CEUX QUI TOUJOORS NIENT
De la peur, qui se soumet en frémissant, à l'orgueil qui se venge, et de l'oi^eil vengé au mol apaisement :
c'est l'histoire des races, des peuples, des maisons et des états. L'honneur couvre les intérêts. Il s'agit de pain et de gloire. Il n'est vainqueur qui n'ait commencé par être esclave. Il n'est vaincu, qui n'ait été un jour vainqueur : il a vécu. La roue tourne et les climats de l'âme sont changés.
L'état de possession détend la fibre ; le muscle s'effémine.
La sûreté de la vie énerve toutes les fortes passions. Moins l'envie.
L'homme qui hait, voilà tout un parti I
Ils aboient, c'est leur musique ; ils mordent, et ils disent que c'est le génie de la France.
Ils virent dans le sépulcre. Ils sont catholiques sans croire, par symbole : car leur nature est proprement de n'être pas. Rien ne les définit que le contraire. Ils voudraient être seuls où ils sont: alors il n'y aurait rien. Il leur faut nier pour être. Ces grands amoureux de la France, ils ont besoin d'exécrer la patrie qu'ils ont, pour aimer celles qu'ils n'ont pas. Si on les retirait de ce siècle, que feraient-ils? Que leur resterait-il, moins l'exécration? Hôtes superbes d'un cercueil! Que cette faune est immodeste !
Quelle vanité forcenée dans l'envie 1 Ils vont répétant partout que la France est morte. Oui, elle l'est en eux, qui vivent dans les cimetières.
On ne peut méconnaître davantage la joie qui est au cœur d'une mère si douce et folle de vie. Jamais le par-
don ne fut pratiqué par un peuple, comme il l'a été, ici. C'est que les forts pardonnent. L'homme qui hait, d'abord, est déchu. La fétide impuissance est toute envie.
litre de son pays : si ce n'est un instinct, quel est donc ce métier? On n'est pas fils ni frère de profession.
On est de son pays comme on est de son sang. Ou est donc nationaliste en naissant ; mais on ne passe pas sa vie uniquement à naître.
Ils sont, dans ce parti, un sourd et trois eunuques, enragés de donner des lois à la musique et à l'amour.
Depuis cent vingt ans, ils vivent sur les biens
nationaux. Et leurs saints, leurs honmiages, leurs
génuflexions devant les émigrés sont tout ce qu'ils leur rendent.
Il n'y a que les plus beaux morts qui vivent : et toujours dans l'amour. Mais ces vivants qui mangent les morts et qui en vivent, à quel nom lugubre riment-ils ? Les grands morts ont été pleins de jours ; les plus tristes
ont vécu dans leur temps, parce qu'on ne peut pas autrement vivre. Le plus dur des hommes sera généreux pourvu qu'il soit grand. Sans gloire et sans pardon, c'est tout comme .
C'est l'amour seul qui conquiert et qui maintient. Qui hait, fait haïr. Ceux qui ont le génie du passé l'incorporent à ce qu'ils aiment.
Etre généreux, être vaste.
Il y a plus d'espace dans le cœur d'une paysanne qui ne hait point, que dans la vaine étendue des rhéteurs et des savants.
La haine est toujours basse. Elle est sotte même. Elle n'accepte pas le monde. Elle en chicane les fatalités.
Les grands cœurs ne cèdent jamais au vil emploi de la haine.
Je ne voudrais pas haïr ce que je suis forcé de tuer. Je ne voudrais pas insulter à ce que je veux détruire. Il est trop bas de se pencher sur l'ennemi à terre, pour lui cracher à la face : c'est bon à l'académicien d'été, bourdonnant de pensées noires sur l'étal des viandes et ronflant autour du gibet.
Ces charognards élèvent leurs enfants à mépriser
ceux qu'ils haïssent. Ils vont jusque-là. Cultiver le mépris dans un cœur d'enfant 1
La vertu du sol n'est pas négative. Si on y plante un cep étranger, ou il faut qu'il prenne le goût de la terre nourrice, ou il faut qu'il périsse sarment. Le sol nourrit ce qu'il accepte, et tue ce qu'il refuse. Ce n'est pas qu'il lui faille distiller des poisons, ou qu'il ait besoin d'armes vénéneuses ; mais le plant étranger, s'il ne se nourrit pas du terroir, il meurt et doit mourir. Et enfin le sol n'est- il plus capable de donner son goût à la graine étrangère, il ne l'est pas davantage de nourrir îa plante natale. Il a perdu sa vertu. Il faut donc l'amender, au lieu de lui faire un ridicule sacrifice d'encens, de haine et de rhétorique bénite.
Comment ne le voient-ils pas, ceux qui nient? Et qu'en niant, ils font plus de mal à leur peuple que tous ceux qu'ils prétendent lui en faire le plus.
Nationalistes : parti de nos fils de famille. Ils héritent, ils ne se lassent pas d'hériter ; ils comptent et recomptent le trésor des siècles : ils estiment imprudemment qu'il leur est dû. Ils n'y ajoutent pas une once, pas un îiard> De quoi ils s'enorgueillissent. Ce trésor ne ?erait fait que de pièces fausses, si le passé n'avait été fait que d'hommes comme eux. Cette superbe de l'héritage (ùs%
peut être la plus vaine de toutes : bien plut d'amour propre que d'amour.