Il est! à Victor Hugo
La raison doit se rendre à cet « il est » sans phrase, C'est un fort joli Dieu — le bon Dieu qui t'embrase, Dieu mâtiné — construit en sucre avec du fiel, Sur terre auteur du mal — réparateur au ciel, Providence — n'ayant d'un corps comme le nôtre Qu'un seul doigt et qu'un œil — à mettre l'un dans l'autre, Pour leurs bonheurs futurs créant des malheureux. Quoi ! tu n'admires pas — homme cent fois heureux, Du charlatan divin — la logique imprévue. Crever les yeux des gens — pour leur rendre la vue. Homme ingrat — à ce Dieu, tu te plaindrais à tort D'avoir faim — tu n'as droit au pain qu'après ta mort.
Si l'âme et Dieu sont vrais — tout l'absurde est possible, Il faudra moins de temps à ce maître invisible, Pour briser et changer les lois de l'univers, Qu'il ne t'en faut, à toi, pour ciseler un vers. Alors, nous retombons dans la brute et les bourdes, Va donc humanité — puise de l'eau de Lourdes,
L'oignon renaît divin — le vieux culte d'Apis
Un peu rapiécé — combat celui d'Isis.
Faire gagner un lot aux brûleuses de cierges,
Montrer sur un pommier des visages de vierges,
Donner à la Salctle un pouvoir sans pareil,
Est-ce plus difficile à faire — qu'un Soleil ?
Et ce Dieu qui commande à tous les cataclysmes,
Ne pourrait pas guérir de simples rhumatismes!
Jéhovah, Jupiter, Grand-Esprit, grand Lama,
Le Père et Christ, Wischnou, le Fétiche et Brahma
Sont finis — soit — d'où sort l'inconnu qui t'anime?
Peut-être descend-il d'Hegel — cet anonyme.
Tu railles le miracle et sans l'apercevoir
Que le plus grand de tous, tu l'admets sans le voir,
Tu fais les parts -^ tu veux — croyant — nouvel apôtre.
Nouveau Loyson — tu veux ce Dieu-là — mais pas l'autre.
L'infaillibilité trouve Loyson rétif,
Mais il accepte Dieu comme un apéritif.
Le tien — peu comestible — on le pense — on le rêve.
Quant à son repoussoir — le Diable — il est en grève,
Dès longtemps, accablé d'arguments triomphants,
C'est un fantoche absurde et bon pour les enfants.
Et pourtant — si l'enfer n'est qu'un feu d'artifice,
Si Satan n'est qu'un mythe — où donc est la justice?
Toi — grand cœur et Tropmann — auriez les mêmes droits
Au séjour bienheureux de Napoléon trois.
Le crois-tu? si vingt ans, tu fus — noble victime,
Le vengeur — et la main mise au collet du crime.
Oublieux — voudrais-tu — foulant toute équité,
Avec l'assassinat — vivre en promiscuité.
Pour ne pas accepter ce mélange effroyable,
Si tu comprends un Dieu — tu dois admettre un Diable,
Ou l'homme — vertueux, grand, bon — n'estplus qu'un sot.
Le crime un substantif et la vertu qu'un mot.
Combien frêle et subtil est le désaccord vague
Entre l'homme qui croit et l'homme qui divague,
A peine aperçoit-on — tant il est peu saillant,
Le degré séparant le dévot — du croyant.
Dieu trône pour tous deux — ils ont tous deux — une âme,
Qui — naturellement — contre la mort réclame.
Quelques-uns en ont deux — une âme au sensitif
Pour le ciel — pour chez nous — l'autre au végétatif.
Le croyant — au dévot refuse confiance
Sans se douter, qu'au fond de sa propre croyance
A celui qui voit tout, à la fois, en tout lieu,
Le plus grand des plus grands miracles — c'est son Dieu.
Je suis l'un des humains — l'humanité me touche, Et je n'ai pas besoin de ce maître farouche Que je ne comprends pas — que jf- ne puis pas voir, Pour me dire — écolier remplis donc ton devoir. Si l'âme existait — moi — j'aurais l'âme plus haute, Contre l'humanité, quand je fais une faute, Quand je cherche comment je pourrais agir mieux, C'est dans ma conscience — et non pas dans les cieux.
La connaissance humaine — en rien — n'est absolue,
Mais la certitude — elle — à l'homme est dévolue,
Et quand à l'horizon — le grand astre apparaît.
J'ignore ce qu'il est — je suis certain — qu'il est.
Si tu vois bien — affirme — un temps vient pour comprend n
Crois sans voir — tout ce que ton esprit peut entendre.
Ne voir, ni ne comprendre et croire — cest la foi,
Hugo — cette démence est indigne de toi.
Descends dans ton esprit — vois — tes rêves mystiques
Vont repeindre l'enseigne à leurs saintes boutiques,
Comprends-le donc — ton âme engendre le sabbat
Et ton « il est » contient en germe des stabat.
Sans âme — pas de Dieu — mais sans Dieu — pas de Diable,
Et c'est pour arriver à ce but pitoyable
Que, vers quatre-vingts ans, sort de ton grand cerveau
Cet idéal grotesque et ce Dieu soliveau.
Pour un Dieu — quoi qu'il soit — l'impossible est facile,
Ton Dieu qui n'agit pas est un pur imbécile,
Et contre lui — cent fois — le diseur d'oraison,
Invoquant la logique — a pour lui la raison.
Le principe chancelle — et tu le rends robuste.
Le système est sans tête — et tu lui mets un buste.
Pourtant l'humanité de Socrate et Gaton
Marcha vers Diderot — tu restes à Platon.
Lucrèce avait paru — son pas fat plus agile
Que le tien — le Phédon. Voilà ton évangile.
Mais ton effort est vain — si tu ne marches pas,
Le peuple avance — lui — chaque jour compte un pas.
Et malgré ton génie — on se souvient qu'en somme
La crédulité trouve — un joint dans un grand homme.
Dans les bas-fonds grouillants des animalités,
Vivent immondes — froids — dans leurs viscosités,
Des monstres — mous — gluants — rampant sans laisser
Pieuvre, tsenia, ver, larve, acarus, limace, [trace,
Chaque monstre saisit — blesse — étreint — bave ou mord
Et sa vitalité semble narguer la mort;
Sans cesse renaissant — l'horrible et flasque slryge
Ne meurt pas — tant que vit — de sa tête — un vestige.
Or — quel que soit son nom — et quel que soit son lieu.
Maître — ceux dont lu ris — leur tête — c'est ton Dieu.
Puisqu' « il est » — prêtre et bonze ont tous deux raison d'être,
Si devant ton grand juge — un jour — tu crois paraître.
Ils ont — pour ton salut — prié cet infini
Que tu dus négliger — un peu — pour Hernani ;
Voilà leur rôle : — aussi les jeunes républiques
Votent — pour prospérer ~ des prières publiques !
Ces monstruosités révoltent la raison,
Changer notre idéal te semble de saison,
Tu ne veux plus d'un Dieu qui serL de grosse caisse
Soit — nous sommes d'accord — Ion absolu — dis — qu'est-ce?
Un bruit — un souffle — un gaz — un éther, un éclair,
Quoi ! Rien de tout cela — « s'il est » il n'est pas clair.
Tu veux exproprier l'antique barbe blanche
Pour un Dieu Jablockoff — chassons la vieille branche.
Dispose à ton plein gré, du vénérable engin
Vanté par Vert-de-Gris — comme un divin Mangin.
Seulement constatons — des Brahmes à Voltaire
Que le ciel a changé souvent de locataire.
Jugeant les noirs repus de la divinité,
Pesant l'engraissement par la crédulité.
Retroussant hardiment la soutane et l'étole
Par un rêve enfantin tu remplaces l'idole,
Et prenant tes désirs pour des réalités,
Des tiens — tous emportés par les fatalités,
Tu crois pouvoir — un jour — revoir les chères ombres.
0 néant ! — Eternel comme les lois des nombres,
Permets leur ce doux rêve à ces vieillards brisés.
Ces cœurs-ià ne seront jamais cicatrisés !
La mort n'est qu'un instant offert à la souffrance, De vous revoir encore, — ah! de cette espérance, Ghers êtres disparus — si j'eusse été leurré Je vous aurais suivis, — je n'aurais pas pleuré. Ecrasé de tristesse, en voyant votre image, Pour vous suivre — il n'était pas besoin de courage. Mais ils sont bien perdus — ceux qui tombent des rangs, La femme — les enfants — frères — amis — parents. Si — mort — on retrouvait ces bonheurs et ces charmes, Dans nos yeux — la nature aurait mis moins de larmes. Et les regrets amers — mêlés dans les soucis, N'auraient jamais été — par le temps — adoucis.
Pour le surnaturel, il n'est pas de limites,
De quel droit railles-tu le prêtre? — tu l'imites.
Si Dieu te rend les tiens frappés par le destin,
Ce Dieu-là ne peut-il traverser l'intestin?
Un Dieu qui rend les morts — est-il donc moins étrange
Ou moins miraculeux qu'un autre Dieu qu'on mange?
Oui, cent fois oui — le prêtre a raison contre toi ;
Puisque tu crois en Dieu — tu dois avoir la foi.
Tu t'en défends en vain — « il est » l'a reculée
Ta raison — jusqu'à croire à sainte Immaculée ;
Autrement range-toi dans les plus éloquents
De cette légion — d'hommes inconséquents.
En admettant un Dieu — c'est d'un mot, tout admettre.
11 te sied bien — à toi — pauvre insecte — de mettre
Une limite humaine — au pouvoir infini ;
Où le juste commence — où l'absurde est fini
Le sais-tu? — Faux et vrai — lui — lui seul les discerne
Eteins du sens commun la trompeuse lanterne,
Dieu peut tout. — S'il veut, il peut tout remanier
Et la raison doit obéir — ou le nier.
Dans ce dilemme étroit — l'absolu nous enferme,
Nier — c'est le parti d'un esprit droit et ferme
Arrivant à ne croire — à rien — qu'au démontré.
Dès l'antiquité môme, il s'en est rencontré!
Croii-e — avec le poète — au Dieu qu'on nous enseigne,
La raison n'entre pas où le sentiment règne.
Mais croire à ce qui plaît ■ — nier l'autre moitié
Ce demi-croyant-ià n'a droit qu'à la pitié.
Dieu peut tout — s'il existe — et de ses tabernacles
S'il veut — il peut tirer tout un stock de miracles,
La logique l'impose — elle n'est — c'est certain,
Qu'avec l'athée — ou bien avec l'ultramontain.
Un Dieu ne pourrait pas fabriquer l'impossible?
Autant n'être pas Dieu — le bonhomme est risible,
Se flatter d'être Dieu — fût-on né de Platon
Sans miracle — on n'est plus qu'un bon Dieu de carton.
Songes-y — noble esprit — là — pas d'échappatoire :
J'entends nier ceci — cela je veux le croire,
Est-ce digne d'un homme ? Il n'est pas de milieu
Et l'on doit croire à tout — lorsque l'on croit en Dieu.
Laisse le sentiment et retourne ou problème,
Ta raison sentira la force du dilemme;
Depuis plus de trente ans — j'y pense avec effroi,
L'issue — est de choisir — l'athéisme ou la foi.
L'intelligence humaine est une lueur terne,
y verrais-je plus clair — en soufflant sa lanterne?
C'est qu'il ne suffit pas — pour toucher ces sommets D'être un poète comme — on n'en connut jamais. Ce n'est point en cherchant une rime sonore Que de l'humanité se découvre l'aurore; Et la loi qui régit et l'homme et l'univers, L'atome, l'infini — n'est pas écrite en vers. Patiente analyse et synthèses fécondes Seule? — vous livrerez la genèse des mondes ! La métaphore, en vain, recherche les décrets Dont les plasmas vivants ont gardé les secrets. Le mineur trouve l'or — au fond des gouffres sombres, Dans le cadavre et dans le ciel — passent des ombres, Sous ces voiles épais — dérobant ses splendeurs, La matière a caché ses sublimes grandeurs. L'art, empruntant la forme — à sa beauté — ravie, Ne sait rien des secrets du monde et de la vie; La science — elle — émet quelques pâles clartés Pour guider le chercheur — en ces obscurités. Erudits et savants — sur des débris informes. Vont bâtir — en airain — des vérités énormes. Poésie et science ont le crâne autrement Conformé — pour le rêve ou pour le jugement. Et selon l'instrument que sa voûte emprisonne, Ou la lyre résonne, ou le cerveau raisonne
Du connu — vers l'obscur — procfklant par — Ergo De l'infime au plus grand ~ de Zola — vers HUGO.
A. toi — poète — à toi — l'enivrante harmonie,
La passion, l'amour, la charité bénie,
Les bonheurs de l'aïeul — le clairon du combat,
Dans la patrie en deuil — tout ce qui vibre et bat,
A toi — le chant vengeur râlé par la victime,
A toi — le vers brûlant — fer rouge au front du crime.
Voilà ton rôle — dis — en est-il un plus beau?
Penser que pour ta gloire il n'est pas de tombeau.
Voir ce qu'un être humain — même en ses rêves — n'ose,
Toi vivant — assister à ton apothéose,
Et dans les souvenirs — être l'éternité,
En pleine sève — entrer dans la postérité.
Savoir — tant qu'un soleil enverra sa lumière
Que tes os entendront — HUGO — dessous ta pierre !
Est-ce assez ? Laisse donc au modeste savant
Ce travail — de pousser la science en avant,
La science — non pas — science académique,
Du savant orthodoxe, on sait trop la pratique;
Et parmi ces castrats — nourri dans le sérail,
De l'officiel troupeau — je connais le bétail.
A tout hardi penseur — il met la muselière
Et dit en agitant le mouchoir de Molière :
Cachez ces vérités que je ne saurais voir,
Le Ministre, Monsieur, n'aurait qu'à le savoir I
Près du lettré tombé — dans le naturalisme
Nous avons le savant — au spiritualisme !
Je parle du savant — libre en sa dignité
Ne reculant jamais devant la vérité.
Gctobscur-là — souvent la misère le tue,
Et deux cents ans après — on sculpte sa statue.
Après trente ans et plus d'un labeur incessant
Pesant, fouillant, creusant, pensant, recommençant.
Ce chercheur est moins prompt, dans son froid scepticisme,
A trancher comme toi — comme le catéchisme,
Le problème — facile à la Divinité,
Des genèses du monde et de l'humanité.
Car si ton Dieu n'a fait ni le ciel ni la terre.
On doit se demander ce qu'il a bien pu faire.
Et s'il a fait le monde — on peut sans profaner
Dire qu'avant son oeuvre — il dut beaucoup flâner.
Si l'Univers et Dieu sont — l'incompréhensible,
Le penseur a raison en croyant au visible.
Ton Dieu créa la terre et le reste — avec quoi ?
Avec rien — c'est l'absurde. — Il n'est pas d'iroquoi
Ou Canaque, ou Papou qui sitôt ne réponde :
Rien ne se fait de rien — les éléments du monde
Ont donc toujours été — ils resteront toujours.
Ce sont les mêmes mots — non, les mêmes discours.
Tout doit se transformer — toutrenait et tout passe,
Mais rien ne peut sortir du temps et de l'espace.
Tu le vois sans comprendre — invisibles— tes Dieux
De rien — venus aussi — les comprendrais-tu mieux?
Je le répète encor — l'univers est la cause,
Tu veux qu'il soit — l'effet — ta méprise suppose
Un fantôme insensé créé par ton sommeil,
Plus calme, il n'eût jamais rêvé de Dieu pareil.
Des grands esprits pourtant — quand l'invisible croule,
Ce serait le devoir de crier à la foule :
Prendre cet univers, la'cause — pour l'effet.
C'est commettre une erreur — plus bête — qu'un préfet,
Et Sylphes et Démons, les Dieux, l'Ange, la Fée,
Sont — pantins d'opérette ~ inventés par Morphée
Qui prit — pour mieux flatter le vrai conservateur.
Dans l'anthropomorphisme — un collaborateur !
En tous lieux des bigots — caressant la manie Les maisons Jupiter, Jésus et compagnie
Avaient su prospérer depuis quelque mille ans,
Mais de sourdes rumeurs soufflent le mot — bilans,
Et de leurs Paradis, chassés par la logique,
Gomme un caissier — les Dieux vont passer en Belgique.
Délogés de partout, — ils ne sont plus vainqueurs
Que chez des abrutis — sortis des sacrés cœurs.
Aux traités de physique, aux leçons de chimie,
Dans la mathématique et dans l'astronomie,
Fût-on le protégé de monsieur Andrieux,
Même en laisse — on défend d'entrer — avec des Dieux,
Et Laplace aujourd'hui serait fort à son aise
S'il voulait se passer d'une telle hypothèse.
Banni de tout savoir — le divin — acculé,
Vers la sainte ignorance a toujours reculé,
11 n'offre guère plus, depuis qu'il se transforme,
Qu'un thème à poésie — ou pour l'art — une forme.
Accepté sans débat — ce tout-puissant est forl,
Mais s'il est discuté — cet éternel est mort.
O maître, penses-y — la matière incréable Compte, en ses avatars, la mort inexorable, Puis mourant pour revivre et vivant pour mourir, Est-il donc sans grandeur ce cycle à parcourir? Et toujours et plus loin que porte la pensée, La matière vit et meurt, sans être dépensée ; Elle était — est — sera ~ le passé — l'avenir Et le présent — vains mots — elle est le devenir ! En mouvement — sa force est l'incommensurable; Elle est une et multiple — effrayante — adorable. L'astre tourbillonnant — foudre — océans, nuits, jours, C'est elle — c'est la même — elle - changeant toujours, Dans l'homme, dans la femme et la fleur embaumée. Soleil éblouissant — oiseaux dans la ramée — En vapeur — elle marche — et parle dans ce fil Portant d'un monde à l'autre un inconnu subtil,
Cyclone dans les cieux — doux accords dans la lyre,
Glace, feu, terre et ciel — voluptés — mort — sourire,
Aux destins éternels cet arrôt fut inscrit :
Dans l'espace et le temps — tout meurt — rien ne périt.
Vapeur, chaleur, lumière, électricité, vie.
Elle — c'est elle encore — à ses lois asservie —
Ignorant l'homme — atome — ainsi qu'un pied humain
Ignore la fourmi qu'il écrase en chemin.
Dans le muscle — vigueur — sous le crâne — pensée,
Ne finissant jamais et jamais commencée !
Ici l'esprit se trouble et le plus grand — le tien
Est égal à celui du plus humble — le mien.
Ils s'éteindraient un jour — tous ces astres sans nombre?
Mille siècles ont vu leurs feux briller dans l'ombre;
Ta raison se révolte en regardant les cieux.
Dieu que tu ne vois pas — le comprends-tu donc mieux?
En présence tous deux de l'incompréhensible,
Cet univers — problème immanent — mais visible,
Cette énigme — ton Dieu va-t-il nous l'expliquer?
Lui — loin de la résoudre, il va la compliquer;
Il va — sur l'inconnu — mettre l'inconnaissable
Et de cet insaisi — faire un insaisissable.
Au relatif humain — attacher l'absolu.
Accrocher l'insoluble — à cet irrésolu !
L'Indien qui — d'abord — vit la locomotive.
L'enfant — contre la montre — une oreille attentive,
L'homme devant lui-même et devant l'univers.
Tous les trois sont pareils — en. paraissant divers ;
Le premier trouve — un monstre, et le second — la bêle,
L'homme effaré, tremblant — interroge sa tête.
Et riant du sauvage et de l'enfant — fait mieux
Devant l'inexplicable — il invente les dieux. —
Il ne les comprend pas — ne les voit pas. — Qu'importe.
Si l'homme eût deviné dans ces dieux qu'il apporte
Que ce surnaturel — de tout, temps — sut cacher Le fanatisme affreux, — inventeur du bûcher, Il eût — avec effroi — brisé ce qu'il adore, Comprenant qu'au soleil — un serpent peut éclore. Jean Huss est confessé — prêt pour l'éternité, Meurs — brûle — impie — au nom de la fraternité ! Pendant quelques instants — si ta guenille souffre. Des enfers éternels — je t'évite le gouffre ! Va, vers Dieu— vaudrais-tu Lacenaire ou Mingrat, Aime en moi ton sauveur — ou tu n'es qu'un ingrat! Oui, croyant, je connais ton horreur des supplices, Mais ton Dieu les contient — il en est les prémisses! Jure donc — que si l'homme eût ignoré les dieux, La terre aurait vu plus de crimes odieux!
Que vas-tu nous parler de ton âme immortelle,
Vivant ou mort — ton corps — de matière [éternelle ~
Seul — conserve une place, avec ses éléments,
Dans la vie ou la mort — dans l'espace et le temps.
Comment — de l'univers — comprends-tu donc qu'il sorte?
Mais la voix de l'oiseau — ton âme — elle est bien morte !
Si tes chants merveilleux n'avaient pas mérité
D'être notés — aux frais de la postérité,
Après toi — rien de toi — que l'exemple sublime
De l'exil — opposant sa froide image au crime.
Il est de ces béats — roucoulant — les yeux blancs, Madame! l'âme et Dieu — quels pensers consolants ! Par la douleur — la peste et les clergés — la rage, La misère — les rois — la guerre et le carnage La faim — les empereurs — sommes-nous consolés? Ils sont pourtant — Dieu, l'âme — offerts aux désolés, Valent — produits fictifs des mystiques usines — Moins — qu'un pain mangé sec — à l'odeur des cuisines,
Enfant — on m'a conduiL — parlais — dans le Saint-lieu ; J'ai senti le benjoin — je n'ai pas senti Dieu.
Le brave homme — aiïamé — qui rêve dans son bouge
Remuer des flots d'or — en mettant sur la rouge,
Au sortir du grabat, et le songe envolé,
Est-il rassasié — se sent-il consolé?
En sommeillant toujours, il eut cru le mensonge,
Au désespéré — Dieu promet le môme songe,
Le bonheur — tu l'auras dans ton dernier sommeil
Qui lui dira — lu mens — Il n'est point de réveil!
Mais, d'un désabusé, que le cercueil se rompe,
S'il revit — il crira — ne crois pas — il te trompe.
Je le sais — il est dur de quitter le sentier
Pour tomber dans l'abîme et mourir tout entier,
La vanité, la peur disant, la vie est bonne,
La mort étant certaine — à l'âme on se cramponne,
Elle nous survivra — quoi! — le bourdonnement
A la mouche survit? — Oui cléricalement.
Conscience — cerveau — cœur — sang — voilà ton âme !
Aux hommes noirs — le reste a servi de réclame,
L'àmo ne fut jamais qu'un prétexte à gros sous,
Religion dessus — vil mendiant dessous !
Epouvantait adroit des corsets et des jupes.
Engraissant les malins de la frayeur des dupes.
Fil — porté par leurs mains jusqu'à celles des dieux
Pour attacher l'orteil des riches — s'ils sont vieux;
Le prétexte — annulant tout instinct de défense
De la mère et du père à leur livrer l'enfance.
Invisible muscade — effroi du vrai croyant —
Passant au paradis par l'enfer — en payant.
i.h! le système est bon — notre Pape s'en vante,
Woir des capitaux placés sur l'épouvante!
De tous les êtres— seul l'homme — songe à la mort, Que deviendrais-je après — je veux savoir mon sort, Quels seront mes destins quand je vais disparaître? Mais tu seras — cela — que tu fus — avant d'être, N'être pas — n'être plus — même dédale obscur — Et le néant passé — vaut — le néant futur; Cet embryon greffé dans les flancs de ma mère, La terre l'a nourri — j'irai nourrir la terre. Mes éléments épars — aideront — pour venir A leur maturité — les blés de l'avenir.
Dieu réponds-moi — réponds implacable nature,
Quel crime avait commis, la douce créature?
De la vie, elle avait entrevu l'horizon
A peine — elle était — la clarté de la maison.
Un Dieu juste et clément — lamentable ironie!
0 vierge de vingt ans — j'ai vu ton agonie,
De ton beau corps — j'ai vu — la poignante terreur
Ton cadavre verdi — fétide. Avec horreur,
J'ai vu — le temps broyer d'effroyables mixtures
Et la terre aspirer ses récoltes futures
En ce charnier putride — ou vont s'élaborer
Des formes — qui plus tard — se feront adorer;
Tels que — de vils débris fondus en d'autres moules
Vont surgir des Vénus — émerveillant les foules!
Et nos femmes — ton Dieu leur a donné l'amour,
Est-ce ton Eternel qui créa tour à tour
Dans le cœur virginal — les pudeurs — les tendresses,
Les langueurs entraînant d'adorables faiblesses?
D'extase et de douleur — a-t-il fait l'unité
Ce masque du grand but - la perpétuité?
Ton Dieu — s'il imprégna les profondeurs de l'être
De l'instinct maternel — du besoin de voir naître,
La femme — il l'a trompée — En ses chastes désirs
La lorlure l'attend sous l'appât des plaisirs,
Ce Dieu — semant d'effroi les douces espérances,
Voilant de voluptés d'indicibles souffrances,
Il veut l'enfantement dans le sang et l'effort,
Et pour donner la vie — il fait risquer la mort.
L'impassible Nature a pu créer la lâche,
Mais si c'était un Dieu — ce Dieu serait un lâche.
Déjà jugés — les Dieux vont-ils être acquittés?
— Ecoute-le monter — le flot d'iniquités.
Et l'enfant — une aurore, une fleur fraîche et rose
Qui dans ce berceau blanc — ou sa tête repose
Est veillé par sa mère — Est-il le pur rayon
Ardent à pénétrer la soie ou le haillon.
Traversant les palais — éclairant la misère.
Pour arriver au cœur des femmes? — Chez la mère
Est-il donc autre chose au monde que l'enfant?
A ton Dieu — sa prière est fervente — Etouffant
Ses sanglots — son enfant va mourir — Elle est ivre
De douleur — Maudis Dieu — ton enfant va revivre,
Dès l'école — apprends lui que ce miracle là,
L'homme savant le peut — que c'est toi — celui-là.
Oui — jeune mère — vois — la poitrine soupire,
De ton enfant bientôt — tu verras le sourire —
Croyant — regarde la — renier l'Eternel,
Que pèse-t-il ton Dieu — dans le cœur maternel?
L'enfant vit — Entends-la — l'emportant comme un fauve,
Satan — celui qui tue — et Dieu celui qui sauve!
a S'il est )) — ce Dieu suprême — il est compatissant, Pourquoi donner la mort à ce cher innocent? Lui — n'avait pas reçu de balles dans la tête, La veille — il allait à l'Eglise — C'était fête —
À-vec sa mère — hélas — que le prêlre aveuglait - Et Napoléon Dieu — cette nuit — l'étranglait. Pourquoi — la cruauté de le laisser connaître? Pour le tuer sitôt — pourquoi le faire naître? N'est-il donc plus ici d'atroces scélérats Pourquoi n'est-ce jamais ceux là que tu tueras? Qu'avait fait cette mère et qu'elle était la faute De ce petit enfant? — Celte justice haute, L'ineffable clémence — un tas de qualités, Attributs de ton Dieu — ces idéalités, Ou sont leurs résultats? Forger un mot étrange D'imbéciles coquins — ont dit: — Il fait un ange!
Après nous, il n'est rien — non — non —je n'attends rien,
Malgré ce rien — je veux — je dois faire le bien,
Je suis homme et dans moi, — ma dignité me crie
De tendre à la douleur une main attendrie.
En mon être — je sens comme un déchirement,
A ces mots: — Malheur! — Mort! — Misère! — Dévoûment !
Lâche serait mon cœur — s'il n'était secourable
A l'enfant— à la femme — au faible — au misérable.
Non vieillard — non génie — en l'éternel repos
Il ne restera rien, de toi — rien que des os
Et du fumier fécond, d'où surgit, à son heure,
La génération par ton œuvre meilleure.
Mais ne voit-il donc pas, ton esprit pénétrant
Combien, sans ton Dieu, l'homme — est plus noble et plus
S'il fait le bien — alors qu'avec justesse — il pense [grand
Le faire sans espoir d'aucune récompense.
Qui croit à l'âme — en se dévouant aux souffrants,
N'est plus qu'un sauveteur — espérant vingt-cinq francs.
Et de même — ; le bonze en t'offrant l'aumônière.
Dit — paie — et je t'envoie au séjour de lumière;
Mais si Ion coffre-fort lésine avec les oints, Je te flanque en enter — semblable de tous points A la casquette à ponts, sur une ignoble trogne, Criant — vingt francs ce soir — ou sinon je te cogne.
Le bimane apparaît, sous les cieux constellés, Sorti des simiens, par couples isolés, Depuis longtemps déjà, la terre est refroidie. La monstrueuse faune a suivi l'incendie. De l'infini passé — remonte les chemins, Maître — jette un regard aux animaux humains. Vois l'homme et sa femelle apparus sur la terre, L'homme dans son amas de boue et de misère, Avec ses ongles — nu — sans arme — il a lutté. Terrassé mille fois, ne s'est point rebuté; L'âge de pierre à vu ce calvaire effroyable. Que faisait-il ton Dieu devant ce misérable? Ce sauvage pourtant quoiqu'il n'eût pas la foi, Ce fut l'ancêtre — des poètes tels que toi.
En ce temps-là — les forts — le plus souvent des brutes,
En voyant les rusés triompher dans les luttes,
Trouvant la force vaine et les butins volés,
Pris aux pièges — tombant — hercules affolés —
Demandèrent l'aman. — Les mains furent unies —
Intelligence et force à jamais réunies,
Pouvaient alors combattre et la terre et les cieux,
Le rusé fît le plan — le fort — les épieux —
La force protectrice eut la ruse pour guide
Et des fauves bientôt, la forêt devint vide.
La tribu vient de naître et ton règne est fini.
Force brutale, infâme — ô jour trois fois béni!
La clarté va percer la caverne profonde,
Le droit et le devoir sont sacrés rois du monde,
En ce jour d'union — la socialilé
Engendre la justice et la fraternité !
Il est des attardés — aveugles par nature,
Le sauvage attendra de longs temps — sa culture,
L'homme est encore un but désigné pour son arc,
Mais s'ils ont Ataï — nous avons — nous — Bismarck —
Bismarck disant — le droit est primé par la force
Chez le Canaque avait raison — et sous l'ecorce,
En grattant du Germain — le derme de l'index
On trouverait l'éclat d'une hache en silex.
Rejeton d'un lacustre — à son patriotisme
Grandi dans la caverne — est cloué l'atavisme.
Ces mots — le droit — le juste — orgueil des fiers humains
Sont sortis de leur cœur — de leur sang — de leurs mains.
Des vertus et du crime — impassible complice
L'univers ne connaît — ni devoir — ni justice,
La justice est — humaine — humain est le devoir —
Le ciel — un mot — la mort ne dit pas — au revoir.
Que faisais-tu — pendant les millions d'années Quand tes fibres — partout — vaguaient disséminées, Jusqu'au moment heureux, que nul ne put prévoir, Où ta mère — une nuit — conçut — sans le savoir? Ta cellule est vivante et ce point invisible C'est l'image de Dieu — c'est toi — l'humain sensible, Pourtant le plus savant — ne reconnaît pas bien Si c'est là le blastème — ou d'un homme ou d'un chien, En remontant plus haut — une analyse lente Ne parvient pas à voir — si c'est l'homme ou la plante; Plus tard — ce germe mur — vient au jour noblement Entre le sang — les cris — le mucus — l'excrément, Et le fils des croisés — à bon droit — s'imagine Qu'il doit se montrer fier — de sa haute origine, Oubliant — qu'un de nous — quoiqu'il soit devenu, Reste — fut-il César — un engrais — parvenu !
Sur le bord d'un ravin traversant les prairies, Deux hommes sont assis — sur les herbes fleuries, Un saint Vinccnt-de-Paul discute avec Mandrin, Si l'on peut — sans remords — tuer le mandarin, Saint Vincent indigné s'en proclame incapable Et démontre au gredin, que c'est un vœu coupable; Quand tout à coup — au loin — le tonnerre a gronde, Bientôt sous des torrents — le sol est inondé — Et la foudre éclatant — sans choisir l'un ou l'autre, Epargne le brigand et va frapper l'apôtre. Est-ce impossible? — Non — alors en quel endroit L'univers inscrit-il — la justice — le droit? Ce créateur divin — sans différence, il donne Au scélérat — tantôt le bagne ou la couronne, Heureux — s'il n'offre pas — l'excellent Eternel, A la vertu - les fers — le trône, au criminel.
Cœur d'or — tu crois en Dieu — Merci — cette faiblesse
Te rapproche de nous. — Dans ta noble vieillesse.
Sans ta jeune croyance et son inanité.
Tu planerais trop haut sur notre humanité.
Non « il n* est 'pas » vieillard à la tâche sublime,
Des générations tu n'es plus qu'à la cîme.
Salut! 0 grand humain — portant dans ton cerveau
Le rayon d'où naquit l'aube d'un art nouveau,
Les Contemplations, la tête condamnée.
Les Châtiments, chef-d'œuvre, et la terrible Année,
Notre-Dame, Ruy-Blas, Lucrèce, Triboulet,
L'homme qui rit — Valjean, l'échappé du boulet.
Ces chants et ces chansons — toutes ces mélopées,
Légendes et romans —' ces fières épopées.
Toute cette Babel — pleurant — aimant — criant.
Un labeur surhumain — ô génie effrayant!
Dans cet ardent foyer — qui des ans fond la glace,
Dans cette vaste tête — il n'était plus de place
Pour y loger le vrai — le certain — le précis,
Du chiffre ou du scalpel — naissant purs et concis.
La loi de la matière est l'étude nouvelle,
Mais il ne restait plus un coin dans ta cervelle,
Et la nature, en vain, aurait pris Arago
Pour l'unir à Bichat — et les fondre en Hugo!
Sans doute — à soixante ans, près de son dernier somme, On ne redresse plus, ni les arbres, ni l'homme, Pourtant — songe qu' « il est » conduit à l'insensé — Ce dernier résultat — l'as-tu parfois pensé?
L'humanité ne doit — à ton travail immense
« S^il est » ni le respect, ni la reconnaissance;
Cet énorme labeur t'avait été prescrit,
Pas un mot n'est de toi, dans ton plus mince écrit,
On te dicte d'en haut — m.ême ton orthographe,
Un grand poète — toi — tu n'es qu'un phonographe,
Tu n'es qu'un instrument sonore et précieux.
Dieu — dont les bras sont longs — le touche dans les cicux,
Quand tu veux du repos — après l'œuvre nouvelle
Il faut chanter — « il est » tourne la manivelle,
Et l'inspiration arrive tout — de — go
Au fond du récepteur — le porte-voix Hugo.
Si de ton mécanisme, il graisse les viroles. Tu deviens un écho, répétant ses paroles ; Je ne suis qu'un crincrin du vieux Gonfucius, Mais toi —tu tiens le rang d'un Stradivarius.
A rester parmi nous, si ton Dieu te convie, Ne crois pas que ce soit par amour pour ta vie.
Il craint — après avoir brisé son appareil,
De ne pouvoir jamais en construire un pareil.
Grâce au motif secret de ce Dieu débonnaire,
La France espère un jour te fêter centenaire.
Mais n'écris plus « il est » écris donc « il est » cher.
Il t'a pris femme, enfants — ton sang — chair de ta chair,
Et tu n'es qu'un néant dans sa main — Ton génie,
Tes œuvres — c'est de lui — ton talent — je le nie
11 ne t'appartient pas — A lui, les Châtiments,
Ruy-Blas et Marion — passion — sentiments.
Tout — il a créé tout — le meilleur et le pire
Non — rien ne vient de toi — puisque ton Dieu t'inspire!
Si — tout est bien à toi — Jupiter est à bas — L'excuse de ton Dieu — c'est qu'il n'existe pas !
Parîsf. — Typ. A. Pauent, rUe Moiisieur-le-Pfince, 29-31.
-»/-3. r-'^T v,lvX) ,
PQ II est.
à Victor Hugo
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