LES DIFFICULTÉS
de la chimie, parmi les plus autorisés S après de longues et infructueuses tentatives, désespérer publiquement de toute possibilité de succès dans cet ordre d'études et chercher des solutions dans une voie toute différente.
En physique, il n'existe en réalité de théorie mécanique valable que pour les phénomènes de Tétat gazeux auxquels des travaux récents permettent d'assimiler, à certains points de vue, ceux qui se produisent dans des solutions étendues. Quant aux diverses formes de Téuergie, leur unification a fait un progrès immense par les travaux de Hertz confirmant les vues si pénétrantes de Maxwell sur l'identité de l'électricité et de la lumière. Mais il s'en faut de beaucoup que la réduction des diverses formes de l'énergie au mouvement mécanique soit un fait accompli. Il y a même incontestablement un recul à cet égard. En effet, de par la théorie de Fresnel, la lumière se trouvait ramenée à des ondulations de l'éther, mouvement indéterminé à certains égards d'un milieu moins déterminé encore, mais mouvement dont on postulait expressément la nature purement mécanique. Mais, à l'heure actuelle, la lumière est un phénomène électrique. Or, à aucun moment, depuis que les phénomènes électriques fout partie de la science, on n*a rien formulé qui pût, de près ou de loin, passer pour une théorie mécanique consistante de ces phénomènes. Ce n'est pas faute de l'avoir cherché. Un des plus grands théoriciens de la science de tous les temps, Clerk Maxwell, a, comme on sait, consacré des efforts incessants à cette lâche. II s'est donné une peine infinie pour établir dans chaque cas la possibilité d une explication mécanique. Mais, bien souvent, il a dû arrêter là son effort et quand, au contraire, il a tenté de préciser ses idées, il n'a abouti qu'à des images contradictoires . M. Poincaré , qui est sans doute , parmi les vivants, le juge le plus compétent en cette matière, a nettement exposé, en dépit de sa profonde admiration pour Maxwell, l-hésitation que tout esprit logique éprouve forcément devant ccflte partie de l'œuvre du grand théoricien-. On n'a d'ailleurs qu'à ouvrir un livre plus récent, tel que celui de M. 0. Lodge-^ et à considérer les modèles mécaniques, d'ailleurs extrêmement ingénieux, proposés par cet éminent physicien, pour se
1. OsTWALD. Lettre sur l'énergétique. Revue générale des sciences, 30 décembre 1895,1). 1071.
2. II. PomcARÉ. Électricité ei Optique. Paris, 1901, p. III et ss.
3. 0. LoDGE. Les théories modernes de l'électricité. Paris, 1891.
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rendre compte que la question n'a pas beaucoup progressé depuis. C'est, remarquons-le en passant, ce recul manifeste de la théorie mécanique qui explique en grande partie la naissance de la tendance contraire, celle qui consiste à vouloir ramener les phénomènes mécaniques à ceux que présente Télectricité.
Même en faisant abstraction de cette évolution et en considérant le passé, récent encore, on s'aperçoit aisément qu'aux plus beaux jours de la théorie de Fresnel il ne pouvait pas être question, au fond, d'une réduction mécanique complète. C'est que si l'ondulation, le mouvement, fournissait à l'esprit une image suffisamment claire, le substrat de ce mouvement, l'éther, demeurait enveloppé des ténèbres les plus épaisses. Les difficultés et les contradictions entre lesquelles se débattent tous ceux qui ont cherché à se former une idée quelque peu précise de ce « milieu » qu'on est forcé de concevoir tantdt comme continu et tantôt comme composé de particules discrètes, à la fois comme uu gaz extrêmement raréfié et comme un solide infiniment plus rigide que l'acier, ont été tant de fois exposées que nous croyons inutile d'y insister davantage*. Une difficulté particulière qui occupe beaucoup les physiciens depuis quelques années, est celle résultant des travaux de MM. Michelson et Morley, qu'on ne parvient pas à concilier avec la théorie de l'aberration de Bradley, de sorte qu'il est permis de dire qu'à l'heure actuelle nous ne saurions nous imaginer l'éther qui nous entoure ni comme étant en repos, ni comme suivant la terre dans son mouvement, ou plutôt que nous sommes obligés de faire alternativement l'une et l'autre supposition.
Les difficultés que nous venons d'exposer et dont on pourrait presque indéfiniment allonger Ténumération , sont, on le voit, très considérables. Mais ce serait faire fausse route que de s'en exagérer la portée. Sont-elles absolument
i. On trouvera un exposé de ces difficultés chezSTALLo, /. c, notamment p. 71 ss., et chez Hanneouin, /. c, p. 178-224. Cf. aussi à ce sujet SxEWARTetTAiT. L'univcrsinvisiblc, Paris, 1883, p. 194 ss, et H. Boi-assb. Delà nature des explications, etc. Revue de métaphysique, vol. 11. 1894, pp.312ss. Les maîtres de la science ont d'ailleurs eux-mêmes reconnu le caractère contradictoire de ces suppositions. Cf. Maxwell, On tke Dynarnical Evidence, etc. Scienli fie Pape rs. Cambridge, 1890, vol. II, p. 433 ss. et On the Dynarnical Theory^ i6., p. 26. Hertz, Ueber die Beziehungen zwischen Licht and Elektrizitaet, Gesammelle Werke. Leipzig. 1896, vol. I*s p. 341. H. PoiN- OARÉ, Électricité et Optique, Paris, 1890, vol. !•' , p. 88 ss. La science et Vhypothèscj Paris, s. d.. p. 198 ss.