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Cf. DuHEM. La théorie physique^ p

posé de parties discrètes, c'était pure coDceptioa apriorique ; aucun fait connu à l'époque ne confirmait cette opinion, tout, au contraire, semblait démontrer que Tair était un continu. Or, nous pouvons maintenant établir expérimentalement que cette dernière opinion est insoutenable, que les gaz ont réel- \emeni une stnicttire, sont discontinus ^ De même les chimistes du XIX® siècle en s'attachant, par un espoir tenace, à 1 hypothèse de Tunité de la matière, allaient à rencontre des faits expérimentaux les mieux établis et qui formaient la base même de leur propre doctrine. Cependant, voici que les phénomènes se rapportant aux rayons cathodiques, à la matière radiante, etc., tendent à fournir à cette hypothèse un fondement expérimental. Ce qui s'est passé à propos de la réversibilité des réactions chimiques rentre dans le même ordre didées. Il est certain (les idées de Berthollet étant restées à ce point de vue à peu près sans influence sur la marche de la science) que celte notion était tout à fait étrangère à Tesprit d'un chimiste, vers le milieu du xix'^ siècle ; et rien n'était moins justifié à ce point de vue que remploi du signe d'égalité pour réunir les deux termes de ce qu'on appelle une « équation chimique » (p. 205 ss.). Ce signe, manifestation palpable de la tendance causale, exprimait un postulat ou, si l'on veut, un espoir qui, à la lumière des théories alors régnantes, était irréalisable ou plutôt absurde, puisqu'il était entendu que les deux côtés de l'équation indiquaient l'un l'état initial et l'autre l'état final du phénomène, qui devait toujours se passer dans le même sens, sans aucun espoir de retour. Il n'en est que plus étonnant de constater que cet espoir quasichimérique s'est, dans une certaine mesure, réalisé : les réactions chimiques nous apparaissent aujourd'hui comme généralement réversibles et nous pouvons alors réellement remplacer le signe d'égalité dont le sens a été faussé, par les deux flèches de M. Van't Hoflf.

Mais le phénomène le plus frappant, le plus merveilleux dans cet ordre d'idées, c'est l'existence des principes de conservation. En vertu de la tendance causale, l'humanité les avait pressentis; elle avait formé le concept de l'atome-subslauce bien avant toute expérience sur la conservation de la matière et concevait vaguement des systèmes mécaniques impliquant la persistance du mouvement, avant l'inertie et

1. Cf. 0. Heynolds. IVooeeclings uf Iho Royal Society, vol. XXVIII, <; févrior 1879.

l'accord entre l'esprit et les PHéNOMÈllES 359

la conservation de Ténergie. C'est au point que si, d'un côté, ces principes paraissent simplement formuler un savoir que 1 humanité aurait possédé de tout temps, de l'autre ils dépassent pour ainsi dire les limites mêmes de l'espoir qu'on était en droit de concevoir. Ainsi la chaleur et la lumière auraient bien pu être des mouvements, conformément au postulat du mécanisme universel, sans qu'il fût possible de convertir ces mouvements des particules en mouvements de masse, ou vice versa. C'était là à peu près la conception de Leibniz et de Huygens et en général de la plupart des physiciens mécanistes, avant l'établissement de la conservation de l'énergie. Cette dernière découverte constitue une confirmation proprement inattendue. De même, le mécaniste le plus déterminé n'eût osé espérer au xix** siècle, avant les travaux de M. Gouy, que l'on parviendrait à rendre directement visible, par ses effets mécaniques les plus immédiats, l'agitation des molécules.

Ces concordances surprenantes n'ont pas été sans attirer l'attention des penseurs. Nous avons vu (chap. ii, p. 81) que Cournot, en constatant la pérennité des théories atomiques, en avait conclu qu'il était possible que ses inventeurs fussent « tombés de prime abord sur la clef même des phénomènes naturels ». D'autres fois, il croit pouvoir inférer de la conservation du poids de la matière que l'idée de substance n'est pas seulement une abstraction logique, mais qu'elle « a son fondement dans l'essence des corps ^ ». On peut citer, chez nombre de physiciens contemporains, de ces remarques par lesquelles ils expriment leur étonnement de la concordance entre les conceptions de Tesprit et les résultats des recherches expérimentales. L'observation de M. Poincaré sur les phénomènes irréversibles, que nous avons citée plus haut, appartient déjà à cet ordre d'idées. Une autre fois, cet éminent théoricien s'émerveille à bon droit de l'analogie surprenante entre l'oscillation électrique et le mouvement du pendule*. Boltzmann constate que « toutes les conséquences de la théorie mécanique de la chaleur, même celles appartenant aux domaines les plus disparates, ont été confirmées par l'expérience ; on peut même dire qu'elles concordaient étrangement, jusque dans leurs nuances les plus fines, avec le pouls de la

\. CoiTRNOT. Traité de r enchaînement. Paris. 1861, p. IH7. 2. n. PoiNc\RÊ. La science et Vhypothèse, p. 191.

uature ^ ». Hertz, au début de sa mécanique, déclare que d'uue manière générale, pour que nous puissions nous former des images des choses, il faut que les conséquences logiques de ces images soient encore des images des conséquences que les choses produisent réellement dans la nature. Il faut donc qu'il y ait des concordances entre la nature et notre esprit-.

C'est par conséquent à tort que tout à Theure nous avons traité les hypothèses causales de simple instrument de recherche, d'hypothèses « de travail ». Elles sont plus qu'un échafaudage destiné à disparaître quand Tédifice est construit, elles ont leur valeur propre, elles correspondent certainement à quelque chose de très profond et de très essentiel dans la nature même.

Ainsi, et cela est très important à constater, l'accord entre les postulats de notre esprit et les phénomènes dépasse la légalité pure. La nature ne se montre pas seulement ordonnée, mais aussi, jusqu'à un certain point, réellement intelligible. C'est un point de vue qui a été parfois méconnu. Spir luimême, quoiqu'il ait sur bien des points reconnu clairement l'action du principe d'identité dans la science et qu'il en ait déduit Tatomisme et les principes de conservation, a insisté d'autre part sur le fait que Tordre des phénomènes seul, et non pas un objet réel, ni une pluralité d'objets, reste immuable dans le monde et que l'explication scientifique aura atteiut son dernier but par la détermination des lois'.

On a quelquefois affecté de voir dans l'atomisme de la science contemporaine une sorte d'accident historique ; c'est assurément une erreur, l'atomisme tient au plus profond de notre esprit. Il est certain que les concordances que nous découvrons entre ces théories et les résultats des expériences fortifient la prise qu'elles ont sur nous; mais notre foi ue repose pas exclusivement sur cet accord, elle lui est antérieure. Si on le méconnaît, ou est amené à nier toute analogte^ entre les théories atomiques modernes et celle des anciens,

1. BoLTZMANN. Ueber die {Jnentbehrlickkeit der Alomistik, Wiedemann's Annalen. vol, LX, 1897, p. 243. Cf. aussi Id. Leçons sur la théorie des gaz, Irad. Galotti et Bénard, II» partie. Paris, 1905, p. VIU.

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