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LK> THÉOUIES DE PHOUT ET DE MENDBLÉBF

Sans doute, personne n'affirme que les éléments, en entrant dans ces combinaisons^ conservent toutes leurs propriétés ; il semble même, à première vue, qu'il ne saurait y avoir aucun rapport à cet égard entre le métal potassium, le gaz hydrogène, etc.. d'une part, et le bisulfite dautre part. On sait cependant que de tels rapports existent. Le plus important, qu'on appelait autrefois la loi des équivalents, fut établi par Gay-Lussac et transformé par Avogadro, lequel y rattacha des considérations sur les poids spécifiques des gaz. Depuis, les chimistes en ont trouvé d'autres : patiemment ils continuent à chercher, convaincus d'avance que ces rapports existent, qu'il ne s'agit que de les dégager; ce qu'on appelle chimie physique ou générale n'est par le fait que l'étude de l'influence qu'exerce sur les propriétés des corps leur composition chimique, c'est-à-dire l'ensemble des propriétés de leurs éléments et leur mode de groupement.

Il est difficile, semble-t-il, de douter, dans ces conditions, que l'hétérogénéité des éléments primordiaux constitue réellement le fond de la chimie. Si cependant nous recherchons à cet égard les opinions des chimistes eux-mêmes, et surtout des théoriciens de la chimie, nous constaterons des doutes manifestes, et même quelquefois l'affirmation nette de l'unité de la matière. Cela date de loin. Lavoisier déjà hésitait à placer sur le même rang tous les éléments dont il avait établi l'existence. L'oxygène, l'azote, l'hydrogène lui paraissaient plus simples que les autres corps qui, par conséquent, n'auraient été que des composés*. Eu 1815 Prout formula sa théorie bien connue en vertu de laquelle l'hydrogène serait l'élément primordial, dont seraient composés tous les autres ; cette conception eut une fortune extraordinaire et compta parmi ses adhérents beaucoup de chimistes autorisés, entre autres J.-B. Dumas qui, il est vrai, la modifia légèrement, en partant d'un sous-multiple du poids atomique de l'hydrogène-. Les recherches ultérieures ne la confirmèrent pas; mais elle résista longtemps et elle est loin d'avoir définitivement disparu'. Plus considérable encore fut le

1. Cf. BoiAssE. Intl'odttcfion à l'étude des fhéones de la mécanique. Paris, 1895, p. 100.

i. Ib., p. 169.

3. Cf. K. BooTB. Proul's Hf/pothese, etc. Wiedeinann's Annalen, 1902 Sf)l. — R. J. Strltt. Ueùei* die Tendenz, etc., iô. — C. IIallcis. Atomgewichts" grundzahlen , ih. 1903. — Hixrichs. The Eléments of Alom Méchantes, vol. I" (cité d'après la Revue générale des sciences, vol. VI, 1895, p. 756).

succès (les couceptious fondées sur la périodicité des poids atomiques, couceptious dout le premier initiateur fut ChaocourtoisS mais qui reçurent leur forme définitive de Mendéléef . Les théories du chimiste russe ont été le point de départ d'un grand nombre de travaux scientifiques, et bien que les polémiques qu'elles ont suscitées soient loin d'être éteintes, ce n'est certes pas aller trop loin que d'alfirmer qu'elles font à l'heure actuelle partie intégrante de la chimie théorique-.

Etant donné que l'abandon de l'immutabilité des éléments bouleverserait profondément, nous l'avons vu, l'édifice entier de la chimie, ou serait porté à croire que toute supposition qui y tendrait serait accueillie avec une méfiance extrême, et qu'il faudrait des preuves expérimentales très probantes pour engager la science dans cette voie. Or, ni du temps de Prout, ni du temps de Mendcléef on n'a connu ombre d*un fait pouvant faire douter de la fixité des éléments chimiques. Il y a plus, les bases expérimentales des deux théories ont toujours été extrêmement minces et il fallait certes, à Tépoque où elles ont paru, une bonne volonté extrême pour admettre des constructions aussi hardies érigées sur des fondements aussi peu solides^

Ces considérations démontrent clairement, semble-t-il, que les chimistes, eu dépit des résultats expérimentaux et des exigences de la théorie qu'ils professent ostensiblement, n'ont jamais accepté qu'à leur corps défendant le fait de l'existence d'une soixantaine d'éléments. Berthelot nous assure que les chimistes avaient « toujours conservé l'espoir de dépasser »

1. A.-E. Béiîuyeu i»E Cmancourtois. Vi^ fellurûjiie. Paris, 1863.

2. Cf. ù ce snjol S«:HUTZENBEn<;EK. Traité de chimie ffénérale, p. VIIl où l'on voit clairoment que re qui tente surtout les chimistes dans ces conceptions, c'est qu'elles apparaissent comme un acheminement vers l'unité (le la matière.

3. On trouvera chez A. Kiaiu). Les nouvelles théoiûes chimiqueSy 3« éd. Paris, s. d., p. 51 et Revue prônt-rale des sciences, vol. Vf, 1895, p. 78i, (pielques indications sur les objections que rencontre la théorie de Mendéléef.

La contradiction fondamenlale entre le conropi, giMiéralemenl adopte, de Pélément chimique et le postulat de runit«> de la matière a été excellemment mise en lumière par M. Kozlowski (Smc la notion^ etc. Congrès de philosophie de 1900, vol. III, p. 536 ss, Zasady przijrodoznawslwa^ Varsovie, 1903, p. 272 ss.). Notons cependant que d'après M. Kozlowski le postulat en question aurait sa source dans l'unité de la sensation tactile (Zasady, p. 264).

LE « POSTULAT SECRET » DE l'aTOMISME 221

ce qu'ils considéraient comme une limite provisoire*. Il est tout aussi significatif que Gibbs, dont les célèbres travaux théoriques semblent devoir orienter la science entière dans une direction nouvelle et fructueuse, n'ait pas hésité à fonder un des postulats fondamentaux de sa doctrine sur la possibilité de la transmutation* et que Friedel, après avoir déclaré que (c la notion d'une matière élémentaire unique est plutôt une conception philosophique qu'autre chose » ait réclamé, trois pages plus loin, « une explication mécanique du fait général auquel on a donné le nom d'atomicité ou valence des atomes"^ ». L'atomicité ou valence est une expression de Taffinité, la propriété la plus intime des atomes chimiques, celle par laquelle, en définitive, les autres doivent pouvoir s'expliquer. Si elle exige à son tour une explication, c'est qu'on la reconnaît comme qualité occulte, c'est-à-dire qu'on suppose que tout doit se ramener à une matière unique dépourvue de qualités.

Nous pouvons aussi citer les témoignages de philosophes, tels que Spencer, Lotze, M. Wundt et Hannequin. Pour Herbert Spencer, les propriétés des différents éléments chimiques « résultent de différences d'arrangement provenant de la composition et recomposition d'unités ultimes homogènes* ». M. Wundt, après avoir constaté que « la chimie rapporte encore les diverses qualités de la matière à une différence qualitative originelle entre les atomes » ajoute aussitôt : << Mais la tendance générale de l'atomisme en physique est de dériver toutes les propriétés qualitatives de la matière des formes du mouvement atomique. Ainsi les atomes euxmêmes restent des éléments entièrement dépourvus de qualités^ » De même Hannequin déclare que l'unité de la matière est « le postulat secret de tout atomisme^ ». Mais il est peutêtre encore plus significatif que cette tendance soit constatée par Lotze\ car ce métaphysicien est l'adversaire du concept

i. M. Bbrthelot. Les origines de Valchimie, Paris. 1883, p. 289.

2. Cf. Le Ghatelier. La loi des phases. Revue Générale des sciences, 10, 1899, p. 760.

3. Ch. Friedel. Préface à J.-B. SjkLLO. La matière et la physique moderne, 3» éd. Paris, 1899, p. 9 et 12.

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