‹ Identité et réalitéChapitre 224 sur 274 · Ostwald. Vorlesungen, p · texte numérisé non relu

Ostwald. Vorlesungen, p

336 LE SENS COIIMUX

eûtidenlilé entre ce que le moulia produit et ce qu'il reçoit, entre le moade extérieur et la sensation; le cerveau luimême — le moulin — fîgurant ici un simple prolongement du monde extérieur. Toute la valeur de l'image est précisément en ce qu*ellc nous fait toucher du doigt rhétérogénéité de ces deux choses. Et si elle nous surprend, si elle noas semble paradoxale au premier abord, c'est que nous nous attendions à trouver là une identité, c'est donc que nous avions supposé que nos sensations peuvent réellement exister, se promener (si Ton ose s'exprimer ainsi) hors de nous-mêmes. Cela est si vrai que nous éprouvons la plus grande répugnance à admettre que le raisonnement du physicien et du physiologiste soit réellement valablesur ce terrain. C'est cequi faitqoe M. Bergson demande (p. âG9) que la lumière (bien entendu, la lumière-sensation) soit reconnue comme un composant de l'électricité, et non inversement; et Lotze, ayant reconnu qu'il faut à cette sensation un sujety puisque, comme il le dit plaisamment « une splendeur que personne absolument ne verrait reluire, le son d'un ton que personne n'entendrait, la douceur que personne ne goûterait » seraient « tout aussi impossibles qu'une rage de dents que personne n'aurait ^ », en arrive à se demander si les choses n'éprouveraient pas ellesmêmes les sensations qu'elles nous font éprouver — ce qui serait, eu cfîct, la formule la plus complète et la plus logique de rhypostase de la seusation, de sa persistance en dehors de nous. Cette formule uous conduirait d'ailleurs tout droit à uue physique purement qualitative.

Notons que le sens commun ne procède pas absolument ainsi. En eÎTet, ce sont bien des sensations qui ont servi à le constituer; maisellcs ne sontpas restées entièrement intactes. Quand il s'agit du son et de la couleur, il est bien entendu que ce que je place en dehors de moi, en vertu du sens commun, est une simple hypostase de ma sensation. Mais si nous pensons au concept de matière qui est le plus important du monde extérieur (on pourrait dire du monde matériel et ce serait un synonyme), la situation change. La matière n'est point une hypostase de sensation pure et simple; si elle Tétait, ce serait, comme la couleur ou le son, un concept purement qualitatif; or, elle est une quantité, ou du moins elle admet Tapplication de la catégorie de quantité. La matière est un

Page 1