‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 49 sur 106 · La Guuvernaiite, de La Chaussée · texte numérisé non relu

La Guuvernaiite, de La Chaussée

madame la comtesse d'Escarbagnas ne seraient point si plaisants s'ils rimaient. Mais dans les grandes pièces remplies de portraits, de maximes, de récits, et dont les personnages ont des caractères fortement dessinés, telles que le Misanthrope, le Tartufe, V Ecole des Femmes, celle des maris, les Femmes savantes, le Joueur, les vers me paraissent absolument nécessaires; et j'ai toujours été de l'avis de Michel Montaigne, qui dit que « la sentence, pressée aux pieds nombreux de la poésie, s'eslance bien plus brusquement, et me fiert d'une plus vive secousse ».

VoLTAïUE, Dict. philos, art. Art dramatique, comédie.

2° Le ton de la comédie peut parfois s'élever jusqu'au pathétique. Mais la tragédie bourg-eoise, ou comédie larmoyante, « intrig-ue tragique entre gens du commun », est un genre faux.

Si la comédie doit être la représentation des mœurs, cette pièce semble assez de ce caractère. On y voit un mélange de sérieux et de plaisanterie, de comique et de touchant. C'est ainsi que la vie des hommes est bigarrée ; souvent même une seule aventure produit tous ces contrastes. Rien n'est si commun qu'une maison dans laquelle un père gronde, une fille occupée de sa passion pleure, le fils se moque des deux, et quelques parents prennent différemment part à la scène. On raille très souvent dans une chambre ce qui attendrit dans la chambre voisine; et la même personne a quelquefois ri et pleuré de la même chose dans le mênae quart d'heure.

Nous n'inférons pas de là que toute comédie doive avoir des scènes de bouffonnerie et des scènes attendrissantes. Il y a beaucoup de très bonnes pièces où il ne règne que de la gaîté; d'autres toutes sérieuses, d'autres

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mélangées, d'autres où l'attendrissement va jusqu'aux larmes. Il ne faut donner l'exclusion à aucun genre; et. si l'on me demandait quel genre est le meilleur, je répondrais : « Celui qui est le mieux traité ».

Voltaire, VEnfant prodigue, préface de 1738.

Dans cette foule... de brochures dont on est inomlô, il en parut une dans ce temps-là qui mérite d'être d stinguée. C'est une dissertation ingénieuse et approfondie d'un académicien de La Rpchelle * sur cette question, qui semble partager depuis quelques années la littérature, savoir, s'il est permis de faire des comédies attendrissantes. Il paraît se déclarer fortement contre ce genre, dont la petite comédie de Nanine tient beaucoup en quelques endroits. Il condamne avec raison tout ce qui aurait l'air d'une tragédie bourgeoise. En effet que serait-ce qu'une intrigue tragique entre des hommes du comm :in?ce serait seulement avilir le cothurne; ce serait manquer à la fois l'objet de la tragédie et de la comédie ; ce serait une espèce bâtarde, un monstre, né de l'impuissance de faire une comédie et une tragédie véritable.

Cet académicien judicieux blâme surtout les intrigues romanesques et forcées dans ce genre de comédie, où l'on veut attendrir les spectateurs, et qu'on appelle par dérision comédie larmoyante. Mais dans quel genre les intrigues romanesques et forcées peuvent-elles être admises? Ne sont-elles pas toujours un vice essentiel dans quelque ouvrage que ce puisse être ? Il conclut enfin en disant que, si dans une comédie l'attendrissement peut aller quelquefois jusqu'aux larmes, il n'appartient qu'à la passion de l'amour de les faire répandre. Il n'entend pas sans doute l'amour tel qu'il est représenté dans les bonnes tragédies, l'amour furieux, barbare, funeste.

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