‹ Identification anthropométriqueChapitre 15 sur 126 · DU aiG^ALEMEJNT DESCRIPTIF · texte numérisé non relu

DU aiG^ALEMEJNT DESCRIPTIF

Ainsi il sei'a démontré une fois de plus que si l'homme ne voit partout que hasard et désordre tant qu'il n'a pas saisi la loi do sériation naturelle, tout devient après ordre, succession régulière et causalité.

(D' Bertillon père, in Philosophie et Physique, 1860).

Le signalement descriptif opposé à l'anthropométrique est celui qui décrit avec des mots, à l'aide de la seule observation, sans le secours d'instruments. Tel est le type bien connu des signalements encore en usage pour les passeports, permis de chasse, etc.

Nous allons démontrer comment il est possible de donner au signalement descriptif quelque peu de la rigueur du signalement anthropométrique en y appliquant la méthode des limites d'approximation.

Pour ce, reportons-nous à la note de la page xxxi oii une première allusion a été faite à la loi de sériation des dimensions. Nous y avons constaté le fait de la diminution régulière et symétrique de la fréquence, à mesure que l'on s'éloigne de la moyenne centrale, et nos lecteurs ont présente à l'esprit la forme de la courbe appelée en mathématiques binomiale, qui, d'un trait de plume, figure l'ensemble de ces faits. Nous avons vu que, quelle que soit la partie du corps examiné, la même répartition reproduisant la même courbe se retrouvait partout, identique à elle-même.

Or cette loi a une portée encore plus générale ; elle régit non seulement les dimensions, mais les nuances et les formes des hommes comme des animaux, des êtres vivants comme des objets inanimés.

Tout ce qui vit, croît ou décroît, oscille entre un maximum et un minimum, entre lesquels viennent se grouper la multitude de formes intermédiaires d'autant plus nombreuses qu'elles avoisinent davantage la moyenne, d'autant plus rares qu'elles s'en éloignent.

Cette loi naturelle, découverte par l'illustre Belge Quételet, trouve son explication clans le mélange infini des causes créatrices et plus spécialement, eu ce qui regarde l'espèce humaine, dans la fusion

SX-S.yi INTRODUCTIOX

des races, ])runcs avec blondes, grandes avec petites, etc. Quoi qu'il en soit, a priori, nous pouvons poser comme principe que notre vocabulaire desci'iptif sera d'autant plus conforme à la nature des choses et d'autant plus susceptible, par conséquent, d'être appliqué avec exactitude et facilité qu'il s'inspirera davantage de cette règle universelle.

La langue usuelle, lille de la nécessité journalière, n'a cure de ces idées générales. Le plus souvent elle ne dispose de mots que pour les cas extrêmes, bien tranchés, qui, par Cela même, sont exceptionnels, et elle laisse inconsidérément de côté les intermédiaires, c'est-à-dire les neuf dixièmes des cas pour lesquels elle ne nous offre que les qualificatifs: ordinaire, moyen, commun, qui se résument tous clans le terme, également très employé, de néant.

Ainsi chacun sait, par exemple, ce qu'il faut entendre par yeux bleus et yeux marron {vulgo bruns). Mais quand il s'agit de cjualifier les yeux mitoyens entre ces deux types ethniques (les blonds et les bruns), la langue usuelle ne nous fournit plus que des mots peu exacts où disparaît toute indication de gradation, de transition d'une catégorie à une autre. C'est ainsi que les yeux appelés d'habitude gris, verts, roux, noirs, etc., ne sont à proprement parler ni gris, ni verts, ni roux, ni noirs, mais particij)ent tous plus ou moins de ces qualificatifs. Or ce sont précisément ces catégories mélangées qui, de par la nature des choses, avons-nous dit, doivent être et sont en effet de beaucoup les plus nombreuses. Nous expliquerons plus loin, en ce qui regarde la couleur de l'œil, comment le problème a été résolu.

Le nez nous offre un exemple analogue en ce c[ui regarde la forme. La langue usuelle nous parle de nez retroussé ou de nez en pied de marmite, de nez aquilinou nez en bec d'aigle, mais elle serait incapable de nous fournir des termes pour la multitude des nez qui ne sont ni franchement retroussés, ni franchement aquilins.

Nous pourrions multiplier ces exemples qui tous tendraient à prouver c[ue le peuple cherche non pas à décrire, mais à dépeindre, ce qui n'est pas la même chose, au moyen d'une comparaison ou d'une image, les formes c[ui le frappent, c'est-à-dire les formes exceptionnelles.

La belle avance pour le rédacteur de signalement qui, pris au dépourvu neuf fois sur dix, ne saura comment exprimer les configurations qui lui viendront sous les yeux et qui ne seront nette-

SIGNALEMENT DESCRIPTIF

ment aucune de celles pour la description desquelles il dispose de termes, mais un mélange de toutes à divers degrés.

Ainsi la première des conditions qu'une notation méthodique doive remplir est d'observer et de traduire, par des mots appropriés, l'ordre et la gradation que l'on observe dans la nature. C'est ce même principe que les naturalistes, en se plaçant à un autre point de vue, ont exprimé par l'adage : Naturel nonfacit saltiis (\a natuiG ne t'ait pas de sauts). Sous ce rapport aucun terme de la langue usuelle ne saurait dépasser l'expression numérique, pour la finesse et la sériation des degrés : c'est là l'idéal dont il faut chercher à approcher.

Comparons^ pour fixer les idées, la notation de la hauteur de la taille, formulée d'abord au moyen de chiffres, puis à l'aide de mots. Nous savons tous que la taille de i m. 55, par exemple, est inférieure à celle de i m. 65, et cette dernière inférieure à celle de I m. 75 ; nous n'avons aucune difficulté à intercaler par la pensée autant de valeurs intermédiaires que nous voulons, allant de la plus petite taille imaginable à la plus grande, par échelons insensibles, centimètres par centimètres, ou millimètres par millimètres.

Cherchons maintenant à remplacer dans l'exemple ci-dessus les trois chiffres précédents par des mots. Les qualilicatifs suivants se présenteront immédiatement à l'esprit: taiWe petite, taille moje/?/?e, taille grande. Leur gradation est évidente. Pourtant nous ne serons fixés rigoureusement sur leur A^aleur que lorsque nous aurons déterminé les limites inférieures et supérieures du terme central, autrement dit, quand nous saurons exactement où finit la petite taille et où commence la grande. Admettons provisoirkmexï pour le premier chiffre i m. 60 et pour le second i m. 70.

De cette détermination naîtra aussitôt un embarras. Supposonsnous en présence d'une taille d'environ i m. 69 : les écarts de cette mesure pouvant facilement atteindre deux ou trois centimètres, il faudra nous attendre à voir la taille en question signalée tantôt comme moyenne, tantôt comme grande, sans qu'on puisse arguer de faute ce dernier qualificatif.

La même démonstration pouvant être répétée pour les tailles de I m. 58 à I m. 62, avoisinant la limite inférieure du groupe moyen, nous devons en conclure que, quand nous lisons sur un signalement l'indication taille moyenne , nous pouvons toujours prévoir la possibilité de découvrir un autre signalement de la même individualité apostille des mots soit petit, soit grand,

XXXVIII INTRODUGTIOX

Le terme moyen perd donc toute espèce de signification pour la comparaison de deux descriptions écrites, puisqu'on peut l'appareiller avec chacun des trois échelons de la série : petit, moyen ou grand. Or, de par la courbe binomiale, la division moyenne à elle seule réunit la moitié des cas, quand la description est faite à l'œil, sans l'aide d'instruments anthropométriques, d'après les procédés d'observation et de notation ordinaires. Les deux termes extrêmes grand et petit, pouvant eux-mêmes être également confondus avec le terme moyen de fréquence double, leur mention sur une description n'élimine qu'un quart du tout. Nous sommes ainsi amenés jiour rendre au terme moyen quelque signification, à multiplier le nombre de nos degrés, en intercalant des termes intermédiaires.

L'expression httéraire de ces intercalations peut revêtir bien des formes. En voici un exemple:

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