‹ Identité et réalitéChapitre 108 sur 274 · LwoisiKB. /. c. p · texte numérisé non relu

LwoisiKB. /. c. p

iî. J. S. Mill. J Syslemof Logic, etc. Londres, 1884. p. 163.

:'.. Littré. La science au point de vue philosophique. .> éd. Parisld73,p.32i.

Lk DKM0N.STRATION EXPEIUMENTALE VOIS

L'historique du principe, tel que nous venons de l'esquisser, suffit, semble-t-il, pour établir que cette théorie est fort éloignée de la réalité. Quelles sont les expériences sur lesquelles se fondaient les atomistes anciens pour énoncer le principe? On serait fort empêché de le dire. Ils se contentaient d'affirmer que toute matière était nécessairement pesante, mais ces! là une thèse qui a besoin elle-même d'une preuve expérimentale ; or cette preuve était impossible à fournir à l'époque, et rien ne démontrait certes, au moment où fut écrit le De natura rerum, que la théorie aristotélicienne de la légèreté absolue de certains corps fût inexacte. Les deux expériences, fort imparfaites, de Jean Rey peuvent-elles passer pour des preuves? Il suffît de parcourir les Essays pour se convaincre que rien n'était plus loin de la pensée de Tauteur que de les présenter comme telles. Le principe lui parait établi avant toute expérience et il s'en sert ensuite pour élucider des phénomènes particuliers ; à aucun moment il n'indique que la réussite de cette opération puisse être considérée comme une confirmation du principe, lequel évidemment, à son avis, n'en avait pas besoin. Lavoisier, nous l'avons vu, applique d'abord le principe sans le formuler. Dans ses écrits postérieurs, on le trouve quelquefois énoncé, avec beaucoup de netteté, cela va sans dire, comme tout ce qui émane de cet admirable esprit, fait de clarté et de précision. C'est ainsi que dans le Trmh' élémentaire de chimie, il remarque en passant qu'une « matière quelconque ne peut rien fournir dans une expérience au delà de la totalité de son poids » et que <( la détermination du poids des matières et des produits avant ou après les expériences » est « la base de tout ce qu'on peut faire d'utile et d'exact en chimie ». Parfois il insiste un peu plus, en déclarant que <( rien ne se crée ni dans les opérations de l'art, ni dans celles de la nature » et que « l'on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une égale quantité de matière avant et après ropération/. » Mais à aucun moment il n'indique qu'il y a là un énoncé ayant besoin d'être démontré. Est-ce à dire qu'à cette époque la démonstration fût devenue inutile, puisqu'elle découlait implicitement de quantité de faits connus? Telle n'était assurément pas l'avis des contemporains, même des plus illustres, nous l'avons vu par l'exemple de Scheele. Od pourrait encore supposer que Lavoisier se servait du

\. L.woisiBR, l. c, vol. l. p. 76, i:51, 401.

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principe comme d'une sorte d hypothèse provisoire, « hypothèse de travail », se réservant de confirmer ou d'infirmer cette supposition au cours de ses expériences ; mais il suffit de parcourir ses œuvres pour se convaincre qu'il n'en est point ainsi, que, tout comme les anciens et comme Jean Rey, il applique le principe en toute certitude, ne doutant pas un seul instant que l'expérience ne doive le confirmer, que toute anomalie ne doive être qu'apparente et trouver son explication. Il lui arrive parfois, au cours d'une série d'expériences, de peser directement une matière dont il avait d'abord déterminé le poids par voie indirecte. Il estime cette vérification utile car « il n'est jamais permis, en physique, de supposer ce qu'on peut déterminer par des expériences directes. » Mais il indique en même temps que la conclusion d'après laquelle le poids du corps en question devait être égal à la somme des poids de ses composants lui paraît « évidente » et « était facile à prévoir a priori'^ ». On ne peut même pas affirmer que le triomphe définitif du principe fût dû à des expériences très probantes. Prenons un travail postérieur de Lavoisier, un des plus justement célèbres, celui qui porte le titre Expériemes sur la respiration des animaux etc.- Il a chauffé, pendant douze jours, 4 onces de mercure, dans un appareil contenant 50 pouces cubiques d'air commun. Au bout de ce temps il a constaté qu'un sixième environ de l'air avait disparu, alors qu'il s'était formé 45 grains de mercure précipité perse ou chaux de mercure. Les ayant soigneusement rassemblés, il les a mis dans une petite cornue en verre dont le col recourbé s'engageait sous une cloche remplie d'eau, et a procédé à la réduction. Il constate qu'il retrouve par cette opération « à peu près la même quantité d'air qui avait été absorbée pendant lacalcination, c*est-à-dire 8 à 9 pouces cubiques environ » et qu'en ajoutant cet air (qui était ce qu'il a appelé plus tard de l'oxygène — il le qualifie d'air « éminemment respirable ») à celui qui avait été « vicié par la calcination du mercure », il rétablit ce derniers assez exactement dans l'état où il était aVant la calcination, c'est-à-dire dans l'état de l'air commun ». Il conclut que c'est là « l'espèce de preuve la plus complète à laquelle on puisse arriver en chimie, la décomposition de l'air et sa recomposition . » Il est évident cependant, par ses

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