‹ Identité et réalitéChapitre 71 sur 274 · Cf. Appendice II, p. 421 ss · texte numérisé non relu

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encore de la conception de Tinertie que le mouvement circulaire naturel d'Aristole et de Copernic.

Au xvii« siècle encore nous voyons Carpentarius qui, cependant, à bien des égards, s'était affranchi de Tinfluence de la philosophie scolastique, se servir contre Aristote, pour établir la pesanteur de Tair, d'une démonstration où il est dit que Taîr poussé en haut ne se mouvrait vers « aucun centre » ; le mouvement serait donc infini, ce que, bien entendu, Tauteur considère comme absurde ^

Cependant au xvi« siècle Cardan avait repris, avec plus de netteté encore que Cusa, les idées d'Hipparque. Réfutant la théorie d'Arislole sur le mouvement d'impulsion il dit: « Et quand on suppose que tout ce qui est mouvé, est mouvé de quelque chose, c'est très vrai : mais ce qui mouve, c'est une impétuosité acquise, ainsi que la chaleur en Teau *. »

C'est, on le voit, l'exemple dont s'est servi Themistius. Cependant, Cardan n'eut pas la hardiesse de s'affranchir complètement des idées péripatéticiennes; il suppose qu'un projectile, en quittant l'appareil qui le lance, continue pendant quelque temps à accroître sa vitesse, et ce. à cause de la réaction de l'air, tout comme chez Aristote.

Le concept de la vis impressa fut complètement développé, dans le sens d'IIipparque, par Benedetti, vers la fin du XVI' siècle. Benedetti eut en outre le mérite de tenter une explication de la trajectoire d'un corps lancé, par la décomposition du mouvement. Benedetti explique qu'un corps lancé d'une fronde a la tendance à suivre une ligne droite, tangente au cercle décrit par la fronde, mais que la gravité venant à agir sur lui, la composition des deux mouvements crée une trajectoire courbe^ C'était une grave innovation. La composition d'un mouvement courbe à l'aide de deux mouvements en ligne droite était, il est vrai, connue depuis l'antiquité. On trouve une déduction de ce genre chez Aristote; un mouvement en cercle est la résultante de deux mouvements en ligne droite, dont l'un constant et l'autre variable, continuellement

1. Carpentarus. Philosophia libéra 2« éd. Oxford 1622 p. 67. — Sur l'emploi de la preuve par l'absurde, cf. plus bas p. 107.

2. Le livre de Hiérome Cardanus, médecin milanais, de la Subtilitéf trad. Richard Ls Blanc, Paris, 1556, f. 47. Le terme que Le Blanc a rendu par impétuosité est impetus. Cf. Hier. Cardani, De subtilitale, Nuremberg, 1550, p. 56.

3. lo. Baptisti Bbnkdicti, Diversorum speculationum liber, Turin, 1585,

décroissante Nous verrons tout à Theure que cette déduction devait particulièrement convenir à Benedetti. Mais par où ce dernier s'écarte complètement du péripatélisme, c'est qu'il suppose qu'un mouvement violent, celui qu*on imprime au corps en le lançant, peut se composer d'une manière continue avec un mouvement naturel, celui du corps qui tombe. Tartaglia encore avait expressément nié la possibilité d'une telle composition, et cette conviction était tellement répandue qu'en 1861 Santbeck osa affirmer, contrairement à l'évidence la plus manifeste, que la trajectoire d'une balle se composait de deux lignes droites, la première période se prolongeant tant que prévalait le mouvement violent et la seconde commençant dès qae prévalait le mouvement natureP.

Bien entendu, Benedetti suppose que l'impulsion communiquée au corps décroît continuellement avec le temps ^, et c'est justement à propos de cette décomposition du mouvement des corps lancés qu'on voit à quel point celte conception était pour ainsi dire forcée. En eflet Benedetti, tout comme ses prédécesseurs, n'a aucune idée d'une force dont les effets s'accumulent, ainsi que nous l'admettons pour la gravitation. L'effet de celle-ci devait lui paraître simplement constant, et dès lors, afin d'expliquer comment elle arrivait à prévaloir avec le temps, il fallait recourir à une réduction de l'autre composante.

Benedetti paraît avoir été l'inspirateur le plus direct de Galilée. Dans les Sermones *, ce dernier met en avant une théorie qui est fondée, tout comme chez Benedetti, sur la diminution de la vis impressa ; cependant, à l'époque à laquelle appartient la partie la plus ancienne de ce traité (1590), Galilée avait déjà découvert la loi des espaces de la chute. C'est vers 1610 que Galilée semble avoir eu l'idée de composer la trajectoire à l'aide du mouvement horizontal et de celui de la chute*. Mais la diminution de la vis impressa se retrouve

1. Cf. DuuEU. Les origines de la statique. Paris, 190o, pp. 108, 109.

2. RosENBERGER. Geschichte der Physik, vol, I, p. 422. — La conception courante était moins logique, mais, par là môme, moins contraire à l'évidence : on reliait les deux droites par un arc de cercle. On trouvera l'image de la trajectoire ainsi conçue chez Cardan, trad. Le Blanc, § 4U.

3. Benedetti, /. c. « Verumidcm est, impressum ilhim impelum paulalim decrescere... »

4. Galilée. Sermones de motu gravium, Œuvres. Florence, 1842-56, vol. XI. p. 83.

5. Cf. E. WohLwiLL. Die Entdeckung des Beharrungsgesetzes. Zeilschrift fuer Yoelkerpsychologie, vol. XY, 1884, p. 110.

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encore dans le Dialogue sur les deux sciences (1638) comme Topioion d'uQ des iaterlocuteurs, sans que Taulre la réfute. Il est vrai que la même œuvre coQtieot aussi une alûrmation de riaertie en toute direction; mais, comme M. Wohlwill Ta justement fait ressortir, loin d'être proclamée comme principe universel, elle occupe pour ainsi dire « un coin » du traitée Galilée, d'ailleurs, n'a jamais cessé déconsidérer le mouvement circulaire des corps célestes comme « naturel », à la manière des anciens et de Copernic. En ce qui concerne la genèse du concept d'inertie chez Galilée, il est particulièrement important de constater qu'il a commencé par affirmer la perpétuité du mouvement en direction horizontale, et qu'il s'est constamment servi avec prédilection de cette forme particulière du principe-. 11 l'a démontré par l'exemple de la boule roulant sur un plan ^ et il semble au moins probable que cette déduction se rattache étroitement aux conceptions de Cusa que nous avons exposées plus haut.

lise peut que Descartes ait trouvé le principe d'inertie indépendamment de Galilée; toutefois, é l'époque même où il le formule pour la première fois (vers 1620) , diverses œuvres de Galilée qui contenaient, au moins implicitement, le principe eu question étaient déjà publiées, d'autres étaient certainement répandues par diverses communications, et il est plus probable que Descartes, avec sa puissante logique, n'a fait qu'étendre les propositions qu'il trouvait chez son devancier. On sait d'ailleurs que Descartes ne mentionnait pas souvent ses prédécesseurs, même quand les emprunts qu'il leur faisait étaient manifestes — habitude tout à fait générale à cette époque \ En tout cas, on ne saurait déniera Descartes le mérite d'avoir formulé le premier une théorie complète et logique de la conservation de la vitesse enlignedroite, et d'avoir proclamé l'importance primordiale de ce principe pour la théorie du mouvement en général *.

\. Cf. !•:. WoiiLwiLi., p. 124.

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