SYBILLES A LA PAGE
La veille du jour où l’on doit quitter Rome revoir Michel-Ange et Raphaël, les yeux ont désapris le joli de Paris, et on les goûtera davantage; d’ailleurs on trouve presque par tout des tableaux de Raphaël et Rome seule a ses fresques. L’imitation de Michel- Ange est frappante surtout dans cette admirable figure de jeune fille, portant un vase sur sa tôte, de l’incendie du Borgo. Aller jeter un dernier regard sur l’Armide du Palais Gostaguti.
Les Stanze se voyent mieux lorsqu’il y a de la neige dans la cour, comme le Mars 1840.
Tableaux a l'huile
D« la Galerie du Vatican.
La Transfiguration a été pendant 250 ans à l’Eglise de San Pietro in Montorio (d’où l’on a une si belle vue). Le Cardinal de Médicis l’avait donnée à cette Eglise.
Madonne de Foligno {chef-d’œuvre de coloris).
On l’appelle aussi la Vierge au Donataire; Sigismond Conti obtint cet ouvrage de l’amitié de Raphaël ; Conti est dans le tableau à genoux en habits de Prélat ; il donna cette œuvre immortelle au Couvent des Comtesses à Foligno,
m GALERIE DU VATICAN,
dont sa nièce était Abbesse (*). Sigismond Conti a une triste figure, il était premier Secrétaire de Jules II.
Lb Couronnement de la Vierge.
Ouvrage de la jeunesse de Raphaël. Avant le voyage à Paris qui suivit le traité de Tolentino (15 Avril 1798) on voyait ce tableau à Pérouse dans l’Eglise des Bénédictins.
Le Couronnement de la Vierge.
Le dessin seul de ce tableau est de Raphaël ; on croit qu’il a été exécuté par Jules Romain et F. Penni dit le Fattore.
On remarque dans le fond la vue de Tivoli.
Il était avant le traité de Tolentino à l’Eglise de Monte Luce près de Pérouse.
(*) Prés de Foligno à SpcUo et à Assisi, se trouvent les ouvrages admirables et inconnus du Spagna condisciple de Raphal‘1, et de Ylngegno jeune peintre aveugle à 30 ans.
(iALERlE DD VATICAN.
Les Mystères {petit tableau).
Dans cet ouvrage de la première jeunesse du maître, on reconnaît déjà cette grâce mo- ^ deste, divine et tranquille, qui est le cachet distinctif de toutes ses œuvres. Personne après lui n’a pû y atteindre.
Les figures sont très- petites; le tableau est divisé en trois compartimens, représentant l’Annonciation, l’Adoration des Mages et la Circoncision.
Les Vertus Théologales (grisaille).
Ce petit chef-d’œuvre est aussi divisé en trois compartimens de forme ronde; c’est la Foi, l’Espérance et la Charité. 11 était dans la Sacristie des Pères Conventuels de Pérouse.
Portrait de la Fornarina
Galerie Barberini.
La Fornarina est représentée sans vôtemens autre qu’un voile transparent; elle n’est vue que jusqu’aux genoux.
La poitrine, le bras droit, et la tête sont évidemment de Raphaël, et de sa plus belle manière, on peut dire qu’il n’a rien fait de plus beau que cette poitrine. Les particularités de son style fourmillent dans ce chef-d’œuvre, par exemple la hardiesse avec laquelle il détache les cheveux sur un front vivement éclairé. La main gauche étant mal venue il ne se donne pas la peine de la refaire, remarquez l’anneau singulièrement placé à la première phalange.
LA FORNARINA. IW
Souvent encore l'on retrouve dans le peuple à Rome, des flgures comme celle de la Fornarina, le nez est trop grand, trop avancé, il empiète sur tous les traits environnans, ainsi il y a trop peu d’espace entre le bout du nez et le menton.
Les lèvres avancent vers le milieu de la bouche , ce qui leur donnant une expression constante, ôte toute expression.
Je ne connais aucune tête de Raphaël comparable à celle-ci pour la vérité, et rien de plus faux et de plus sot que ce que l’on trouve sur la Fornarina dans les Biographies de Raphaël récemment publiées. Gardez-vous de les lire, ce sont des romans plats qui vous empêchent p<;ndant deux mois de penser à ce grand homme qui fut le plus heureux des gens de cette espèce.
Tout ce qu’on sait de lui au delà de la liste de ses ouvrages, peut se dire en deux pages, et il serait difficile au savant le plus effronté de remplir trois lignes de ce qu’on sait de la Fornarina.
Un des derniers Biographes décrit la façon dont Raphaël s’y prenait pour lui faire la cour.
LA FORNARINA
il se tenait debout derrière un petit mur de jardin pour voir la Fornarina.
Après la mort de la nièce du Cardinal Bibbiena, qui fut la rivale de la Fornarina, on mit le tombeau de cette nièce au Panthéon ; il se trouve placé près de celui de Raphaël qui lui survécut peu.
L’épitaplie de Marie Bibbiena, qu’on y voit encore, contient quatre lignes remarquables.
MARUE . ANTONII . F . BIBIENAB . 8POBSAE . EIVS QVAE . LAETOS . HTMENEOS . MORTE . PBAEVERTIT BT . ANTE . NVPTIALES . FACES . VIRGO . EST . ELATA BALTEASSAB . TURRINVS . PISCIEN . LEORI . I . DATAR ET . IOANNE8 . BAPTISTA . BBANCONIVS . AQVILAN . A . CVBIC B . M . EX . TESTAMENTO . POSVERVNT CVRANTE . HIERONYMO . VAGNINO . VRBINATI RAPHAELI . PROPINQVO QVI . DOTEM . QVOQVE . HVIV8 . SACELLI 8VA . PECVNIA . AVXIT
Ainsi ce sont les amis de Raphaël qui élèvent un tombeau à cette nièce d’un Cardinal, qu’il n’avait cependant pas épousée.
LA FORNARINA
Je l’avouerai, souvent au retour des longues journées passées au Vatican, à rêver au génie de Raphaël, j’allonge un peu mon chemin, pour passer devant la maison occupée jadis par le père de la Fornarina (Via Porta Settimiana, N." 20, à droite en venant du Ponte Sisto à S.' Pierre à 400 pas avant d’arriver à la Porta Settimiana). Ce qu’il y a de singulier c’est que cette maison après 325 ans, est encore occupée par un four public.
J’ai pensé que je trouverais peut-être un peu de cette curiosité chez quelque lecteur taxé de singularité par ses amis, et j’ai placé en tête de ce volume , une vue de cette maison vulgaire.
La Vi£bge et i.’ Enfant Jésus
Galerie Camuccini.
Dans ce tableau de petite proportion et de la seconde manière de Raphaël, on admire la pureté d’expression et la beauté de la Vierge; il ne peut exister aucun doute sur son originalité.
M. François Duval de Genève, l’un des généreux citoyens de notre République, si connu par le noble emploi d’une belle fortune, possède un tableau obsolument semblable à celui-ci.
Le tableau de M. Duval acquiert un nouveau prix par le voisinage de l’un des chefsd’œuvres d’une école bien différente de celle de Raphaël, je veux parler de la magnifique
r.ALERIE CAMUCCINI. 15:J
Résurrection de Lazare par Rembrant. La Ogurc du Christ tenue dans l’ombre et se détachant sur un ciel clair fixe l’attention sur le Miracle et produit un eiîet étonnant, selon moi. Raphaël n’eut point osé le hasarder. Ce grand homme garda toute sa vie un peu de la timidité du Pérugin. Mais les gens hardis manquent de cette sensibilité profonde qui attache les regards à la moindre de ses figures. Souvent il faut choisir: une âme passionnée et folle comme celle de .1. J. Rousseau, n’a pas la hardiesse brillante de Casanova.
J’ai vu un troisième tableau de la Vierge et de l’enfant Jésus dans une Galerie à Londres.
Bientôt, je le crains, il faudra aller chercher en Angleterre tous les beaux tableaux du monde. En 1838 la Douane anglaise a compté 8000 tableaux entrants.
Et on les place impitoyablement sur des fonds de damas rouge !