‹ Identité et réalitéChapitre 177 sur 274 · G LE PRINCIPE DE CARXOT · texte numérisé non relu

G LE PRINCIPE DE CARXOT

eu (léterniiuer les causes, c'est rétablir l'ideuti té dans le temps et par conséquent la réversibilité. 11 faut alors nécessairement, comme raditBoltzmann, « employer, comme image de l'univers, un système dont les variations avec le temps soient données par des équations dans lesquelles la direction positive et la direction négative de la durée jouent le même rôle, et qui permettent pourtant d'expliquer, par une hypothèse spéciale, Tappareuce d'irréversibilité observée pendant de longs intervalles de temps^ » C*est pourquoi la mécanique rationnelle est, comme nous Tavons vu au chapitre précédent, fondée tout entière sur le postulat de réversibilité. En établissant combien est profonde la divergence entre ce mode do représentation et la réalité, nous avions anticipé sur le principe de Carnot. La raison d'être de ce principe est de préciser Tirréversibilité, de la rendre tangible ; il est donc naturel que nous éprouvions de grandes difficultés à lui trouver une explication mécanique, c'est-à-dire à le réduire à son tour à ridentité. Et à supposer que cette réduction fût possible, elle répugnerait toujours, dans une certaine mesure, à notre pensée, car les deux concepts antagonistes d'identité dans le temps et d'irréversibilité se trouventici d*une manière trop précise en face Tun de l'autre pour être facilement réconciliés dans notre entendement.

Mais quoi que nous en ayons, et qu'il nous paraisse adéquat ou non à notre esprit, le principe de Carnot est un fait, et même le fait de beaucoup le plus important la science entière. Il suffît, en effet, de regarder la réalité sans parti pris pour se convaincre que ce qui demeure est peu de chose à l'égard de ce qui se modifie. C'est uniquement l'illusion causale qui nous pousse à exagérer l'importance du premier aux dépens du second : ce qui est resté est l'essentiel, la « substance », alors que ce qui se modifie n'est que « l'accident )). Or l'inertie, nous l'avons vu, est une conception purement idéale ; personne n'a jamais vu un mouvement uniforme en ligne droite, et à plus forte raison n'a pu constater qu'il se maintenait indéfiniment. Et puis la vitesse est-elle vraiment chose plus essentielle que le lieu, et la direction, que la vitesse en ligne courbe ? Quand je vois un corps rouge et pulvérulent donner naissance à un métal liquide et à un gaz incolore, puis-je affirmer, parce que je constate que le poids

•1; L^BoLTZMANN. Leçofis suv la théoHe des gazy II* parUe. Paris, 1905,

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est resté le même, que ce qui est changé est peu important à regard de ce qui est demeuré? Quant à l*énergie, le moins qu'on en puisse dire, c'est que sa conservation nous est d'un bien mince secours pour nous garantir l'identité de l'univers dans le temps. Il y avait une masse d'eau dans un réservoir haut placé, je Tai utilisée pour faire tourner un moulio, beaucoup d'énergie s'est dissipée en route par le frottement, etc., le reste m'a servi à transformer du blé en farine ; et pourtant l'énergie s'est « conservée », elle est restée «constante». On trouve quelquefois affirmé que la conservation de l'énergie nous garantit Tindestructibilité du mouvement. «Ceux qui s'imaginent que les forces actives diminuent d'ellesmêmes dans le monde, ne connaissent pas bien les principales lois de la Nature et la beauté des ouvrages de Dieu » a ditLeibniz^Maisilyalàunesorled'équivoque. La proposition est exacte si, sous le terme mouvement, nous comprenons aussi l'agitation intérieure des parties, c'est-à-dire si nous rétendons à toutes les formes de Ténergie. Mais si nous voulons parler du mouvement proprement dit, du déplacement des corps les uns par rapport aux autres, c'est certainement une erreur. Ce mouvement, le principe de Carnot nous le démontre, tend continuellement à s'éteindre, à se transformer en chaleur et à se dissiper ensuite. Quand on nous dit que les principes de conservation règlent la marche du iponde, il faut préciser. Ils la règlent en ce sens qu'ils limitent le changement, qu'ils nous apprennent que certains rapports ne sauraient se modifier, quoi qu'il arrive. Mais ces principes ne nous indiquent pas quel est le changement qui doit s'opérer, ni même si un changement s'opérera. « Dans tous les cas où le principe de la conservation de l'énergie a contribué à étendre nos connaissances sur les processus élémentaires, d'autres lois encore ont été en jeu, lois qui impliquent le concept de tendance » dit très justement M. Heim S et il cite comme exemples de ces concepts de tendance, la force, la pression, la température.

En ce qui concerne la chaleur même, la considération de l'entropie, de la chaleur convertible ou non en mouvement, est évidemment, à tous les points de vue, beaucoup plus importante pour un système que celle de son énergie.

1. Leibniz. Recueil des lettres, etc.,4*écrt7,§ 38, éd.Erdmann, p.757.

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