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AVANT-PROPOS

cette règle primordiale qui ordonne de procéder du simple au complexe ; mais c'est que le simple, ici, ne Test pas en réalité. Berkeley Ta fait ressortir avant Helmholtz, le processus de la perception visuelle, pour rester dans l'exemple choisi, contient quantité de raisonnements condensés fort difficiles à suivre. Nous avons donc infiniment plus de chances, à supposer que le processus soit le même, d'en démêler la marche à propos d'un phénomène en apparence plus compliqué, mais où les diverses étapes se différencieront.

En outre, la règle que nous avons citée est dominée par cette autre, plus importante, qui ordonne de procéder du connu à l'inconnu. Or, qui dit inconscient, dit inconnu et même par essence inconnaissable directement.

Ce n'est pas, cependant, que sous ce rapport le raisonnement que nous avons l'habitude de qualifier de conscient offre à notre esprit toute la clarté désirable. Notre raison est compétente pour scruter toutes choses hormis elle-même. Quand je raisonne, je suis en réalité impuissant à observer l'action de ma raison. Est-ce bien par telle voie que j'ai atteint telle déduction.^ Etes que je me pose cette question, le doute me prend, doute que je ne peux résoudre qu'en refaisant, de mon mieux, méthodiquement, le raisonnement en question, de manière que toutes ses phases, subconscienles alors que je raisonnais pour arriver au but le plus rapidement possible, parviennent à ma connaissance. C'est ainsi, il est aisé de s'en rendre compte, que Ton procède par exemple dans la logique. Ce procédé n'est pas toujours exempt de dangers. Le raisonnement fait exprès nous montre bien une voie par laquelle nous pourrions parvenir à la conclusion ; mais est-ce bien la voie que nous avions suivie ? Il est certain que nous ne pouvons le reconnaître directement, puisque les étapes intermédiaires n'étaient pas parvenues à notre connaissance. Dès lors, nous essaierons de moyens indirects, nous nous dirons par exemple que si nous avions raisonné de telle manière, telle autre conséquence s'en serait suivie, conséquence que nous pourrons

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vérifier. Mais ces investigations, directes ou indirectes, peuvent facilement nous égarer. Il ne faut pas oublier, en effet, que la recherche est toujours dominée par des idées préconçues, des hypothèses ; contrairement à ce que croyait Bacon, celles-ci sont indispensables pour guider notre marche. D'ailleurs, nous n^en sommes jamais complètement exempts; si nous croyons l'être, cela prouve simplement qu'elles sont restées subconscientes. A supposer que, par impossible, nous n'ayons réellement aucune opinion au début de nos recherches sur un sujet donné, celle-ci naîtra spontanément dès nos premiers pas dans le nouveau domaine, et naîtra sous Tinfluence de dispositions d'esprit cachées à nous-mêmes et d'un savoir peut-être très étranger, en apparence, au domaine en question. Or, Thypothèse une fois née influencera notre travail ultérieur tout entier. Quand nous referons un raisonnement , nous essaierons inconsciemment de le plier à Tidée que nous avons conçue et, vu les ressources multiples de notre raison, il se peut que celle-ci se montre plastique, qu'elle cède à la pression que, sans le vouloir, nous exerçons sur elle — ce qui évidemment faussera nos résultats. Nous éviterons, du moins en partie, ce danger, en nous adressant, non pas à notre propre pensée, expressément évoquée pour l'occasion, mais à la pensée d'autrui, exempte de plasticité, parce que fixée dans des écrits. La science nous offre un précis de ces pensées. Mais la science actuelle ne nous suffit pas. En effet, ce que nous recherchons, c'est moins le résultat que la méthode, la voie par laquelle on y est parvenu. Or, le savant, sur ce point, ne diffère pas de l'homme ordinaire. Il ne se perçoit pas raisonnant. Il ne connaît donc pas directement la voie par laquelle il est parvenu à telle ou telle conclusion ; les motifs qui la lui ont fait adopter peuvent être très différents de ceux qu'il suppose lui-même. C'est pourquoi il convient de contrôler ses assertions en s'adressant non pas à la pensée individuelle, mais à la pensée collective, en recherchant la genèse des conceptions dans l'histoire, leur évolution. Donc, finalement, et si

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