LA ROSE
A quoi sert d'embaumer nos dépouilles mortelles, Et sur de vains tombeaux pourquoi semer des fleurs? C'est tandis que la vie anime encor nos cœurs Qu'il faut nous couronner de guirlandes nouvelles.
Profitons du jour serein
Que ramène la nature;
L'impénétrable destin
A caché le lendemain
Dans la nuit la plus obscure.
Loin de nous chagrin, tourment,
Inquiétude ennemie !
La vaine philosophie
Est de voyager gaîment
Sur la route de la vie :
On n'y paroît qu'un instant ;
Je le donne à la folie,
Et je m'en irai content
Dans l'abîme où tout s'oublie.
LE RENDEZ-VOUS
Mirtile brûlé pour Glicère
Des feux d'amour A la porte de la bergère
Disoit un jour :
O ma charmante pastourelle !
Reconnais-moi !
Permets que ton amant fidèle
Entre chez toi!
Glicère l'avoit vu paroître
Et l'entendit :
Mettant la tête à la fenêtre,
Elle lui dit :
Quand ma mère sera couchée.
Reviens ce soir ; Maintenant, Glicère empêchée
Ne peut te voir.
LE RENDEZ-VOUS 87
Le soir vient ; le plaisir appelle
L'heureux amant ; Il frappe au logis de la belle
Bien doucement, Et murmure à sa tendre amie
Deux ou trois fois :
Ouvre-moi vite, je t'en prie,
Entends ma voix !
A ces mots, la jeune innocente,
Le cœur troublé, Va d'une main impatiente,
Tourner la clé ; Puis au berger fermant la bouche,
Lui dit tout bas :
Ma mère est là sur cette couche
Ne parle pas 1
Elle avait un chapeau de rose
Un corset blanc, La collerette à demi close,
Le sein tremblant.
Les cheveux flottans autour d'elle,
Et les pieds nus :
Dans ce désordre, elle était belle
Comme Vénus.
Je ne sais ce qu'à l'ingénue Mirtile apprit :
LE RENDEZ-VOUS
Aujourd'hui quand il la salue,
Elle rougit, Et si l'on parle d'amourette
Et de ses jeux, Glicère confuse et muette.
Baisse les yeux.