‹ Idylles et chansonsChapitre 22 sur 55 · IVRESSE · texte numérisé non relu

IVRESSE

Quand tu fixes sur moi, lentement, longuement, Tes yeux profonds, remplis de vivante lumière. Vers eux, d'un trait soudain, monte ma vie entière, Et je marche en un rêve effroyable et charmant :

En pays inconnu, dans la campagne immense. J'erre au hasard, pleurant, seul! C'est la nuit, l'été! Le ciel religieux, fraîchissant en silence, M'enveloppe aux longs plis de sa sérénité.

IDYLLKS t:i CHANSONS.

Tout à coup, dans l'air pâle, au plus haut de l'abîme,

Une étoile sourit, marche et regarde en bas,

Et je me sens saisi par le rayon sublime

Comme l'enfant tombé vers qui l'on tend les bras !

Sans plus voir, plus entendre, attiré par l'espace, A travers l'inconnu je suis la main de feu; Les mondes éternels s'inclinent quand je passe, Mon âme, ivre d'amour, pressent l'âme de Dieu!

IxNSOMNIE.

La nuit, sous ma lampe muecce.

Le cœur plein de mon grand amour, D'un doigt fiévreux j'ouvre et feuillecce Mes plus chers livres tour à tour,

Tous des poètes, belles âmes

Qu'agita la soif de souffrir,

Qu'on vit, sous l'œil puissant des femmes,

Chanter, trembler, parfois mourir!

Pétrarque, au frais d'une fontaine, Dans un sonnet plein jusqu'au bord, Me verse l'ivresse hautaine Qui le ravit jusqu'à la mort;

D'un pied rude écartant la terre Où son rêve n'a pas fleuri, Michel-Ange, dans la lumière.

M'emporte auprès d'Alighieri;

Du ciel les cohortes pressées Font sonner harpes et clairons Quand leurs tardives fiancées Baisent enfin ces larges fronts.

Bientôt, sur le bras de Tibulle, Je redescends, au jour naissant, Vers le lac d'azur où Catulle Cric en voyant couler son sang.

Page 1