PORTRAIT DE RAPHAËL
la bouche et dans le menton, un peu reculé ce qui semble accuser de la faiblesse.
L’ensemble de la physionomie exprime de la douceur et de la simplicité. Le tableau a été mal retouché , surtout vers la jointure des planches, il est sur bois.
Rien dans cette tôte n’annonce le génie; voilà qui est triste à dire. Voyez combien sont menteurs tous les portraits de Raphaël.
On remarque dans la Galerie de S.' Luc, la Fortune de Guide ; un beau Saint par Sébastien del Piombo, et un Ange, sublime fresque de Raphaël. Les jambes sont grosses ; c’est ainsi qu’on les voit aux enfans des paysans voisins de la ville éternelle, on dirait de petits Hercules, et dans les loges du Vatican Raphaël a suivi cette nature. Que dira à cette vue l’amour du svelte que nous ont donné les gravures du Journal des modes!
Une flgure svelte s’habille mieux, et la façon de porter les habits dénoté le rang des personnages.
L'âurore du Guide [Palait Rospigiio$i].
Cette fresque magnifique est peut-être le chef-d’œuvre du Guide; on regrette que cette charmante composition soit placée au plafond, on ne peut jouir qu’imparfaitement de la grâce nohie, et de l’agencement si gracieux qui rè^ gnent dans les figures des heures.
On reconnaît le souvenir du groupe de Niobé. Vous savez que le Guide introduisit dans la peinture l’imitation de l’idéal grec (1600).
11 ne faut pas chercher dans ce peintre la science infinie et l’âme tendre de Raphaël. Le talent du Guide est plus superficiel , moins étudié, mais cet homme aimable possédait la grâce élégante, ses Saints ont l’air de gens comme il faut. Le peintre, joueur déterminé, fréquentait
AURORE Dü GUIDE.
la bonne compagnie. Dominiquin toujours pauvre et méprisé peignait avec son âme ; il savait rendre des émotions, et non faire- deviner le rang que les personnages occupaient dans le monde.
Les femmes du chœur de S.' André délia Valle ont plutôt l’air de paysannes sublimes, voir leurs yeux. Souvenez vous des pendentifs de San Carlo ai Catinari. Cherchez le Samson du Carracbe et quelques Rubens dans la Galerie Rospigliosi que l’on voit diflQcilement.
A S.‘ Silvestre, presque vis-à-vis, voyez quatre lunettes rondes du Dominiquin représentant David, Judith, Ester, et Salomon.
CHAPITRI-: QUINZIÈME
Objets d’Arts dans les EcitisES.
Rome est la ville des fresques ; aucune ville du monde ne peut lui être comparée sous ce rapport ; Raphaël , Michel-Ange et le Dominiquin brillent surtout dans ce genre.
S.‘ Aisdrë delta Valle.
Ce fut dans un temple voisin de l’emplacement où l’on a construit cette Eglise que César fut assassiné.
S.’ ANDKÉ DELIA VALLE.
Les pendentifs de la coupole sont du Dominiquin. Le S.‘ Jean est au premier rang des chefs-d’œuvres de l’Ecole Italienne.
Le Doniiniquin atteint le plus haut degré d’expression dans les têtes qui cherchent leur inspiration dans le ciel. 11 est inutile de louer de telles choses ; le voyageur doit voir s’il les sent. Derrière l’autel dans le fond qu’on appelle la Tribune, le Dominiquin a représenté S.‘ André appelle par le Divin Sauveur. Ici vérité, expression, couleur, on trouve tous les mérites. Le Christ sur le rivage appellant S.' André qui est dans une barque, est vraiment divin. Le paysage est un chef-d'œuvre. Voir les yeux des figures de femmes placées entre les fenêtres. Lanfranc et d'autres peintres intrigants et bien venus des princes, persuadèrent au public et au Dominiquin lui même, que ces fresques étaient une erreur de son talent. Bien des années après, le Dominiquin repassant à Rome alla les voir accompagné de quelques amis. Je ne les trouve pourtant pas si mal, leur dit-il avec naïveté.
S.‘ Omiphrk.
Avant d’entrer dans ce petit Couvent au sommet du Janicule où le Tasse alla mourir, et d’où l’on a une si belle vue de Rome, chercher sous le portique à droite trois fresques sublimes du Dominiquin. Elles représentent trois positions de la vie de S.' Jérôme, cet homme à la mode qui après avoir abandonné les déli(^es de la capitale du monde alla chercher la paix de l’âme dans les déserts de la Syrie. Il y était poursuivi par l’image des délices de Rome.
Au dessous de ces trois fresques, un homme de goût a fait transcrire des passages admirables des lettres de S.' Jérôme qui nous donnent sa confession. Ce fut un personnage comme René cherchant à se consoler par la religion.
Au premier étage du Couvent dans un corridor obscur, on trouve une fresque de Léonard de Vinci, qui a noirci comme beaucoup des ouvrages de cet homme de génie; ce qui reste de cette Madonne est du style le plus élevé. Cela
S.' ONÜPUUE.
rappelle la Vision d’Kzéchiel, la Joconde, les Hérodiades, etc.
Dans la petite Bibliothèque de S.‘Onuphre se trouve le masque du Tasse, et les petits meubles dont il faisait usage au moment de sa mort (1395). Dans l’Eglise j’ai remarqué l’épitaphe si belle faite par lui même; la chercher sur un petit marbre placé dans le pavé à gauche de la porte:
TORQUATI TASSI OSSA HIC JACENT NE NESCIUS ESSES HOSPE8 FRATRE8 Ul'JlIS ECCCESIAE POSDERE. 1605.
Voir les manuscrits du G.'' Alberti qui m’ont touché, les lettres des Princesses surtout.
S." Marie de la Conception des Capucins, prés la Place Barbe rini
Offre un bel ouvrage d’un genre bien différent; c’est là qu’il faut aller chercher l’original de ce S.' Michel du Guide, dont on voit des
s.’' MARIE DE LA CONCEPTION. 253 copies par tout, et une mosaïque à S.‘ Pierre. On fut obligé d’ôter ce joli S.' Michel, il donnait des distractions aux Allés des dévotes qui venaient prier dans cette Basilique.
Rappeliez vous le S.' Michel de Raphaël, comparez ce qui se passe dans votre cœur. Les effets du beau succèdent aux effets du joli. Quand le voyageur, français surtout, pourra distinguer bien nettement ces deux choses, il aura fait un grand pas dans les arts.
S." Marie dü Peuple.
Les superûcies de marbre des tombeaux de S.“ Marie du Peuple, sont remplies d’arabesques charmans à la Oorentine; on trouve, à la Chapelle Chigi des mosaïques représentant le Zodiaque, faites d’après des cartons de Raphaël dont de grossières copies se voient à la Sapienza ( rUniversité de Rome ).
25V s;' MAKIE IH' l‘KL'l»LE.
Des artistes allemands viennent de publier de fort jolies gravures de oes cartons de Raphaël.
A S.” Marie del Popolo cherchez la Naissance de la Vierge, de Sébastien del Piombo; la couleur n’est pas brillante, on dirait que ce Vénitien en arrivant à Rome perdit le mérite caractéristique de son école ; mais c’est de la peinture large et d’un style vraiment historique, il comprenait Michel-Ange.
Voyez à la première Chapelle à droite, de belles fresques du Pinturicchio.
Cette Rasilique est ouverte toute la journée, les autres Eglises de Rome ne sont ouvertes que jusqu’à midi. Toutes celles ornées de 1520 époque de la mort de Raphaël, à 1600, sont dignes d’ôtre examinées avec attention. Ensuite le Bernin vint tout gâter en architecture, et les timides imitateurs des grands peintres tombèrent dans le genre plat et compliqué ! Voir le Cavalier d’Arpin et Consorts, ces peintres qui avaient horreur de l’énergie, et déclaraient détestables Michel-Ange du Carra vage, et son
s.” MARIE DU PEUPLE. 255
élève le français Valentin. On retrouvera ici la position et les injures des pâles littérateures de 1820 maudissant les jeunes gens qui voulaient rappeller à quelque énergie la triste lit- ' térature de l’Empire. De nos jours où trouver un acheteur pour les tableaux du Cavalier d’Arpin, qui de son vivant régnait à Rome?
S.'* Marie sopra Minerva,
C’est dans cette Eglise qu’on appelle de la Minerve, qu’il faut aller chercher une fresque admirable de Filippino Lippi ; ce peintre un peu fou qui enleva une Religieuse d’un Couvent où il travaillait.
Au fond de la croisée, à droite en entrant, cherchez la Dispute de S.' Thomas d’.Aquin. Impossible de porter plus loin l’expression et le naturel dans les poses; toutes les tètes sont belles, remarquez la figure vêtue de rouge qui occujM* le centre du tableau, et surtout la tète