Eways, p
Mkterson. 10
défaut, ranomalie pourrait s expliquer en supposant l'interveutioQ de Tair ; et c'est plutôt, aiusi que du reste le titre rindique, Texplication de ce phénomëne particulier que le principe lui-même qui forme le véritable objet de cet opuscule justement célèbre auprès de la postérité, mais qui demeura complètemeut ignoré des contemporains.
11 n*est pas trop malaisé, semble-t-il, de se rendre compte pourquoi le clair exposé du médecin de Bazas eut si peu de succès. Sans doute, Rey était un homme inconnu, perdu dans un petit trou de province ; dans ce siècle où les communications épistolaires parmi les savants étaient particulièrement vives, il ne semble avoir été en correspondance avec personne eu dehors de Mersenne : le P. Mersenne connaissait décidément tout le monde. Cependant il faut chercher les causes dans la doctrine elle-même. La chimie sortait à peine du brouillard semi-mystique des recettes alchimiques ; elle était entièrement dominée par la conception de Télément de qualité : nous verrons plus tard quelle était la vitalité de cette théorie, et quelle défense elle était encore en mesure de fournir en réponse aux attaques vigoureuses de Lavoisier et de ses disciples, un siècle et demi plus tard, alors que le domaine des faits connus se trouvait immensément élargi. On comprend que dans ces conditions la théorie de Rey, où il n'était tenu aucun compte de la qualité, ait été écartée pour ainsi dire d'emblée par Topinion des chimistes. Quant aux physiciens, ils devaient se trouver rebutés par ce fait que Rey, tout eu ne formulant aucune théorie de la matière, se mettait eu contradiction flagrante avec les deux théories qui se partageaient la direction des esprits à cette époque^ dans une question où ces deux théories demeuraient d*accord : Âristote aussi bieu que Descartes considéraient le poids comme une qualité accidentelle de la matière, alors que Rey revenait aux idées des atomistes anciens. Aristote et Descartes avaient d'ailleurs raison au point de vue logique, et en un certain sens les conceptions deRey constituaient nue véritable régression.
Les idées de Descartes finirent par triompher dans la science aussi bieu que dans la philosophie. « Tous accidents autres que la grandeur ou retendue (des corps) peuvent être engendrés ou détruits », déclare Hobbes S et Ton voit que dans cette
i. IloHBKs. Eléments ofphtlosophy, ùô. Molcsworth. Londres, 4835, p. i46.
théorie il n'y a pas de place pour la conservation du poids. Leibniz encore raisonne quelquefois d'une mauière analogue. L'eau contient à volume égal autant de matière que le mercure, seulement à la matière propre de Teau vient s^ajouter « une matière étrangère non pesante qui passe à travers ses pores » car, conclut-il, « c'est une étrange fiction que de ftiire toute la matière pesante* ». Cependant, Leibniz concevait avec beaucoup de clarté ce que nous désignons actuellement sous le terme de 7nasse-; il serait peut-être exagéré d'affirmer qu'il Tait « inventé' » ; mais il est certain qu'il Ta dégagé des brouillards dont il se trouvait enveloppé chez Descartes.
Huygens affirme nettement que c'est le poids qui mesure la quantité de matière*. Newton confirme par des expériences précises* que le poids est proportionnel à la masse, ce qui, du reste, ressortait déjà des expériences de Galilée*. Newton n'admettait pas de matière impondérable, mais bientôt après lui ce concept s'établit fermement dans la science, ce qui n'était pas pour favoriser Téclosion du principe de la conservation du poids. Il est, en général, malaisé de se rendre compte quelle était la véritable opinion des physiciens des xvir et xnif siècles au sujet de ce que nous appelons les phénomènes chimiques. Il y avait là un domaine mal connu, nous dirions presque mal famé, constitué par un amas formidable de faits à moitié mystérieux. Les physiciens ne s'y hasardaient pas volontiers, ou bien, s'ils en parlaient, le traitaient d'une manière tout à fait générale, sans s'occuper pour ainsi dire des constatations dues aux chimistes, ni surtout de leurs théories". La méthode des uns et des autres était aussi totalement diflérente. Les physiciens suivaient la méthode mathématique, alors que les chimistes s'occupaient de la qualité seule. Robert Boyle est le seul homme de cette époque qui