Boscovich, /. c, p
i. De SjiiST'\ESAST. Mémoire sur la question de savoir s'il existe des masses continues, etc. Paris, 1844, p. 9. — Saint- Venant a changé d'opinion plus lard et tenté d'écarter complètement la notion de force. Cf. Padé, Revue générale des sciences, 1905, p. 765.
3. Boscovich. De vinbus vivis dissertalio. Rome, 1745, p. 33.
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diaire d'une force : « nullam mntationem motus fieri per impulsionein sed semper per vires agentes in aliqua distantia », et, bien entendu, dans ce système, Télasticité absolue des atomes et des molécules n*ofIre plus aucune difficulté.
Il est aisé de se rendre compte pourquoi la « force unique» de Boscovich eut si peu de succès : elle répugne vraiment par trop à notre imagination. Pourquoi change-t-elle à une distance déterminée et comment se peut-elle transformer^ à point nommé, de répulsive en attractive et vice versa ? Si cette force unique doit être conçue comme la force du centre, si elle doit émaner de lui, nous nous imaginons forcément que près de Torigine, à une distance très petite du centre, elle devra avoir le môme caractère qu'à une distance plus grande, c'est-à-dire qu'elle doit être tout le temps ou attractive, ou répulsive. Or, il est, bien entendu, absolument impossible de construire le monde à l'aide d'aucune de ces deux suppositions. La force de Boscovich est sans doute tout le temps, soit comme force attractive, soit comme force répulsive, dirigée vers le centre, mais elle ne paraît pas émaner de lui.
On peut faire valoir, sans doute, que cette modification de la force est la conséquence d'une loi. Cet argument, qui semble avoir été en quelque sorte préparé par Boscovich lui-même, ainsi que le montre le titre de son principal ouvrage (rAeom...
redacta ad unicam legem )est aussi peu recevable que celui
qui consiste à vouloir expliquer le choc élastique des corpuscules par la conservation de l'énergie. En effet, il s'agit bel et bien ici d'une hypothèse sur le mode de production, et non pas d'un simple artifice de calcul comme l'introduction des sinus dans l'énoncé de la loi de réfraction. La manière dont Boscovich expose sa théorie ne nous laisse aucun doute à cet égard, et son argumentation contre l'impénétrabilité n'aurait aucun sens s'il en était autrement. Nous n'avons donc que faire d'une loi.
Aussi ne s'étonnera-t-ou pas de ce que les dynamistes aient généralement préféré entourer leur atome-point de forces multiples variant d'après des lois dilïérentes. Tel a été, entre autres, le point de vue de Kant*. Ainsi modifiée, la conception
1. Kant rtait hostile il Ihypothôse des atomes (Vom L'eberffange. éd. Krause, Francfort, 1888, pp. 90-97. 1H-H2,1C4). Néanmoins, ses explications scientifiques dans les Premiers principes (Irad. Asdlkr et (^havanxes, Paris, 1891), sont entièrement dynamiques, dans le sens que nous donnons à ce terme. Plus tard, dans le Vom Ueherf/anife, il penche un peu plus vers les explications par le mouvement.
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devient moins logique, elle manque de cette belle unité que lui a imprimée Boscovich, sans devenir pour cela plus accep< table. Comment admettre que le même atome-point émette simultanément des rayons de force attractive et répulsive ?
Mais voici des objections qui s'appliquent à tous les systèmes purement dynamiques. Il n'est nullement certain que toutes les forces dont on sera obligé de postuler lexistence puissent être considérées comme centrales. Cela est au moins douteux pour les forces moléculaires. Il semble bien que l'action exclusive de forces centrales exigerait certains rapports entre les diverses formes de la résistance des corps, rapports dont Texistence a été démentie par Texpérience. De même, on ne peut expliquer la déformation permanente en supposant seulement des forces centrales. Les phénomènes de cristallisation paraissent aussi exiger que lactiou des molécules ne s'exerce pas exclusivement dans le sens de la droite qui joiut leurs centres de gravité ; ils doivent pouvoir exercer l'un sur l'autre une action tournante.
L objection suivante est plus fondamentale encore, puisque c'est le concept même de l'atome purement dynamique qui est en jeu. Pénétrons à travers les forces qui entourent cet atome : le centre de ces forces est un polut, c'est-àdire à proprement parler (puiscjue le point est une abstraction géométrique) vide. Tous les objets de notre connaissance que nous plaçons dans le moude extérieur ont de rétendue. Ce qui est inétendu, pouvons-nous eu imaginer l'existence dans l'espace ? Nous admettons à la rigueur la force rayonnant du centre, nous nous la représentous comme une droite. Mais, quand elle atteiut un autre atome, sur quoi agit-elle, puisqu'elle le trouve vide ? Gomment ce rien peut-il résister au mouvement, comment, une fois eu mouvement, peut-il le conserver, en un mot comment peut-il posséder uue masse, manifester de l'inertie ? « Aucun arrangement de centres de forces, quelque compliqué qu'il soit, nepeutexpliquer ce fait », dit Maxwell, et il ajoute : « Aucune partie de cette masse ne peut être due évidemment à l'existence de centres de forces supposés* ». Qu'on le remarque bien; ce n'est pas simplement ce qu'on est convenu d'appeler une qualité occulte, c'est-à-dire une qualité qui ne s'explique pas par celles qui définissent le centre de forces. Non, c'est une pro-
1. Maxwell, La chaleur, Irad. Moiret. l'aris, 1891, p. 111-U2.
priété que notre imagination se refuse à joindre à l'image mentale que nous nous faisons, une propriété qui jure avec cette image. En somme, la difficulté ici est analogue à celle que nous avons rencontrée à propos de Tatome corpusculaire : si ce dernier ne peut agir, nous ne comprenons pas davantage comment ou peutagirsurTatome dynamique. De sorte que, de ces deux systèmes, Tun représente uniquement le côté passif, et l'autre le côlé actif d'un phénomène lequel» bien entendu, ne saurait être conçu que comme bilatéral.
La représentation dynamique est même, au pointde vue de notre imagination, incontestablement inférieure à la représentation corpusculaire. Pour nous en convaincre, nous n'avons qu'à penser au mouvement, qui est en somme la fonction essentielle de Tatome, la seule modification dont il soit susceptible. Pour l'atome dynamique, nous avons autant de peine à nous représenter le déplacement de ce rien qui constitue son noyau que celui des forces qui Teutourent et qu'eu fait nous nous figurons nécessairement comme une sorte de gigantesque toile d'araignée qui, pour chaque atome, embrasse l'univers entier. « Une force peut-elle être heurtée et déplacée d'un lieu à un autre ? » demande Spir avec beaucoup de justesse^ Autant le concept du déplacement parait naturel appliqué au corpuscule limité dans son étendue, autant il semble paradoxal pour l'atome dynamique. Ou en arrive à concevoir comme plus simple et plus logique une variation directe de la force dynamique en fonction du temps — ce qui est, nous le verrons plus tard, un signe certain que la théorie a échoué.
Aussi ne faut-il point s'étonner que les physiciens aient généralement préféré des solutions moyennes, s'écartant davantage encore de la logique rigoureuse, mais offrant plus de prise à notre imagination. On conserve l'atome corpusculaire et ou l'entoure de forces agissant à distance. Ce système composite prête évidemment le flanc ù nombre d'objections formulées contre les deux systèmes extrêmes. Il se heurte, en outre, à des difficultés qui lui appartiennent en propre. Comment cet atome, être prétendu simple, peut-il être constitué par l'union de deux composants aussi hétérogènes qu'un corpuscule et des forces ? Quel peut être le lien entre l'un et les autres? Et puis — ce qui n'est ([u'une autre face du même
t. SiMH, l. c, p. 4o7.