‹ Identité et réalitéChapitre 160 sur 274 · Lucien Poincaré. La physique moderne, p · texte numérisé non relu

Lucien Poincaré. La physique moderne, p

4. Lbibniz. Theoria motus concreti seu hypothesis nova, Mayence 1671. Mathematische Schriften. éd. Gerhardt, vol. VI, p. 17 ss. Leibniz concevait cependant la nécessité d'un principe de différenciation (voir plus loin, p. 232).

5. Malbbranchb. Réflexions sur la lumière et Uê couleurs, Histoire de l'Académie Royale des sciences, année 1699, Mémoires, p. 22.

230 L UNITE DE LA MÀTlKaS

y ériger, et que le nombre des faits ou des rapports qu elles étaient susceptibles d'expliquer était extrêmement réduit; il est surprenant qu'elles aient eu un succès considérable, et plus étonnant encore que leurs auteurs aient pu s'abuser sur leur valeur : ce fait seul nous ferait soupçonner au besoin qu'il doit y avoir là une secrète propension de Tesprit humain. Dans les tout derniers temps, le courant semble avoir encore gagné en force. Que Télher doive, comme Ta dit Hertz, expliquer tout en dernière instance, môme <c l'essence de la vieille matière clle-mème et de ses qualités les plus intimes de gravitation et d'inertie » et que cette explication soit ce le but ultime de la physique ^ » c'est ce qui a paru, aux savants du XIX* siècle, le moins contestable des principes. Dans les théories éleclriciues de la matière, autant qu'elles conservent la nolioii de réllier, le nouvel atome, « l'électron », n'apparaît que comme un « point singulier dans l'éther^ ».

Or, ([u'esl-ce au fond que Téther ? Nous avons vu qu'au sujet do ses propriétés les suppositions les plus diverses, et bien souvent les plus contradictoires et les moins acceptables, ont été formulées par les physiciens. Mais il y a un trait qui domine toutes ces hypothèses : c'est que Téther remplit l'espace ; c'est la sa fonction essentielle, celle en vue de laquelle il a été créé. Cette genèse a été fort clairement expliquée par M. II. Poincaré *. La lumière qui nous parvient d'étoiles lointaines met, nous le savons, un temps considérable pour arriver juscju'à nous. Où est-elle pendant ce laps de temps? Nous ne pouvons supposer qu'elle n'existe pas, car alors la lumière atteignant la terre ne serait plus la conséquence d'un fait innnédiatemeut précédent, mais, directement et sans continuité, d'un fait séparé par un intervalle de temps, ce qui est inadmissible. Par conséquent, il faut bien qu'elle soit quel- (jue part, et elle ne peut être que dans l'espace intermédiaire, espace qui, à d'autres égards, nous apparaît comme vide. Les propriétés que nous attribuons à l'éther sont donc en réalité celles du vide, ainsi que l'a dit Maxwell^ et lether lui-même

1. Hektz. Ueber die Deziehimgen zwischen Lichl und ElektHcilaet (iesammelle Werke, Leipzig. 1895, vol. I", p. 352.

2. II. PoiNCARÊ. /. c, p. 298, 301. Larmou, Aether and Maller, Cambridge lUOO, p. 171.

Page 1