XXI VI INTRODUCTION
des races, brunes avec blondes, grandes avec petites, etc. Quoi qu'il en soit, a priori, nous pouvons poser comme principe que notre vocabulaire descriptif sera d'autant plus conforme à la nature des choses et d'autant plus susceptible, par conséquent, d'être appliqué avec exactitude et facilité qu41 s'inspirera davantage de cette règle universelle.
La langue usuelle, fille de la nécessité journalière, n'a cure de ces idées générales. Le plus souvent elle ne dispose de mots que pour les cas extrêmes, bien tranchés, qui, par cela même, sont exceptionnels, et elle laisse inconsidérément de côté les intermédiaires, c'est-à-dire les neuf dixièmes des cas pour lesquels elle ne nous offre que les qualificatifs: ordinaire, moyen, commun, qui se résument tous dans le terme, également très employé, de néant.
Ainsi chacun sait, par exemple, ce qu'il faut entendre par yeux bleus et yeux marron {vulgo bruns). Mais quand il s'agit de qualifier les yeux mitoyens entre ces deux types ethniques (les blonds et les bruns), la langue usuelle ne nous fournit plus que des mots peu exacts où disparaît toute indication de gradation, de transition d'une catégorie à une autre. C'est ainsi que les yeux appelés d'habitude jm, verts, roux, noirs, etc., ne sont à proprement parler ni gris, ni verts, ni roux, ni noirs, mais participent tous plus ou moins de ces qualificatifs. Or ce sont précisément ces catégories mélangées qui, de par la. nature des choses, avons-nous dit, doivent être et sont en effet de beaucoup les plus nombreuses. Nous expliquerons plus loin, en ce qui regarde la couleur de l'œil, comment le problème a été résolu.
Le nez nous offre un exemple analogue en ce qui regarde la forme. La langue usuelle nous parle de nez retroussé ou de nez en pied de marmite, de nez aquilinou nez en bec d'aigle, mais elle serait incapable de nous fournir des termes pour la multitude des nez qui ne sont ni franchement retroussés, ni franchement aquilins.
Nous pourrions multiplier ces exemples qui tous tendraient à prouver que le peuple cherche non pas à décrire, mais à dépeindre, ce qui n'est pas la même chose, au moyen d'une comparaison ou d'une image, les formes qui le frappent, c'est-à-dire les formes exceptionnelles.
La belle avance pour le rédacteur de signalement qui, pris au dépourvu neuf fois sur dix, ne saura comment exprimer les configurations qui lui viendront sous les yeux et qui ne seront nette-
SIGNALEMENT DESCRIPTIF ïxivil
ment aucune de celles pour la description desquelles il dispose de termes, mais un mélange de toutes à divers degrés.
Ainsi la première des conditions qu'une notation méthodique doive remplir est d'observer et de traduire, par des mots appropriés, Tordre et la gradation que Ton observe dans la nature. C*est ce même principe que les naturalistes, en se plaçant à un autre point de vue, ont exprimé par l'adage : Natura nonfacit saltus (la nature ne fait pas de sauts). Sous ce rapport aucun terme delà langue usuelle ne saurait dépasser l'expression numérique, pour la finesse et la sériation des degrés ; c'est là l'idéal dont il faut chercher à approcher.
Comparons, pour fixer les idées, la notation de la hauteur de la taille, formulée d'abord au moyen de chiflres, puis à l'aide de mots. Nous savons tous que la taille de i m. 55, par exemple, est inférieure à celle de I m. 65, et cette dernière inférieure à celle de I m. 75 ; nous n'avons aucune difficulté à intercaler par la pensée autant de valeurs intermédiaires que nous voulons, allant de la plus petite taille imaginable à la plus grande, par échelons insensibles, centimètres par centimètres, ou millimètres par millimètres.
Cherchons maintenant k remplacer dans l'exemple ci-dessus les trois chiffres précédents par des mots. Les qualificatifs suivants se présenteront immédiatement à l'esprit : taille petite, taille moyenne, taille grande. Leur gradation est évidente. Pourtant nous ne serons fixés rigoureusement sur leur valeur que lorsque nous aurons déterminé les limites inférieures et supérieures du terme central, autrement dit, quand nous saurons exactement où finit la petite taille et où commence la grande. Admettons provisoirement pour le premier chiffre i m. 60 et pour le second i m. 70.
De cette détermination naîtra aussitôt un embarras. Supposonsnous en présence d'une taille d'environ i m. 69 : les écarts de cette mesure pouvant facilement atteindre deux ou trois centimètres, il faudra nous attendre à voir la taille en question signalée tantôt comme moyenne, tantôt comme grande, sans qu'on puisse arguer de faute ce dernier qualificatif.
La même démonstration pouvant être répétée pour les tailles de I m. 58 à I m. 62, avoisinant la limite inférieure du groupe moyen, nous devons en conclure que, quand nous lisons sur un signalement l'indication taille moyenne , nous pouvons toujours prévoir la possibilité de découvrir un autre signalement de la même individualité apostille des mots soit petit, soit grand.