OPPOSITIONS
Il n'y a de vrai parti d'opposition que le révolutionnaire. Le principe est d'entretenir le feu de toutes rébelliona. C'est l'esprit qui rend la flamme aux cendres.
L'énorme ennui du devoir, quand on n'y croit plus. Et la séductinn du plaisir, qu'on est toujours forcé de croire, puisqu'on l'espère
L'honneur des politiques est une forme de leur envie ; et leur vertu, c'est leur hypocrisie. A cet égard, ils ne font qu'un parti, sur toute la terre. Quand le politique est académicien, il ne sait même pas être hypocrite : cette espèce est si vaine, qu'elle lève le masque, pour laire admirer son nez.
La nécessité manie la conscience comme un nouveauné clandestin, qu'il faut étrangler avant qu'il crie, avant qu'il puisse pleurer.
Les innombrables lâchetés de l'intérêt font l'esprit Ce
parti : elles unissent tout le monde. Au contraire, les faiblesses de la passion font de mortels ennemis. Mais, aj'ant l'âme aux passions, qui s'enclorait dans la bassecour, qui serait d'un parti ?
Lo plaisir qui dissout tous les liens, fait de tous ceux qui le cherchent des complices.
Quand le sens de la volupté est adulte, c'en est fait des vieilles lois : le plaisir ne traite plus avec Is devoir, de puissance à puissance. La volupté exige.
On n'a de droits que ceux qu'on prend, disent-ils, eux qui n'en ont aucun, s'en faisant un du plaisir qulls envient. Il n'est pas facile de répondre à une sagesse si nue.
Se faire justice sur le dos de l'État, c'est l'idée qu'on a, quand l'État n'est plus une bête féroce.
GII
Ceux qui se tuent ; ils abdiquent ; mais ils font place. Ils ne se défendent plus : mais quelle menace ! Un monde où, au milieu de richesses incalculables, devant des Alpes de victuailles, un vieil homme, après soixante ans de travail, meurt de faim, à Noël, contre une porte, un tel monde est sans lois. Or, comme il faut toujours des lois, c'est qu'il s'en forme.
Dira-t-on qu'il en fut toujours ainsi? Soit. Mais je n'y étais point, et on ne le savait pas.
cm
La sensualité est meurtrière au respect. Elle est dans le génie des révolutions.
On va voir condamner un homme à mort, par avidité de son opprobre et de ses stupres. On préfère l'assassin au voleur, et celui qui viole à celui qui tue. Si on le montrait nu au tribunal, toute la ville voudrait y être. Les femmes se tueraient à la barre, s'il était permis de le toucher, car elles ne savent plus que faire de leur sang menstruel, et toutes pourtant ne peuvent pas en écrire des livres ou en barbouiller Pégase.
Le misérable, qui a toujours l'air d'un homme comme les autres, que rien ne distingue de tous sinon un degré dans la lâcheté, pleure ou fait semblant; parfois il a envie de rire ; il cache sa tête, qui branle au manche, derrière ses mains. Il n'est donc pas nu. Et pourtant, ces femmes et ces hommes ne sont là que pour la nudité : la sienne et la leur.
Sortie des ouvi'iers.
Quand la chaude journée d'août, lourde de sueurs et de poussière, va sombrer, avec ses galions de misère, de saleté et de peines impures dans le marais sanglant du soleil couché par les rues, on voit de toutes paris les fourmilières de la ville dégorger à flots les hommes.
Accablées de fatigue, usées par la chaleur et la monotooie de la servitude, toutes ces larves de la multitude se traînent, et leur puanteur s'ajoul-e à l'haleine de l'été putride, Sont-ce des hommes ou des esclaves, ces mornes témoins du luxe, dans une saison faite pour le plaisir, tandis que ni le luxe ni le plaisir n'est fait pour eux? Sont-ce des hommes, ou les têtards géants et gris d'une espèce qui vit dans la pierre?
Mais on ne doute plus ; on les reconnaît pour hommes à cet air de révolte et même de haine qui luit, malgré tout, comme une funèbre veilleuse, à travers la vitre empestée de la misère humaine.
Jamais on ne fit un si pauvre emploi des plus belles forces. Cependant, la jeune vie <fTer.sée ofTre son énergie au monde, qui détourne les yeux et qui ronfle dans la plume.
GVI
C'est un grand point pour l'espèce que les individus vivent longtemps. L'intelligence est fonction de la longévité.
Il n'y a point d'expérience qui n'ait d'abord besoin du temps. Le grand âge seul a permis les comparaisons d'oîi le calcul est sorti. C'est parce que la vie de l'homme est longue que l'homme est hoi7ime.
Ce qu'on appelle un peuple vieilli, il n'est donc pas si certain que ce soit un peuple à bout et sur sa fin.