DE SON TRAITEMENT
Nous nous sommes abstenu jusqu’à ce jour de donner nos idées sur le développement et la marche du choléra; car, pour le décrire, il fallait l’observer avec soin sur un grand nombre de malades, comparer les symptômes, les divers traitemens , les résultats ; c’est ce que nous avons fait. Voici le fruit de nos observations : puisse-t-il dessiller les yeux de nos nombreux humoristes!
Nous ne rechercherons pas d’où nous vient le mot choléra. Toutes les disputes sur son étymologie sont ici trop frivoles, trop intempestives, pour nous y arrêter. Qu’on ne s’attende pas non plus à trouver l’histoire du choléra de
l’Inde , de Pologne , de Prusse , de Vienne, de Pétersbourg , de Londres et de Paris ; faisons seulement remarquer qu’il est identiquement le même dans tous les climats où il s’est montré.
Le choléra est une maladie très-ancienne. D’après quelques observations des médecins européens, il paraîtrait que cette épidémie s’est déclarée, à différentes reprises, dans les armées de l’Inde, d’abord en 1756 et 1757 , puis en 1781 et 82. Il est probable aussi que ce fut cette peste affreuse qui enleva en i548 un tiers de la population. Quoiqu’il en soit, rien n’indique dans l’histoire que cette maladie se soit jamais propagée à d’aussi grandes distances que de nos jours.
Nous ne pensons pas qu’elle soit contagieuse ; néanmoins nous dirons avoir remarqué qne , lorsque cette maladie se déclare dans une maison , il est bien rare qu’elle n’affecte pas toutes les personnes qui l’habitent. 11 est bien peu d’exemples qu’elle se soit bornée à un seul sujet. Nous avons observé aussi que des individus qui étaient soumis à l’influence de celte épidémie , en étaient frappés , quoiqu’ils se fussent éloignés de quelques lieues de l’endroit infecté, et que souvent ils étaient cause de la naissance du choléra dans le pays où ils avaient fui.
D’une autre part, nous vous observerons qu’une personne de notre connaissance s’est inoculé, non-seulement du sang de plusieurs cholériques, mais encore des matières trouvées dans le tube digestif; d’autres fois aussi elle a goûté les diverses matières rendues par le vomissement, et cependant elle n’a pas contracté le choléra. Passons maintenant à la source connue.
C’estàZilla-Jessore, ville située à cent milles anglais au nord-ouest de Calcutta, que ce fléau se manifesta , pour la première fois , au mois d’août 1817; sortant de ce foyer d’infection, il s’est étendu à l’est, à l’ouest et au nord. Irrésistible dans sa marche, après avoir traversé l’Océan, les fleuves, franchi les montagnes, décimé une partie de nos voisins, il nous est apparu avec une inconcevable rapidité. Jetons un voile sur le passé, et répétons seulement qu’on est effrayé des ravages épouvantables que cette épidémie a faits dans les divers endroits où elle s’est arrêtée. Mais, grâce à la médecine physiologique, nous espérons l’anéantir. Honte et malheur aux polypharmaques ! ils font autant de ravages que cette mégère impitoyable....
Depuis Hippocrate jusqu’à nos jours, eer-
tains médecins ont pensé que la maladie dont nous nous occupons devait être attribuée à la surabondance, à l’àcreté de la bile, dans le foie d’abord, puis dans l’estomac et les intestins. Plusieurs d’entre eux ne firent point justice de cette erreur, qui fut partagée par le plus grand nombre : ils flottèrent long-tems entre une théorie surannée et la vérité. Cependant un rayon lumineux leur apparut : ils ne surent pas en profiter; du moins ils ne voulurent point faire de concessions à leur fausse théorie; ils se contentèrent de suivre leur médecine empirique; et voyant qu’ils encensaient en vain leurs idoles, ils admirent une espèce de cause occulte. Laissons un instant ces médecins trop classiques; nous aurons occasion de les revoir. Disons seulement que nous considérons depuis long-tems le choléra comme une maladie essentiellement inflammatoire , et rentrons dans des détails qui peuvent ramener à la saine médecine plusieurs de nos honorables onthologistes. Commençons la description de cette cruelle maladie.