I. — L'éloquence janséniste. La sincérité dépouillée d'art
Il ^ ne vouloit pas qu'on s'amusât tant à épiloguer sur les paroles, et à être plus longteras à peser les mots qu'un avaritieux ne seroit à peser l'or à son trébuchet, parce que rien ne ralentit plus le mouvement de l'Esprit Saint que nous devons suivre. Il disoit que cette grande justesse de paroles étoit plus propre aux Académiciens qu'aux défenseurs de la Vérité ; qu'il suffisoit presque qu'il n'y eut rien de choquant dans notre stile, et que ce qui emportoi plus les lecteurs étoit l'éloquence des pensées et la pureté des mouvemens que nous iraprimoit l'Esprit de Dieu -.
Lancelot, Mémoires touchant a vie de Saint- Ctjran^ t. II, p. 130.
Il 3 faut se considérer comme l'instrument et la plume de Dieu... Vous avez vu dans saint Bernard qu'il compare Dieu, au regard des hommes, à un peintre qui conduit la main d'un petit enfant, et ne demande au petit enfant autre chose, sinon qu'il ne remue point sa main, mais qu'il la laisse conduire... C'est donc, dit ce saint homme, l'écrivain et non l'enfant qui écrit; et il seroit ridicule que l'enfant eût vanité de ce qu'il auroit (ait... C'est pourquoi il n'y a rien de si raisonnable que l'humilité dans les travaux pour Dieu, de même que dans les dons naturels. Et en se tenant dans ces sentiments, on croît tout ensemble en vertu et en lumière ; on acquiert