DASTftii. La vie et la mort, p
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pouvoir se construire n priori. Car le terme intelligible ne saurait signifier autre chose que réd\u;tible à des éléments purement rationnel. Cela nimpliquerait pas, est-il besoin de le dire, Timpossibilité du progrès dans la connaissance de la nature. L'humanité a attendu des siècles qu'on lui révélât certaines propriétés du cercle et de l'ellipse lesquelles pourtant, nous le savons, étaient implicitement contenues dans la définition de ces courbes, puisque nous pouvons les en déduire par des syllogismes et à Taide d'un petit nombre de postulats et d'axiomes reconnus valables de tout temps. Mais pour le cercle et Tellipse nous ne nous servons pas d'expériences. Que viendraient-elles faire ici, puisqu'il s'agit de déduction purement rationnelle? Qu'il fût possible de procéder de même pour la nature, d'arriver à la connaître par pure déduction, de fort grands esprits, certes, l'ont pensé. Probablement beaucoup d'entre les anciens atomistes étaient de cet avis. Descartes semble l'avoir cru aussi. Il réclame hautement pour les principes énoncés par lui une certitude absolue et se fait fort d'en déduire la nature entière. Sans doute, son puissant instinct scientifique lui suggérait qu'il n'était pas possible de se passer complètement d'expériences. Aussi leur a-t-il fait une petite place dans son système ; mais c'est par une sorte d'illogisme qu'il les y introduit. Il affirme qu'en approchant de la réalité on trouvera que, des principes posés par lui, découlent des conséquences multiples; et alors l'expérience décidera lesquelles d'entre ces conséquences se réalisent ^ Mais si principes et déductions doivent être entièrement rationnels, on ne voit pas comment, de syllogisme en syllogisme, le tout ne s'enchaîne point d'une manière absolument unique, rigoureuse, ne laissant aucune place au choix, et, par conséquent, à l'expérience. Après lui Spinoza, partant des principes cartésiens et procédant avec cette logique impitoyable et cette « ivresse métaphysique » qui étaient le propre de cet esprit prodigieux, énonce cette formule, l'expression la plus absolue du postulat d'intelligibilité : « L'ordre et la suite des idées sont les mêmes que l'ordre et la suite des choses^ » ; il démontre cette proposition en se servant d'un « axiome » qui assi-
1. Descartes. Discours de la méthode. Paris, s. d., p. 45 ss.
2. Sfinoza. Ethique, Iï« partie, prop. l.n Ordo etconnexio idearum idem est ac ordo et connexio rorum. » Cela était incontestablement clans la logique du rartésianisme, mais, bien entendu, nous n'entendons pas affirmer que Spinoza n'ait pas puisé A d'autres sources. Giordano Bruxo
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mile reflet à la conséquence nécessaire, logique. Mais Spinoza, qui connaissait les mathématiques, n'était pas physicien et s'est prudemment abstenu d'appliquer ce principe àla science. Leibniz, nous Tavons vu, était fortement convaincu que tout, dans le monde physique, devait se passer mechanice; il croyait aussi à la domination absolue de la raison suffisante et la formule où il énonce cette opinion et que nous avons citée (p. 15) revient au fond à celle de Spinoza ; mais d'un génie plus compréhensif et moins absolu que ce dernier, il affirme d'autre' part qu'il y a des vérités contingentes qui exigent une analyse infinie et que pour cette raison Dieu seul peut connaître comme nécessaires ^
Au xix"" siècle, Hegel, tout en proclamant par une sorte d'illogisme que la métaphysique devait suivre Texpérience et non la précéder, revient pourtant, en ce qui concerne l'intelligibilité de la nature, au postulat de Spinoza et essaie de déduire réellement a priori le système entier des idées productrices de la nature ^ ; et Ton sait que H. Taine s'est proclamé hautement son disciple, du moins au point de vue du postulat d'intelligibilité.
Quels ont été, au point de vue de la science, les résultats des efforts de déduction tentés par tant et de si puissants esprits ? Mettons à part les principes mêmes des théories cinétiques qui doivent être, en effet, attribués à une'déduction : il ne nous reste plus que cette espèce de pressentiment des principes de conservation dont nous avons parlé et qui semble en effet avoir conduit, dès l'antiquité, à l'affirmation de la conservation du poids de la matière. Mais toute tentative de déduction totale de la nature est restée lamentablement vaine. L'œuvre de Descartes constitue sans doute l'effort le plus prodigieux que l'humanité ait tenté dans cet ordre d'idées. Devant cette construction colossale, cyclopéenne, ou se sent pénétré d'un respect presque religieux. Mais, hélas! ce palais est une ruine irrémédiable. Qui croit encore aux tourbillons cartésiens, aux trois matières élémentaires ou aux parties
il j.i avait (lit : « Primo dunqiie roglio che notiate essere una e medesima scala per la quale la natnra discende a la produzion de le cose e Vinteletto ascende a la cof/nizion di quelle. » De la causa, éd. Wagner. Leipzig,
1. Leibniz. Deacienfia umversali. Opéra pfiilosophica, éd. Erdmann, p. 83.
± Hegel. Vorlesungen ueber die Naiurphilosop/iie, Werke, Berlin 1842, vol. VII. Préface de Michelet, p. 15.
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cannelées, toutes choses pour lesquelles il réclamait une (( certitude plus que morale » ? Sans doute, des déductions partielles de Descartes, le principe d'inertie, celui de la conservation du mouvement doivent être comptés (bien que Texpression du second fût erronée) parmi les plus grandes conquêtes de la science : mais elles rentrent précisément dans le cadre que nous avons tracé plus haut. Leibniz s*est abstenu de toute construction déductive générale, tout eu appliquant son principe de l'égalité de la cause et de reiïet, avec un merveilleux instinct scientifique, là où il était nécessaire, pour la découverte et la démonstration du principe de la conservation de la force vive. L'impuissance de la déduction pure éclate aussi dans l'œuvre de Kant. Kant, nous le verrons tout à Theure, ne croyait pas à rintelligibilité totale de la nature et il s'est appliqué à tracer une limite entre ce qui. dans la science, dérive de la déduction et ce qui est dû à Texpérience. Toutefois, il a été ameué à trop présumer du pouvoir de la première. Ses formules se trouvent d'accord avec la science de son temps etav^c les conséquences qu'un esprit de cette vigueur pouvait en tirer. Il arrive ainsi à déduire, comme faisant partie du concept essentiel de la matière, la gravitation proportionnelle aux masses et inversement proportionnelle aux carrés des distances ; mais la même déduction l'amène à établir une répulsion inversement proportionnelle au cube de la distance^ Cependant, c'est sans doute l'œuvre des métaphysiciens allemands de Tépoque immédiatement postérieure qui offre la plus belle démonstration de la stérilité des spéculations aprioriques dans la science. Rien de plus instructif à cet égard (pour ne choisir qu'un petit nombre d'exemples particulièrement frappants) que les déductions de Schelling sur Tévaporation et la condensation de l'eau -et sur l'ellipse comme trajectoire des corps célestes", celles de Hegel sur la réflexion et la polarisation \ sur la nature de la lumière*, surU ralentissement des oscillation^ du pendule sous l'équateur', sur l'acide carbonique que la