AVANT-PROPOS V
Tous ceux qui connaissent un peu ce domaine savent combien il y reste à faire. Dans la mesure de nos moyens, nous avons nous-même cherché à suppléer à certaines lacunes trop sensibles, en recourant directement aux sources ; nous nous en sommes dispensé chaque fois que cela ne nous paraissait pas nécessaire, la matière ayant été suffisamment élucidée avant nous. Nous ne nous faisons, d'ailleurs, aucune illusion sur rinsuffisance de nos informations relativement à certaines questions très importantes.
La recherche historique étant pour nous non pas un but, mais un moyen, il se trouve que la genèse des conceptions n'est pas toujours exposée conformément à Tordre chronologique et que des considérations relatives à la même science, voire à la même phase d'évolution d'une science particulière, sont dispersées dans différents chapitres ; c'est ainsi que révolution de la chimie aux vu i" siècle avant Lavoisier et la genèse de la notion moderne de l'élément chimique sont traitées au chap. vu, p. 214 ss. et au chap. x, p. 305 ss. Nous n'avons pas cru pouvoir éviter ces inconvénients. C'est au lecteur déjuger si les résultats de notre travail compensent le surcroit de fatigue que ce procédé lui impose.
Nous nous excusons également de la multiplicité des citations et des renvois. Il eût été fort difficile de se dispenser des premières, puisque la méthode adoptée par nous consiste précisément à former des déductions en nous basant sur les procédés de raisonnement des savants; et d'autre part, le sens d'un texte n'étant, au fond, fixé que par le contexte, nous avons cru devoir faciliter le contrôle au lecteur^ en lui permettant de recourir chaque fois au livre d'où la citation est puisée. D'ailleurs, le plus grand mérite d'un travail de ce genre n'est-il pas de préparer les voies à des recherches ultérieures ?
Nous avons fait notre possible pour citer nos prédécesseurs. Nous avons certainement commis des omissions et nous nous en excusons d'avance. Nul chercheur, surtout à l'heure présente
VI AVANT-PHOPas
OÙ le mouvement des esprits est si intense et dans un domaine qui touche à tant d'ordres de pensée divers, ne sait exactement ce qu'il doit à la pensée d'autrui. Mais nous tenons particulièrement à faire ressortir Tinfluence qu'on t exercée sur notre pensée, parmi les maîtres vivants, MM. Boutroux et Bergson, PoincaréetDuhem. Cette influence ne se limite pas aux passages où leurs noms sont cités.
Voici, résumée aussi brièvement que possible, la marche générale de notre travail. iNous commençons par rechercher s'il est exact, comme Taflirment Comte et, après lui, M. Mach, que la science entière ne soit édifiée que dans un but d'action et de prévision. Nous établissons que le principe qu'on met ainsi en jeu, le principe de légalité, ne suffît pas, que la science cherche également à expliquer les phénomènes et que cette explication consiste dans Tidentification de l'antécédent et du conséquent (Chap. i"). C'est de ce second principe, le principe de causalité scientifique y que dérivent les théories atomiques (Chap. II). Il intervient également dans la partie légale de la science, en créant les principes de conservation (Chap. m, iv et v)et en poussant à l'élimination du temps (Chap. vi). Une extension de ce même principe crée le concept de l'unité de la matière, qui conduit à l'assimilation entre celle-ci et l'espace et, par là, à Tannihilation du monde extérieur (Chap. vu). Ces conclusions ne sont pas un résultat de la science, elles dérivent des éléments aprioriques que celle-ci recèle; la science réagit et cette réaction s'exprime par le principe de Carnot (Chap. viii). Après avoir déterminé avec plus de précision les limites de l'explication causale, à laquelle s'oppose le concept de l'irrationnel (Chap. ix), nous démontrons que les théories non mécaniques dérivent également du principe de causalité (Chap. x). Nous établissons alors que le monde du sens commun est créé par un procédé strictement analogue