CHAPITRE CINQUIÈME
Ouvrages de Raphaël
Exiitatu à Rome.
Après avoir vu le Colysée ou S.‘ Pierre, suivant qu’il aime le sublime ancien ou l’art moderne, l’étranger doit se faire indiquer la Farnesina Casin du Roi de Naples ; au plafond, il trouvera les fresques de Psyché par Raphaël.
La vue étant un peu accoutumée aux fres> ques, on peut monter aux Loges (Cour de S.' Damas au Vatican). C’est un portique au second étage du palais, formé par une suite de pilastres ; entre les pilastres sont de petites coupoles au
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nombre de treize ; elles ont été peintes à fresque par Raphaël et ses élèves; chaque voûte présente quatre tableaux.
Le Roi Murat a fermé avec des vitres les espaces qui sont entre les pilastres.
Ces 62 fresques d’assez petite dimension, représentent une suite de suj(^s tirés de l’Ecriture depuis la Création jusqu’à l’institution de la sainte Cène par Jésus Christ.
Bramante avait élevé ce portique et il fut orné de peintures sous le PontiQcat de Léon X, ce grand Prince mort si jeune et trop tôt pour les arts ; s’il eut vécu âge de Pape l’Ecole Romaine eut vu doubler le nombre de ses chefsd'oeuvres.
Raphaël a peint la première fresque au dessus de la porte. Les trois autres fresques de cette première loge, ainsi que les huit de la seconde et de la troisième, sont de Jules Romain.
La quatrième et la cinquième sont de Jean François Penni (il Fattore).
La sixième est de Pellegrino Munari de Modène.
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La septième est encore de Jules Romain.
La huitième est de Perrin del Vaga.
La neuvième est de RafTaellino da Colle.
La sixième et la onzième sont de Perrin del Vaga.
La douzième est de Pellegrino da Modena.
Je n’ai pas pû trouver le nom de l’artiste qui a peint d’un coloris si vigoureux la treizième.
On dirait que la Cène est d’un élève de l’Ecole Lombarde, tant la lumière est distribuée avec une science profonde.
Toutes ces fresques ont été exécutées d’après des cartons de Raphaël et sous sa direction.
La première au dessus de la porte d’entrée, la seule qui soit tout entière de sa main, nous montre le Père Etemel débrouillant le caho. Ce tableau devait servir de modèle aux élèves; malheureusement c’est un de ceux qui ont le plus souffert; les pluies pénétraient librement dans le portique du troisième étage, et quelles pluies! Nous n’en avons pas d’idée au nord des Alpes.
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Les peintres Restaurateurs se sont barbarcment exercés sur cette première fresque ; le pied droit surtout a beaucoup souiTert, mais la main droite et les cheveux ont échappé à leur fureur. Les cheveux surtout sont admirables.
Le pied gauche est bien loin du corps, on peut répondre que ce corps divin se soutient par lui même, et que les nuages ne sont là que pour rassurer l’œil du spectateur.
Reste l’ancienne objection que la vivacité de l’admiration pour Raphaël, rappelle ici, aux âmes délicates, elle n’apparait point au vulgaire qui ne serait plus le vulgaire s’il savait s’étonner.
Comment peut on donner pour signe sensible à la toute puissance un vieillard c’est à dire un homme en décadence? Ceci mènerait trop loin.
Les petits Anges placés dans des losanges autour des quatre tableaux de cette première coupole, suffiraient à la réputation d’un peintre dont il ne resterait que ce seul ouvrage, tant ils ont de sainteté, d’innocence et de grâces,
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La restauration n’a que peu gâté le tableau N.° 2 à gauche peint par Jules Romain, dont les pédans actuels comme nous allons le voir, blâment si vivement la draperie en O, qui à leurs yeux est rococo. Otez l’O, la figure tombe et devient d’une effroyable lourdeur ; mais ces gens là ne voyent pas ces choses.
Les manches du vêtement et les draperies n’ont pas la hardiesse du N.® 1; c’est un élève qui soigne.
Dans le tableau N.® 4 à droite, belle expression de bonté du Père Eternel fesant sortir de terre les animaux. Les cêtés des pilastres formant cette loge sont ornés de petits basreliefs représentants les élèves de Raphaël travaillant aux loges, les uns peignent, d’autres dessinent; on retrouve jusqu’au maçon qui applique l’enduit de chaux sur lequel il faut peindre rapidement chaque jour, tandis qu’il est frais (d’où vient le nom italien fresco et le français fresque).
Ces élèves n’ont pas même dédaigné le manœuvre qui broyé les couleurs.
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Entre les piliers 2, 3 et 4 l’geil trop curieux trouve de petits bas-reliefe (ou stucs) trop expressifs et qu’il ne faut pas regarder; les convenances ont fait des pas de géant depuis cinquante ans.
Seconde coupole.
Tableau N." 8. Création de la femme. Le Père Eternel est pris à Paolo Uccello qui peignit avec des jus d’herbes dans le cloître de Santa Maria Novella à Florence.
Dans l’Eve chassée du Paradis je trouve le buste trop long ; ce groupe est de Masaccio au Carminé à Florence. A cette époque de guerres et de tueries continuelles la force passait pour le premier des avantages et tous les personnages des loges jouissent de cet avantage. Depuis trois siècles toute l’Italie était en feu.
La troisième coupole n’est pas à la hauteur des autres.
Quatrième coupole.
Les trois Anges arrivant chez Abraham, chef-d'œuvre d’élégance et de l’art de grouper.
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Admirable statue de la femme de Loth ; Consternation du père et des ûlles qui s’éloignent rapidement ; grosses têtes et grosses jambes des filles de Loth.
Cinquième coupole.
Isaac aveugle.
Sixième coupole.
Eliézer et Rebecca. C’est, ce me semble, le chef-d’œuvre des loges ; soif chez les moutons qui boivent; perfection de la beauté virile chez Eliézer ; naïveté et possibilité d’émotions tendres chez les deux jeunes filles : grâce de leur pose. Paysage superbe. Vis-à-vis, la famille de Jacob marchant en caravane dans un paysage qui a le seul défaut de p’étre pas le désert. L’homme sur un mulet du premier plan prêterait au ridicule de nos jours, mais le spectateur ravi par le groupe sublime d’une femme avec ses enfans assise sur un chameau, aime la simplicité de l’homme sur son mulet. On voit bien ici les peintres du 16.°” siècle aimant
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le naturel, et se moquant du ridicule: un homme d’une taille épaisse voyageant à cheval a nécessairement les épaules arrondies : Jolies teintes dans les enfans à droite ; grâce des poses à étudier dans les divines têtes de femmes à droite.
Septième coupole.
Figures qui écoutent l'explication des songes donnée par Joseph; ces nuances légères d’émotion sont le triomphe de Raphaël.
Dans le tableau voisin profonde attention du Roi peureux écoutant les explications du même Joseph.
Huitième coupole.
Chef-d’œuvre de naïveté, on ne saurait trop admirer ces charmantes filles qui trouvent Moyse sur les eaux. Lointain du fleuve; ceci est à comparer à l’Eliézer. La peinture ne peut aller plus loin. C’est à mettre à côté de la Madonne de la Bibliothèque de Parme par le Corrège.
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Seuvième coupole.
• Majesté de Moyse recevant les tables de la loi.
Les dixiéme et onzième coupole me semblent inférieures.
Douzième coupole.
La reine de Saba, tableau vigoureux.
Treizième coupole.
Rare et charmante beauté de la Vierge de l’Adoration des Mages au dessus de la porte de la galerie; homme à cheval près de l’entrée de l’étable. Cette Madonne si jolie tient le pied de l’enfant que le Mage à cheveux blancs approche de ses lèvres. Vigueur du baptême de Jésus. S.' Jean se pose un peu pour faire effet comme une statue du Bernin, ou d’un moderne.
Chairs rouges ; grande vigueur des deux têtes d’Anges.
Quant au tableau de la Cène j’avoue qu’il m’étonne ; rien de semblable dans toute l’œuvre
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de Raphaël. Relie distribution de lumière que l’on dirait empruntée à l’Ecole de Léonard de Vinci et du Corrège. Ces grands hommes avaient enseigtié en Lombardie la magie du clair-obscur; je ne l’ai jamais vu jusqu’ici dans l’Ecole Romaine.
Revoir l’EIiézer et le Moyse sauvé des eaux; méditer profondément sur ces tableaux , en acheter la gravure. Cette grâce est différente de celle des Keapsakes anglais ; mais les Keapsakes donnent l’idée de la supériorité du rang, et ils ont raison; c’est le seul genre de grâce auquel puisse arriver l’intelligence de la plupart des femmes riches.
Je continuerai à mal parler : Raphaël a un grand malheur, celui d’être admiré de certaines gens.
Ce qu’il y a' peut-être de plus triste dans les arts c’est d’arriver à Rome avec les idées de Paris.
Parmi les âmes sèches qui se sont mises ■ à étudier les arts, pour le malheur de ceux-ci, il s’est formée une secte qui à la vue du moindre ornement gracieux , crie au rococo, et pour
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le malheur de Raphaël il est honoré de la protection de ces Messieurs. Comme je prenais les notes précédentes aux Loges, j’ai été distrait de mon admiration tendre pour un grand homme, par les assertions bruyantes de certains jeunes savans qui remplissent Rome de [leurs ridicules. Forts sur les dates des tableaux ét sur celles de la naissance et de la mort de chaque peintre ou de chaque Mecène, leur parle-t-on d’une chose qui doit être sentie par l’âme, ils répondent par une date. Ceci est un ridicule propre au 19.” siècle, ambitieux qui veut dire son mot sur tout.
Ces Messieurs par malheur français , riaient avec des yeux sérieux et blâmaient en chœur la draperie en O (se sont là leurs termes) qui entoure le buste du Père Eternel dans le second tableau de la première coupole, œuvre de Jules Romain. Le Père Eternel dit à la mer: Tu n’iras pas plus loin, et du doigt il marque le rivage. Quel genre Pompadour, s’écriaient ces français, quel rococo !
Dans ma tendresse pour Raphaël je trouvais l’air méchant et pédant à ces jeunes sar