CLXXXVIII
Dans la dissertation de Frédéric II sur la meilleure construction possible des diverses espèces de camps, certains chapitres ont trait à l’emploi de chaque espèce de troupes pour la protection du camp. La tache que le roi assigne aux hussards est de battre le pays pour recueillir des informations et donner avis du moindre mouvement de l’armée ennemie. La vignette de Menzel montre des hussards en patrouille, parcourant la pleine autour d’un camp. Un de ces cavaliers a fait une découverte qui n’est pas prévue dans la dissertation royale: il a rencontré un malheureux dessinateur qui, armé de sa lunette d’approche, de son portefeuille et de son crayon, s’occupait, du sommet de la hauteur la plus voisine, à esquisser la vue du camp et des scènes de la vie militaire. Devant le 15Quos ego“ du hussard, qui le menace de son pistolet, l’artiste prend la fuite en criant, et avec une telle hâte, qu’il en perd sa perruque, qui glisse de son crâne chauve.
Un certain mécontentement, à l’égard de divers chefs de l’armée, perce visiblement à travers les lignes de l’instruction de Frédéric II sur les ^Règles de ce qu’on exige d’un bon commandant de bataillon en temps de guerre11. On y lit entre autres choses: „I1 ne faut point qu’un commandant de bataillon soit intimidé de se trouver dans une place de guerre. C’est, pour un homme qui n’est ni paresseux, ni lâche, mais qui se sent de l’ambition, une occasion de se distinguer et, par conséquent, de faire fortune .... Mais la longue paix dont nous jouissons
rendra tous les commandants inexcusables si, faute de se bien défendre, ils allèguent leur ignorance de la fortification. Le service dans la garnison les occupe au plus deux heures par jour; pour le reste, ils sont maîtres de leur temps, et, s’ils le perdent en fainéantise, je ne pense pas que, s’ils allèguent cette excuse, elle soit tenue pour valable nulle part.11
L’admirable dessin de Menzel montre des groupes d’officiers causant entre eux. Leurs mines et leurs attitudes trahissent, même chez ceux qui ne sont vus que de dos, l’embarras ou la confusion, l’abattement ou la contrariété. On voit qu’ils se sentent atteints par le blâme tombé d’en haut, pour n’avoir pas toujours observé les règles en question, dans la campagne où le commandant, qui porte son bras en écharpe, a reçu sa blessure. „La subordination", est-il dit au début de cette instruction, „doit commencer par le major et finir par le moindre tambour." 11 en est de même aussi des réprimandes, qui, adressées au général, retombent avec une vivacité croissante de grade en grade jusqu’au simple soldat.
Dans les ^Réflexions sur les mesures à prendre dans le cas d’une guerre nouvelle avec l’Autriche", Frédéric II prescrit à l’armée prussienne la conduite à tenir en supposant que les Autrichiens s’obstinent dans leur méthode d’une défensive rigide dans leurs positions imprenables de Moravie.
La vignette de Menzel symbolise d’une façon originale la tactique respective des deux adversaires, par le combat d’un lion et d’un éléphant. Ce dernier ne peut mouvoir son énorme masse et n’ose se porter au combat avec sa force et son poids. Le lion, plus petit et incomparablement plus agile, tourne rapidement, mais à distance respectueuse, autour de son colossal adversaire, ne le laissant pas un instant en repos, et cherchant le moment de le surprendre par une attaque subite et dans une position défavorable.
Le roi recommande à ses officiers, comme il avait fait en des termes beaucoup plus pressants dans diverses instructions antérieures, entre autres dans celle de 1738 ,,pour les généraux-majors d’infanterie", d’empêcher les soldats de boire
de l’eau durant la marche; „de ne pas souffrir que le soldat se débande, mais de conduire toujours les hommes en ordre et en rang, lorsqu’ils sont au fourrage ou à l’eau“.
Le superbe dessin de genre militaire tracé par Menzel offre un tableau très vivant des efforts des officiers pour faire exécuter ces instructions, mais aussi de la peine qu'ils ont à se faire obéir d’hommes affolés par la soif.
Un hussard chargé de la selle et du bagage de son cheval, se tient près de celui-ci; à l’arrière plan, dans un champ, deux chevaux également dessellés. Ce dessin se rapporte au paragraphe 22 de l’instruction, rédigée par le roi dans la première guerre de Silésie, pour l’arme des hussards qui venait detre créée dans l’armée prussienne: MUn corps de hussards qui est sous commandement doit toujours être divisé en trois parties, l'une pour la garde de campagne, une autre pour le service de piquet; la troisième doit se reposer. La portion qui est au repos peut desseller ses chevaux. “
près le service, un grenadier prussien, dépose sa coiffure militaire, ses armes
et son sac, dans la chambre du logement de petit bourgeois où il a pris quartier. LTn petit enfant, que la mère a déposé sur le plancher, se roule entre un berceau et un rouet à filer. Cette scène de genre caractérise la première partie de l’instruction, qui recommande expressément à toute l’armée, ^depuis le commandant jusqu’au moindre tambour, de se bien garder de molester le civil. Mais si au contraire les régiments ont à se plaindre des bourgeois, il faut adresser ses réclamations au bourgmestre11, etc.
du soldat avec le bourgeois, alors que tous deux vivent ensemble, et que le soldat devient comme un membre de la famille chez laquelle il est logé.
CLXXXXII.
CLXXXXIII.
Menzel a tracé, dans cette composition familière, un tableau des relations
CLXXXXIV.
L’„Instruction pour les commandants de régiments et de bataillons11 contient les recommandations les plus détaillées sur le petit service des troupes et sur les devoirs des officiers. Dans le 14e et dernier paragraphe, il est fait appel à l’émulation des officiers et des soldats, pour les stimuler à la bravoure et au travail; le roi les invite se distinguer par leur bravoure ou leur capacité, en l’une ou l’autre occasion11.
L’artiste a symbolisé, dans le ruban de l’Ordre pour le Mérite, ce lien de l’émulation et d’une noble ambition qui doit unir toute la masse de l'armée. Ce ruban, la plus haute distinction militaire créée par Frédéric II, jeté autour d’un faisceau confus de fusils et de baïonnettes, les relie en forme d’étoile étincelante.
Deux jeunes officiers sont occupés à étudier des ouvrages et des plans militaires; l’un est plongé attentivement dans cette étude; l’autre, ennuyé, fatigué, s’endort sur la lecture. Cette illustration de Menzel se rapporte plus spécialement à la seconde moitié de l’instruction du roi à ses inspecteurs d’infanterie. Il leur ordonne: ^d’encourager les jeunes officiers qui ont l’intelligence et l’ambition d’acquérir le plus haut degré d’excellence dans le service, en leur recommandant l’histoire des anciennes guerres. Comme il est impossible d’avoir tous les livres dans chaque régiment, je tâcherei de former une collection de ces livres pour chaque inspecteur, afin qu’ils soient à la portée au moins des officiers qui ont le plus d’ambition et de goût pour leur métier.11 Les deux jeunes officiers de la vignette ont peut-être à dose égale Mle goût et l’ambition11; mais si l’esprit n’est pas moins prompt, la chair évidemment est plus faible chez l’un d’eux que chez l’autre.
CLXXXXVI.
Au milieu de la fumée de la poudre, la mort s’échappe de la gueule noire d’un canon, en lançant de sa main osseuse la foudre et les éclairs. L’artiste symbolise ainsi l’idée qui est au fond de l’^Instruction d'artillerie“, dont le premier but est de faire produire à l’artillerie les effets les plus meurtriers et les plus destructeurs possible.
CLXXXXVII.
Les protestants de Hongrie, persécutés par les évêques catholiques du pays, avaient maintes fois depuis 1743 prié Frédéric II, comme protecteur du protestantisme, d’intervenir en leur faveur auprès de Marie -Thérèse. Frédéric 11 avait accédé à leur demande, mais sans résultat. Peu après la seconde guerre de Silésie, l’évêque de Vesprim avait même adressé à la reine -impératrice une invitation à détruire les hérétiques de Hongrie. Cet acte provoqua la lettre de Frédéric II au prince-évêque de Breslau, qu’il invite à s’opposer, de toute sa puissance ecclésiastique, à ces persécutions. Il ne lui cache pas, d’ailleurs, que des représailles pourraient bien être exercées par un Etat protestant contre ses sujets catholiques.
La vignette de Menzel montre l’aigle de Prusse étendant sur les siens la protection de ses ailes puissantes, et tenant dans sa serre nerveuse le sceptre surmonté de la main de justice. Devant le royal oiseau, les noirs corbeaux se dispersent, craintifs et croassants.
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CLXXXXVIII.
La vignette de Menzel montre le héros prussien, le vainqueur de Lissa, sous la forme d’un centaure qui, tenant la massue d’une main, tend l’autre, en signe de réconciliation et de paix, à son adversaire, une Amazone armée de toutes pièces. Mais celle-ci, avec une expression de méfiance, se détourne et détourne son cheval, et ne lâche pas la hache de combat.
Le professeur Preuss, l’éditeur des 5îceuvres complètes de Frédéric le Grand11 ayant démontré la non-authenticité de la lettre de Frédéric II à la reineimpératrice Marie-Thérèse, la vignette n’a pas pu trouver place dans les volumes de l'édition.
CLXXXXIX.
La vignette de Menzel, comme la précédente, manque dans l’édition des ^Œuvres de Frédéric le Grand11, où l’épitre à laquelle se rapporte ce portrait n’a pas trouvé place.
Le célèbre président du Parlement de Paris, grand majordome de la reine .épouse de Louis XV, fameux comme écrivain et bel esprit (né à Paris le 8 février 1645, mort le 24 novembre 1770), est dans sa bibliothèque, debout à une table. 11 est en grande tenue; il a une main posée sur un livre, et tient une prise de tabac entre le pouce et l’index. Ce portrait vivant, qui respire toute l’élégance, à la fois solennelle et aimable, particulière à cette époque, a été dessiné par Menzel d’après un ancien portrait à l’huile du président Hénault, qui se trouve à la Bibliothèque royale de Berlin. Cette place d’honneur avait été donnée au portrait du savant président, parce que l’Académie des Sciences de Berlin l’avait nommé un de ses membres, comme celles de Nancy et de Stockholm, depuis qu’il avait été appelé, en 1723, à faire partie de l’Academie des Inscriptions et Belles- Lettres de Paris.
101. — VIGNETTE DE L’„ÉPITRE A LA MOTTE-FOUQUE“. (Gravure d’O. Vogel.)