CHAPITRE QUATRIÈME
Raphaël.
Vous savez que le 20 Avril 1483, Raphaël nacquit au centre des belles montagnes de l'Appenin, dans la petite ville d'Urbin, embellie par un Prince qui aimait les arts. Son père, peintre médiocre mais raisonnable, après lui avoir montré quelque peu de dessein, l'envoya à Pérouse où régnait Pierre Pérugin, peintre célèbre, timide par excellence. La plupart de ses figures d'hommes ont l'air malheureux de coupables attendant leur jugement ( tel le S.* Louis au Vatican ).
En 1504, Raphaël alla voir Florence el les fameux cartons de Michel-Ange et de Léonard da Vinci ; Fra Bartolommeo lui montra le clairobscur ; il étudia les fresques de Masaccio.
La mort de son père le rappella dans sa patrie. En 1508, le Bramante, alors tout puissant auprès du Pape Jules 11 le fit venir à Rome. La Dispute du S.' Sacrement, son premier ouvrage au Vatican, lui valut la faveur de ce grand homme. Sous Léon X il fut question de Raphaël pour le Cardinalat; enfin il mourut à Rome le Vendredi Saint (Avril) 1520, à l'âge de 37 ans. Le portrait de la Fornarina sa maîtresse se voit au palais Barberini; les dames du Nord la trouvent laide.
C'est à Nicolas V ce Pape homme d'esprit, que l'on doit cette partie du Vatican où la foule des étrangers court admirer la Dispute du S. 1 Sacrement et les autres fresques de Raphaël.
Alexandre VI fit orner de peintures le premier étage. A l'exemple d'Alexandre VI, Jules II dont le caractère rappelle Napoléon, voulut orner de fresques le* second étage de son palais. 11
employait les artistes que l'admiration de son siècle lui avait nommés : Pierre Pérugin, Bramantino, Bartolommeo délia Gatta, Pietro délia Francesca, Luca Signorelli de Cortone, et Razzi, lorsque le Bramante lui parla d'un jeune parent à lui qui venait de faire merveille, à Sienne, où il avait travaillé aux fresques de la Sacristie des trois grâces. Jules 11 consentit à ce que le jeune homme vint à Rome, c'était vers le commencement de 1508. Raphaël fit la Dispute du S.' Sacrement. Le sujet était des plus ingrats. C'est une sorte d'assemblée de tous les hommes qui ont écrit sur la réligion ; Raphaël fit un chef-d'œuvre de grâce et de sérieux.
En le voyant l'impétueux Jules H voulut qu'à l'instant des maçons détruississent à coups de marteau toutes les fresques des autres peintres. Que de haines déchaînées contre le jeune artiste ! Peu-à-peu toutefois la douceur et la modestie de son caractère désarmèrent ses ennemis. Il vivait solitaire avec son amie la Fornarina, on le voyait peu dans le monde, il allait rarement môme aux pique-niques d'artistes,
dont Benvenuto Cellini nous a laissé une description si brillante.
Alors on vit à Rome, la lutte du jeune et tendre Racine contre le sublime Corneille ; Michel-Ange et Raphaël- divisaient les artistes en deux partis, les chefs s'estimaient mais ne se voyaient guères. Michel-Ange était irrité. Ainsi alla le monde pittoresque de 1 508 époque de l'arrivée de Raphaël à 1520 époque de sa mort. Le vieux courtisan Bramante intriguait pour son neveu afin de se venger de Michel- Ange qui l'avait plaisanté (*).
(•) Voir dans le Cénacle de Léonard de Vinci, volume in-folio de Joseph Bossi de Milan, le dialogue du Bramante et de S. 1 Pierre à la porte du Paradis. Voir surtout la Vie de Michel-Ange présentée à ce grand homme par Condivi un de ses élèves, édit. de Florence 1810. A l'énergie du style près , c'est la Vie de Michel-Ange écrite par lui-même.