fait, si vous n'y faites rcconnoître les gens de votre siècle.

Molière, Critique de « V Ecole des Femmes », se. vu.

Quant à tous les gens qu'ils ont tâché d'animer contre lui, sur ce qu'il fait, dit-on, des portraits trop ressem-

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Ijlanls, outre que cela est de fort mauvaise grâce, je ne vois lien de plus ridicule et déplus mal repris; et je n'avais pas cru jusqu'ici que ce fût un sujet de blâme pour un comédien que de peindre trop bien les hommes.

Molière, Impromptu de Versailles, se. m.

IV. — Ce iiVst pns les individus, mais rhoiuine g^éiiéral que peint Molière.

Ces sortes de satires tombent directement sur les mœurs, et ne frappent les personnes que par réflexion. N'allons point nous appliquer nous-mêmes les traits d'une censure générale ; et profitons de la leçon, si nous pouvons, sans faire semblant qu'on parle à nous. Toutes les peintures ridicules qu'on expose sur les théâtres doivent être regardées sans chagrin de tout le monde. Ce sont miroirs publics, où il ne faut jamais témoigner qu'on se voie.

Molière, Critique de « C Ecole des Femme?; »,

se. VII.

Vous êtes fous tous deuxde vouloir vous appliquer ces sortes de choses : et voilà de quoi j'ouis l'autre jour se plaindi'e Molière... Il disait que rien ne lui donnait du déplaisir comme d'être accusé de regarder quelqu'un dans les portraits qu'il (ait ; que son dessein est de peindre les mœurs sans vouloir toucher aux personnes, et que tous les personnages qu'il représente sont des personnages en l'air, et des fantômes proprement, qu'il habille à sa fantaisie, pour réjouir les spectateurs... Et en effet je trouve qu'il a raison : car pourquoi vouloir, je vous prie, appliquer tous ses gestes et toutes ses paroles, et chercher à lui faire des affaires en disant hautement : il joue un tel, lorsque ce sont des choses qui peuvent convenir à cent personnes ? Gomme l'affaire de la comédie est de représenter en général tous les défauts des hom-

mes, et principalement des lioinmes de notre siècle, il est impossible à Molière de faire aucun caractère qui ne rencontre quelqu'un dans le monde; et s'il faut qu'on l'accuse d'avoir songé à toutes les personnes où l'on peut trouver les défauts qu'il peint, il faut, sans doute, qu'il ne fasse plus de comédies.

Molière, Impromptu de Versailles^ se. m.

V. — Le comique (et même le comique desmots) doit être pris dans la vérité.

Pour ce qui est des enfants par l'oreille, ils ne sont plaisants que par réflexion à Arnolphe ; et l'auteur n'a pas mis celapour être de soi un bon mot, mais seulement pour une chose qui caractérise l'homme, et peint d'autant mieux, son extravagance, puisqu'il rapporte une chose triviale qu'a dite Agnès, comme la chose la plus belle du monde et qui lui donne une joie inconcevable.

Molière, Critique de « V Eco! e des Femmes », se. VII.

Que la nature donc soit votre étude unique, Auteurs qui prétendez aux honneurs du comique.

La nature, féconde en bizarres portraits,

Dans chaque âme est marquée à de différents traits ;

Un geste la découvre, un rien la fait paraître.

Etudiez la cour et connaissez la ville ;

L'un et l'autre est toujours en modèles fertile.

Aux dépens du bon sens gardez de plaisanter : Jamais de la nature il ne faut s'écarter.

BoiLEAU, Art poétique, chap. lu.

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