‹ Identification anthropométriqueChapitre 22 sur 126 · I . DU ROLE COMPARE DES TROIS SORTES DE ^SIGNALEMENT · texte numérisé non relu

I . DU ROLE COMPARE DES TROIS SORTES DE ^SIGNALEMENT

Le colla tionnement des marques particulières, quand le relcA^é primitif en a été fait conformément aux principes de description et de localisation rigoureuses que nous venons d'indiquer clans le chapitre précédent, entraîne avec lui une certitude d'identité bien supérieure à celle qui résulterait de la seule concordance des observations anthropométriques.

La notation des signes individuels serait même appelée à remplacer complètement la mensuration, n'étaient les difficultés inextricables que présenterait une classification basée sur les particularités. Quel ordre, quelle hiérarchie, accorder à chacune d'entre elles, étant donné que leur nombre va toujours en augmentant de la naissance à la mort, que certains sujets en sont presque complètement dépourvus, tandis que d'autres en offrent une telle multitude qu'il est presque impossible de les relever toutes ?

Ainsi un signalement par le moyen des marques particulières viendra très utilement en aide à un signalement par longueurs osseuses, mais sans jamais pouvoir le remplacer. L'anthropométrie, qui est un mécanisme d'élimination, démontre avant tout la nonidentité, tandis que l'identité directe est affirmée par les marques particulières qui, seules, peuvent donner la certitude judiciaire.

Nous sommes maintenant à même de jeter un coup d'œil d'ensemble sur le rôle qui incombe dans l'organisme de répression sociale au trois sortes de signalement.

Un malfaiteur en état de liberté, se rend coupable d'un crime-

LXYI INTRODUCTION

C'est à la police à reconslitucr son signalement descriptif au moyen de toutes les observations qu'elle pourra se procurer, pour arriver à le reconnaître dans la foule des humains et à l'arrêter.

Aussitôt le sujet soupçonné arrêté, le signalement anthropométrique intervient pour fixer son individualité : reconstituer la série de ses anciens écrous, s'il est récidiviste ; lui assurer au contraire, en toute connaissance de cause les atténuations de la loi, s'il est nouveau. Le signalement anthroporaétricjue permet, et il est le seul jusc[u'ici à permettre, étant donné un sujet, de retrouver son nom. 11 remonte dans le passé et assure l'avenir.

C'est donc un signalement exclusivement pénitentiaire dont la vertu ne peut s'exercer c[u'entre les murs d'une prison. En dehors, sur la place publique, par exemple, il est impossible de l'appliquer tel quel ; tout au plus peut-on en extraire pour le signalement descriptif, quelques indications complémentaires, comme la hauteur de la taille, la hauteur du buste, ou la longueur du pied ou des doigts quand les dimensions en sont exceptionnellement petites ou grandes.

Quant au signalement à l'aide des particularités, sa fonction est de mettre hors de discussion les résultats amenés par les deux autres.

Les exemples ne sont pas rares où les trois signalements jouent ainsi leur rôle successivement, tout en concourant au même but, T exécution de la loi pénale : le signalement descriptif pour l'arrestation, le signalement anthropométrique pour la reconstitution des antécédents et le signalement à l'aide des particularités pour la confirmation de l'identité, soit que ce dernier intervienne aussitôt après (ou même avant) l'arrestation soit seulement après une identification anthropométrique (i).

On peut dire, en empruntant la langue des mathématiciens, c[ue le rôle de l'anthropométrie est la réciproque de celui de la description. En effet, ici nous avons un signalement qu'il nous faut appareiller avec l'un des loo.ooo individus libres d'une ville; là, nous

(i) L'arrestation du trop célèbre criminel K.. dit R.., dont il a été tant parlé an commencement de cette année, fournit un exemple frappant du rôle spécial cpii incombe à chacune des trois parties de notre signalement. — Les brigades politiques de la Préfecture de police habilement dirigées ayant appris que l'auteur des explosions d'avril 1892 devait être un certain R.., qui avait déjà eu maille à partir avec la justice, notamment en i8go à Saint-Etienne, où il avait subi une détention de huit jours suivie d'un non-lieu, pour émission de fausses monnaies, la copie de sa ficho signalétiquc relevée à celle époque lut requise immédiatement, au répertoire alphabétique. Il se trouva qu'elle avait été confec-

PARALLELE EXTRE LES TROIS SIGNALEMENTS LXVn

avons an individu détenu qu'il nous faut appareiller avec l'un des loo.ooo signalements de nos greffes : la description désigne l'individu étant donné le nom (et le signalement correspondant); l'anthropométrie procure le nom, étant donné l'individu.

Ces résultats sont confirmés par le signalement au moyen des particularités, soit dans le cabinet du juge d'instruction, soit dcA^ant le Tribunal: c'est le signalement judiciaire, proprement dit. C'est ainsi qu'on retrouve dans les trois parties du signalement les trois grandes divisions de l'autorité répressive : Sûreté publique, Administration pénitentiaire et Justice.

Nous n'avons tant insisté sur ce point que parce qu'il donne lieu encore maintenant à de fausses interprétations.

Combien de fois ne nous a-t-il pas été donné d'entendre des gardiens de prison déclarer que leur signalement était le descriptif, et qu'en faisant de l'anthropométrie, ils faisaient l'ouvrage de la police : tandis que c'est juste l'inverse qui est la vérité, nous croyons l'avoir démontré péremptoirement.

Par contre il ne se passe pas d'année dans les pays où l'organisation anthropométrique est encore en discussion, où les journaux ne publient quelque consultation de policiers éminents, déclarant gravement qu'ils ne sauraient comprendre en quoi l'anthropométrie pourrait leur être de quelque utilité pour l'arrestation des criminels en fuite.

Voici un avis que nous sommes bien près de partager.

tionnée très consciencieusement et très exactement par M. Moulin, alors gardien-commisgrefSer dans cette ville, et qui fut, pour ce fait, nommé depuis gardien-chef. Ce signalement traduit aussitôt en langue usuelle par les soins du juge d'instruction, M. Atthalin, fut communiqué à la presse. Or, les témoins de l'arrestation et en particulier le garçon du café où elle a eu lieu ont été unanimes à déclarer durant l'instruction et devant la Cour d'assises qu'ils ne se sont décidés à informer le commissaire de police de la présence de ce criminel dans le débit, qu'après avoir rel-j dans Le Petit Journal le signalement COMMUNIQUÉ et s'être assuré notamment, à l'insu de leur client, que ce dernier présentait réellement au front et au dos de la main les deu.x cicatrices mentionnées. Il est certain qu'ils n'auraient pas été aussi loin, si le relevé des particularités n'était venu à point pour transformer leurs présomptions en certitude.

Si maintenant nous recherchons les circonstances qui ont précédé et motivé les premiers soupçons, il ressort du récit des témoins que, dans cette arrestation, ce sont les extravagants propos tenus par l'anarchiste qui ont attiré sur lui l'attention des personnes présentes. Ce sont donc ces pro/jos qui en cette circonstance ont joué le rôle qui incombe théoriquement au signalement descriptif, lequel embrasse d'ailleurs tout l'individu, son physique comme son moral, son allure, son langage, ses goûts et ses passions.

Avons-nous besoin de dire aux « initiés » que, dans l'état actuel des choses et étant donnée l'imperfection des signalements mis d'habitude à la disposition des professionnels euxmêmes, il n'y a pas un seul exemple véridique d'une arrestation déterminée uniquement par la description physique du sujet. Les seals focteurs réellement actifs étaient, jusqu'à présent, ou l'allure suspecte et la maladresse du fugitif, ou plus souvent encore, quelque dénonciation anonyme très explicite.

lAYlii INTRODUCTION

Ajoutons pourtant que, dans les villes où l'an ihropomélrie fonctionne bien, la police est la première à tirer profil des renseignements d'identité qui lui sont fournis par ce canal. A Paris, notamment, elle ne manque jamais d'y conduire ce qu'on est convenu d'appeler les grands criminels, avant même de les faire écrouer au Dépôt.

Puis n'avons-nous pas démontré plus haut que l'adoption de la méthode anthropométrique entraînait une réforme concomitante dans les procédés de description signalétique en usage dans les prisons et que là, plus encore, l'avantage que la police était appelée à en tirer (aussitôt qu'elle sera familiarisée elle- même avec la façon de s'en servir) était évident et aura dans l'avenir des conséquences plus importantes encore.

Aussi, tout en maintenant au signalement anthropométrique son caractère pénitentiaire, n'avons-uous été nullement étonné de voir les polices de grandes capitales comme Saint-Pétersbourg, Chicago, Buenos-Ayres, Genève, prendre l'initiative de l'organisation d'un service anthropométrique analogue à celui de Paris.

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