GO VIERGE DE FRANÇOIS I
Le plus beau Raphaël qui soit à Paris a un pied de haut: Marie, sa mère, et l'enfant Jésus au milieu, d'un paysage avec une maison qui a noirci au centre de la composition.
Quelle différence pour le goût qui règne en France si Henri IV ou Louis XIV avaient senti les arts comme François I. M ! Louis XIV au lieu de son triste Le Brun eut pû employer le Guerchin mort en 1666. L'Ecole Française aurait un peu de cette force .qui ravit dans les peintres Espagnols fils du Guerchin.
Au lieu de l'affectation de noblesse la France eut connu la grâce véritable celle de la Madelaine allant au tombeau de Jésus, Guerchin du Vatican.
La Fornàrina
à Florence.
Est-il bien certain que ce portrait soit celui de la maîtresse de Raphaël ? Est-il bien certain que ce soit un ouvrage de ce grand maître?
11 est digne de lui.
Dans la galerie du Duc de Modène, je vis en 1823 un portrait de la même femme, seulement elle est plus jeune. Le portrait de Modène est du.Giorgion, ce grand peintre mourut d'amour à 33 ans.
Les manches de la chemise sont de la même forme que dans le tableau de Florence, seulement elles sont abaissées, les boucles d'oreilles sont les mêmes. Du reste la peinture moins belle, moins empâtée est moins modelée que dans le tableau de la Tribune à Florence.
Le coloris de ce portrait est bien celui du Giorgion, on dit même qu'il a passé longtems pour être de lui ; la forme de la main ne me parait pas dans le caractère de dessin de Raphaël.
Je remarque un grand écartement entre l'index et le doigt du milieu, qui n'est pas dans la nature; ôtez ce défaut, la main perd de son énergie, qui correspond si bien à l'expression forte de la tête.
Mais supposons pour un instant, que le tableau soit de Raphaël, est-ce-là le portrait de la Fornarina? Je n'en crois rien; cette tête ne ressemble point à la Fornarina du palais Barberini, ni à la copie du XVI." siècle, que l'on trouve au palais Borghèse.
Consultez aussi les fresques que l'on voyait en 1835 au Casino de Raphaël dans la Villa Borghèse.
Ces dernières, si précieuses pour l'histoire de l'art, offrent les types de plusieurs tètes que l'on rencontre dans divers tableaux du maître, par exemple le type d'une des femmes de la S. 1 * Cécile maintenant à Bologne.
LA F0RNAR1NA. 63
Il était aimable aux élèves de Raphaël de peindre les femmes de la connaissance de leur maître à son Casin de campagne.
On remarque dans la Galerie Pitti (dans une salle du fond) un portrait que je crois celui de la Fornarina; il me parait de la main de Raphaël ; la draperie a été refaite par un autre peintre, mais dessous cette draperie blanche on voit qu'il en existait une rouge. Probablement celle-ci laissait la poitrine plus à découvert, et ce malheureux tableau sera tombé dans des mains scrupuleuses qui l'auront traité comme un sot nommé De Noyers, Ministre du pauvre roi Louis XIII, traita jadis la Léda du Corrège. Le De Noyers était concierge de Fontainebleau. De nos jours encore (1816) cette Léda arrangée par Prudhon a disparu du Musée de Paris, a-t-elle été anéantie par le zèle ou simplement volée? a
(*) On me dit qu'elle est à Berlin. Un coin du tableau, les deux Nymphes jouant avec des Cygnes, a été divinement gravé par Porporati.
Le graveur Morghen savait vendre, il a gravé le portrait de Florence et lui a donné fièrement le nom de la Fornarina, mais na-t-il pas gravé le portrait d'un Altoviti comme étant celui de Raphaël lui-même?
Le beau portrait d'Altoviti est maintenant à Munich; le Roi de ce pays aime vraiment les arts.
Les histoires de Florence parlent de la beauté de ce M. Altoviti qui a la mine d'un fat.
Quant au portrait de Raphaël lui-même, on peut dire que sa physionomie est le contraire de la fatuité française, ou de la sensiblerie des Allemands qui dans leurs copies et gravures en font un Werther bonace. 11 n'était point beau; voir l'Ecole d'Athènes, et surtout le portrait de l'Académie de S. 1 Luc à Rome; rien n'annonce le génie dans cette physionomie.
Le S.* Jean de la Tribune
à Florence.
Cet ouvrage me parait venir à l'appui de ce que j'ai dit à l'article de la Transfiguration. Je ne pense pas qu'il ait autant noirci qu'on le suppose généralement ; vous savez qu'il fut dessiné d'après le corps d'un jeune nègre fort beau. Dans le S. 1 Jean comme dans la Transfiguration nous voyons une grande force dans les ombres ; les lumières aussi sont dorées.
Si la partie inférieure de la Transfiguration est éclairée par le soleil, le S. 1 Jean est éclairé par la splendeur de la croix.
Comme la figure est dans une grotte les ombres sont très-vigoureuses, les clairs dorés, les ombres portées franches; la main qui ap-