III. -- Maison du Sacré-Coeur à Winnipeg
Le 22 janvier 1905, Sa Grandeur Mgr Louis-Philippe-Adélard LANGEVIN, Archevêque de Saint-Boniface — toujours animé du plus pur zèle apostolique pour le salut des ouailles confiées à ses soins, et comprenant que rien n’aide autant au progrès de la Foi chez une population que l’enseignement religieux dans la langue qu'elle parle — fondait la paroisse du Sacré-Cœur pour tous les catholiques de langue française de la majeure partie de la ville de Winnipeg.
Par le même décret, il confiait cette paroisse aux Révérends Missionnaires Oblats de MariE Immaculée et en nommait le R. P. Xyste PoRTELANCE, O. M. I. premier Curé.
Ce choix fut vraiment providentiel. Le P. PORTELANCE, doué d’un zèle ardent et de grandes qualités d’orateur et d’organisateur, se mit aussitôt à l’œuvre avec une ardeur inlassable : et, en un tour de main, — au milieu de toutes sortes de difficultés et en dépit même d’oppositions de la part d’un certain nombre de personnes qui auraient dû l'aider, au lieu d’essayer de faire échouer l’œuvre à ses débuts, — il réussit à grouper les cent cinquante familles de langue française existant alors dans la ville, et toutes plus ou moins éloignées les unes des autres.
En une année, une église-école était construite ; et la paroisse voyait, tous les dimanches, une population, croissant sans cesse en nombre, receuillie et heureuse d’entendre l’enseignement de la Religion dans la langue de leur cœur — cette belle langue française qui leur rappelait les gloires de leur pays d’origine, la France, Fille atnée de l’Église, ainsi que les vertus, les luttes et les triomphes de leurs ancêtres contre l’ennemi invétéré
de leur Foi et de leur nationalité dans la vieille Province de Québec.
Pendant les six dernières années de sa vie, le Révérend Père, miné sourdement par une maladie qui ne pardonne pas, sut surmonter à tel point la souffrance qu’il n’en continua pas moins ses travaux, avec le même zèle toujours et la même ardeur qu’au début. Et, lorsqu'il abandonna son poste, pour aller essayer un dernier recours à la science médicale, il laissait une paroisse parfoitement organisée, dont l’avenir était assuré. Une école bilingue — que fréquentaient cent soixante enfants, sous la direction de six religieuses des Saints Noms de JÉsus et de MARIE — aidait puissamment à nous gagner, chaque jour, de nouvelles sympathies et de nouvelles recrues.
Le souvenir du P. POoRTELANCE restera attaché à la paroisse toute française du Sacré-Cœur. Sa mort, en décembre 1219, a causé un regret bien sincère, qui se manifesta par de nombreuses Messes demandées pour le repos de soñ âme. Il est disparu en laissant, parmi ceux pour qui il s’est dépensé, la réputation d’un prêtre selon le cœur du bon Dieu, d’un organisateur émérite et d’un infatigable travailleur.
Il est disparu, mais son œuvre vivra. De fait, elle n’a vécu, depuis sa mort, que de l’élan qu’il lui a donné ; et il sera relativement facile à tous ses successeurs de la faire progresser, — s’ils savent toujours la diriger selon le premier plan et l'inspiration du début.
$ II. — La Situation actuelle.
Les revenus de la paroisse et des contributions volontaires pour l’école couvrent les dépenses ordinaires. Et le renom de la paroisse est des meilleurs dans la ville, quant à la beauté de ses cérémonies et de ses chants d’église, et pour la bonne tenue et les succès des élèves.
Il ne faudrait pas croire, cependant, qu’elle soit une paroisse d’un ministère facile. Il est vrai que les paroissiens sont, en général, animés d’un esprit chrétien admirable et d’une générosité souvent au delà de leurs moyens;
et c’est là une de nos grandes consolations. Malheureusement, le nombre de nos familles n’est pas encore tont à fait assez grand pour répondre à tous nos besoins. Ensuite, le grand inconvénient, c’est qu’elles sont toutes éloignées les unes des autres, et plusieurs même demeurent à des distances de trois ou quatre milles de l’église. De Ià, la tentation d’aller parfois assister à la Messe dans une égtise plus rapprochée, de sorte que nous n’avons pas nos gens au complet aussi souvent que nous pourrions le désirer ; de là, la difficulté, à cause de l'éloignement, pour les enfants de venir à l’école: de là, enfin, la presque impossibilité où l’on se trouve de localiser tous les paroissiens, sans compter que, lors même que nous sommes parvenus à les localiser, les déménagements nous les font perdre de vue, et qu’il faut alors les retrouver de nouveau et veiller à les intéresser toujours à leur paroisse. C'est aussi de cet éparpillement des familles que provient, nous regrettons d’avoir à le constater, le fait que l'assistance aux offices du soir est au-dessous de la moyenne.
Ne soyons, cependant, pas trop tentés d’exagérer ces inconvénients, puisque l’on est parvenu, quand même, à voir le nombre des assistants s’accroître de dimanche en dimanche, — à tel point qu’il a fallu ajouter une Messe à neuf heures ; quant aux réunions du soir, il y a eu un progrès qui donne à espérer. Chaque année, le nombre augmente des enfants à l’école ; èt, actuellement, l’on étudie la question d’agrandir et l’on avise aux moyens de le faire — sans augmenter la dette.
Les conditions pénibles dans lesquelles la paroisse et l’école se sont trouvées, durant la guerre, ont nécessité un travail accablant d’organisations de toutes sortes, — organisations qu’il faudra continuer encore, durant plusieurs années, afin de pouvoir payer les taxes et les intérêts de la dette. Heureusement, jusqu'ici, avec l'esprit d'initiative et le dévouement de nos paroissiens, — aidés du travail des Dames de Sainte-Anne, des Enfants de Marie, de la Ligue du Sacré-Cœur, de la Société Saint- Jean-Baptiste — nous avons réussi à boucler notre
budget et, par deux fois, avec un surplus qui nous 4 permis de réduire la dette de $40,00 à $38,00. C’est marcher à pas lents, il est vrai; mais, au moins, cela nous encourage à marcher de l'avant.
La paroisse avec l’école a maintenu chez les nôtres, malgré l’éparpillement des familles, un grand esprit de cohésion — doublé de l’amour de leur langue et de leurs traditions. Et voilà le prodige !
Nous avons une paroisse uniquement française et une école qui, tout en étant bilingue, conserve à la génération future sa mentalité française. L'enseignement religieux donné dans leur langue à l’église et à l’école, ainsi que les sociétés et les organisations qui les réunissent ensemble, ont empêché nos catholiques, qui pourtant ‘vivent et travaillent journellement au milieu des protestants, de voir même diminuer leur foi. Et on peut même les considérer, d’une façon générale, comme des catholiques modèles — chez qui, par exemple, les mariages mixtes sont assez rares.
Aussi comprennent-ils bien l’importance de cet enseignement religieux donné dans leur langue ; et, pour le moment, ils n’admettraient pas que les Pères desservants leur parlent en anglais, même pour faire les annonces à l'église. Pourtant, tous savent l'anglais et plusieurs même le parlent mieux que le français ; mais, ils ont pu constater — par leur expérience personnelle, depuis quinze ans — que le français les a sauvegardés contre les fausses maximes et l’esprit protestant. A cause de cela, ils ne se récrient jamais, lorsqu'on leur demande des subsides pour le soutien de l’école, parce qu'ils veulent aussi sauvegarder la foi de leurs enfants. Ils subissent, dans ce but, l’injuste loi de la double taxe scolaire ; et l’on a vu des familles éloignées supporter les dépenses de tramways et envoyer réguliérement leurs enfants à l’unique école bilingue de Winnipeg.
I! est assez rare de voir des enfants de nos families, qui sont restées tant soit peu françaises de cœur et d'esprit, fréquenter les écoles neutres publiques ; et, Pourtant, ces écoles sont faciles d'accès et gratuites.
Dans ce pays surtout, les familles françaises catholiques comprennent que leurs enfants resteront catholiques pour autant qu’ils resteront français ; aussi ne craignentelles pas les sacrifices de dépenses onéreuses, pour leur procurer cette éducation française qui sauvegarde leur foi chrétienne.
Et c’est en cela que les Oblats ont fait et feront toujours, dans la paroisse du Sacré-Cœur, l’une des plus belles œuvres que puissent accomplir des missionnaires : ÆEvangelizare pauperibus misit me, — Il m’a envoyé pour évangéliser les pauvres. Car voici le but de leurs efforts :ramener les pauvres, les indifférents à l’amour de leur langue et, par là, à la pratique de leur foi, — préserver ces familles, qui, poussées par la nécessité du travail à coudoyer les protestants, sombreraient sans l’appui de leur nationalité, — et, enfin, les encourager dans les sacrifices à faire pour sauver ia foi de leurs enfants, en leur répétant constamment : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. »
Aussi, quelque dur et accablant que soit notre ministère, il est rempli de consolations spirituelles. Les retours des nôtres aux pratiques religieuses, depuis la fondation de la paroisse, sont nombreux ; et rarement avons-nous vu une population aussi recueillie aux offices religieux. Tous les dimanches sojrs, il y a réunion pour l’une ou l’autre de leurs pieuses sociétés : les Cadets du Sacré-Cœur et les Saints-Anges, les Enfants de MARIE, les Dames de Sainte-Anne, les membres de la Ligue du Sacré-Cœur.
11 règne aussi un grand esprit de charité pour les pauvres dans les conférences de Saint-Vincent de Paul, dont les membres courent avec joie au secours des nécessiteux. L'année dernière, une vingtaine de familles ont été secourues de diverses manières ; et la Société de Saint-Vincent de Paul a payé les frais de l’éducation de 22 enfants pauvres à notre école.
La Société Saint-Jean-Baptiste, de son côté, s'applique à maintenir chez eux l'esprit de solidarité et s’eflorce d'aider l’œuvre de la diffusion du français par l’école.
Et l’œuvre vivra : Winnipeg est entouré de paroisses complètement françaises, à tel point qu’il est difficile, et pour le diocèse de Saint-Boniface et pour le diocèse de Winnipeg, de trouver place pour un curé de langue anglaise en dehors de la ville. Aussi le « Sacré-Cœur sera-t-il toujours assuré de recevoir un élément sain d’origine française, venant des campagnes environnantes. Vienne le jour où les industries et les manufactures reprendront leurs travaux d'autrefois, et la population française se verra renforcer d’un puissant contingent. Et ce seront alors des jours de prospérité pour l’église et l’école du Sacré-Cœur et pour la race française, dans la cité de Winnipeg.
$ III. — La Maison (4920).
Les Oblats possèdent la moitié du carré sur lequel sont bâties l’église et l’école du Sacré-Cœur. Sur le terrain des Oblats se trouvent le « West Canada Publishing Office », une maison louée, et une autre maison qui sert de presbytère. Pour le loyer, les taxes et l’entretien du presbytère, la paroisse paie la somme $100 par mois ; et l’on n’a, au sujet des dépenses de la maison, aucun compte à rendre à la paroisse.
Le Père Alcide NoRMANDIN est Curé de la paroisse, ayant comme assistant et économe le Père Wilbrod VÉZzINA. Le Père Joseph CHAUMONT, résidant ici, s’occupe de certaines missions sauvages, couvrant un rayon d’une centaine de milles autour de Winnipeg. Quant au Père Omer PLOURDE, résidant également au « Sacré- Cœur », il agit comme gérant de Ja West Canada Pubdishing Co. — œuvre à laquelle le Frère Charles Svc- VESTRE donne aussi ses services.
La West Canada Publishing Co. poursuit une œuvre importante, au point de vue catholique, dans la publication de journaux hebdomadaires en diverses langues qui atteignent toute la population catholique, — à savoir la North-West Review, La Liberté,
un journal ruthène, un journal allemand et un journa} polonais.
La maison du « Sacré-Cœur » agrandie pourrait abriter des missionnaires de paroisse. Elle serait un magnifique centre. Et, pour l’avenir de la Congrégation dans le Manitoba, il serait à désirer que nous eussions de ces missionnaires le plus tôt possible. Un vaste champ attend le zèle et les bienfaits de leur apostolat.
Alcide NorMANDIN, O. M. I.
Festum Mariae Mediatricis.
« Hodiernus Moderator Generalis Congregationis Oblatorum B. Marine Virg. Immaculatae, votis etiam suorum alumnorum satisfacturus, humiilimis datis precibus, Sanctissimum Dominum nostrum Benedictum PP. XV. rogavit, ut Kalendario ac Propriosuae Congregationis Festum B. Mariae Virginis, sub titulo « Mediatricis omnium Gratiarum », inscribi valeat, cum Officio ac Missa propria nupef approbatis. Sacra porro Rituum Congregatio, utendo facultatibus sibi specialiter ab eodem Sanctissimo Domino nostro tributis, attentis expositis, his precibus annuens, benigne indulsit ut Festum Beatae Mariae Virginis, sub enunciato titulo Mediatricis, in Kalendario ac Proprio praefatae Congregationis ad diem 31 Mali, sub ritu duplici majori, affigi possit, Officium cum Missa adhibendo nuper approbatum : servatis Rubricis. Contrariis non obstantibus quibuscumque.
Datum Romae, die 4 Januarti 1922.
Lts.
t A. Card. Vico, Ep. Portuen., Praefectus.
Alexander VERDE, S. R. C. Secretarius. »
N. B. — Nous pourrons, dès cette année 1922, célébrer cette nouvelle fête. Mais, pour des raisons de concurrence avec La Féle du Très Saint Sacrement, elle devra être complètement omise en 1923. Nos vénérés lecteurs ne s’élonneront donc pas é’apprendre que netre OnDo ne pourra la mentionner qu'en 1924.