INTRODUCTION
compositions dessinées sur bois par M. Adolphe Menzel pour s Oeuvres de Frédéric le Grand sont ici publiées en dehors i texte auquel elles servent d'illustrations. Un premier tirage part, fait à 300 exemplaires et mis en vente au prix de 375 francs, a été rapidement épuisé. Ces compositions furent commandées en 1843 à l'artiste, qui, dans ses dessins pour le livre populaire de Franz Kugler, la Vie de Frédéric le Grand (Leipzig, 1840), venait de faire preuve d'une connaissance profonde de l'esprit et de la physionomie de l’Allemagne au XVIIIe siècle, en même temps que sa puissance et sa richesse d’invention témoignaient des plus hautes et des plus personnelles qualités d'illustrateur.
Cette Vie de Frédéric le Grand est une pierre angulaire dans l'oeuvre de M. Menzel; il convient d'en dire quelques mots. Comme le remarquait si justement Duranty, dans la Gazette des Beaux- Arts, M. Adolphe Menzel
y affirme déjà un art ,,net, ferme, pénétrant, pour qui rien ne va sans' la science et l’exactitude11. Les dessins qui ornent les premières pages furent confiés à des graveurs parisiens. Le résultat fut loin d’être satisfaisant; l’artiste reprochait, non sans raison, à ces graveurs, interprètes habituels des Tony Johannot, des Devéria et des Célestin Nanteuil, ,,une habileté mécanique qui avait le défaut de ramener tout dessin original à une même adroite et banale interprétation". Le reste de l’ouvrage fut livré à des graveurs allemands que l’artiste dirigea lui-même et qu’il habitua aux procédés rigoureux du fac-similé. Les meilleurs de ces graveurs furent Bentworth, Unzelmann et Albert Vogel. Cet effort intéressant donna le signal d’une résurrection de la gravure sur bois, en Allemagne.
On voit grandir et s’affermir, dans cette suite de 400 illustrations, le talent et l’originalité de M. Menzel. ,, L’artiste a commencé sous l’influence de souvenirs, de modèles; nos vignettes le préoccupent. Puis, peu à peu, de page en page, en montant jusqu’à la fin, composition, dessin et gravure s’animent, deviennent personnels; la lumière se distribue mieux, l’accent est plus vif et plus aigu, les gestes sont plus naturels, le mouvement prend plus de hardiesse; la coupe, les aspects, les groupements deviennent plus inattendus. Avec le dernier chapitre, un grand artiste est fait."
Le roi Frédéric- Guillaume IV désirait précisément, vers la même époque, élever à la mémoire de son illustre ancêtre un monument digne de lui, en publiant une édition de luxe de ses Oeuvres complètes. Le travail fut confié à l’Académie des Sciences de Berlin et spécialement à l’historio" graphe du Brandebourg, au professeur Preuss. Cette édition devait être établie avec le plus grand luxe artistique, et le texte illustré par des gravures en taille-douce et de nombreuses vignettes sur bois.
Elle n’était pas destinée à entrer dans le commerce. Le roi s’était réservé d’en distribuer exclusivement les exemplaires, soit comme cadeaux à des personnages princiers, à des bibliothèques publiques, soit comme marque de haute faveur à quelques hommes de distinction. Les Oeuvres de Frédéric le Grand forment dans cette édition trente forts volumes
in-quarto, imprimés avec le plus grand soin typographique par Decker, imprimeur de la cour, plus un volume de Table générale des matières avec Plans. M. Adolphe Menzel fut chargé de dessiner deux cents vignettes sur bois, destinées à être intercalées dans le texte. Ce grand travail, commencé à la fin de l’été de 1843, fut terminé à la Noël de 1849. L’exécution des gravures dessinées sur le bois par M. Menzel fut partagée entre Unzelmann, Hermann Müller, et Albert et Otto Vogel, c’est-à-dire confiée à la plupart des artistes qui s’étaient déjà, dans la gravure des dessins de la Vie de Frédéric , de Kugler, identifiés avec la manière du maître. Sur les deux cents vignettes, 53 ont été gravées par Unzelmann, 27 par Hermann Millier, 46 par Albert Vogel, 55 par Otto Vogel, et 19 en commun par Muller et Unzelmann. A tous M. Adolphe Menzel a rendu ce témoignage, qu’ils avaient ,, atteint la perfection de la fidélité dans le rendu de son dessin11.
Presque toutes ces illustrations sont des vignettes, sous forme de culs de lampe, pour les principaux chapitres des écrits historiques, philosophiques et poétiques de Frédéric II, pour ses lettres et ses instructions militaires, réunis dans ses Oeuvres complètes. L’artiste avait été emprisonné dans un cadre rigoureux. Aucune de ces vignettes ne pouvait dépasser en largeur la dimension maximum de douze centimètres . Le dessin fait pour le titre de la nouvelle édition raille plaisamment la chose. Nous en donnons plus loin la reproduction. Un amour enfermé dans l’ouverture d’un compas mesure un espace de ,, douze centimètres maximum !u Au-dessous les mots: Hic , hic salta!
On trouve rarement, dans les compositions de M. Menzel, l'interprétation de passages déterminés; l’artiste ne s’est pas astreint à suivre le texte directement et servilement. La plupart du temps, ses vignettes sont des variations libres sur des thèmes indiqués ou suggérés par le morceau littéraire, des tableaux d’évènements antérieurs, ou la représentation artistique d'idées à peine exprimées et lues, pour ainsi dire, entre les lignes. Ses compositions historiques reflètent avec la fidélité d’un miroir les époques auxquelles elles se rapportent; ses portraits sont dessinés d’après les origi-
naux et les documents les plus authentiques, et presque toujours selon le sens dans lequel les personnages sont traités par le royal écrivain.
Un grand nombre de ces illustrations sont purement allégoriques ou emblématiques. C’est là que M. Menzel a été le moins enchaîné par le texte. C’est aussi, il faut l’avouer, la partie de son oeuvre qui sera la moins goûtée et la moins comprise du public français. La pensée y est toujours puissante, originale, incisive, mais souvent surchargée de détails et d’intentions qui en alourdissent et même en obscurcissent l’expression. Le secours d’un argument explicatif devient indispensable/0
Toutes ces vignettes étaient demeurées jusqu’ici à peu près inconnues du grand public, aussi bien en Allemagne qu’à l’étranger. Autant l’ouvrage de Kugler était populaire de l’autre côté du Rhin, autant celui-ci était ignoré. Perdue dans les trente volumes de l’édition officielle, cette oeuvre, où l’artiste avait dépensé des trésors de verve, d’esprit et d’imagination, serait restée pour toujours dérobée à l’admiration des amateurs, si l’administration du Musée de Berlin, dépositaire des bois originaux, ne s’était décidée à autoriser un tirage spécial des illustrations de M. Menzel.
La présente édition est donc un tirage à part, destiné à populariser un monument d’art de premier ordre et à mettre à la disposition du public français une oeuvre qui par beaucoup de côtés touche à la vie politique, artistique et littéraire de notre pays, pendant le XVIIIe siècle, et dans laquelle revivent tant de figures françaises.
En effet, le sujet ne nous tient-il pas de près et l’histoire de Frédéric II n’est-elle pas intimement mêlée à notre histoire? Les philosophes, les beaux esprits, toutes les personnalités éminentes de la France, avec lesquelles le roi de Prusse correspondait ou qu’il avait attirées à sa cour, les généraux de la guerre de Sept ans, les savants et les artistes de l’époque reviennent constamment sous le crayon de M. Menzel: Mrae de Pompadour, Voltaire, Rousseau, le Maréchal de Saxe, Rollin, d’Alembert, Fontenelle,
(') Tout le texte explicatif des gravures est dû à la plume très autorisée de M. L. Pietsch. Nous n’avons fait qu’en réviser attentivement la traduction.
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La Metterie, et tant d’autres, et au milieu de cette foule la figure railleuse, sceptique, autoritaire et singulièrement puissante du ,, vieux Fritz11. C’est la restitution, pleine de relief et de vie, d’un temps où l’esprit et le goût français rayonnaient sur toute l’Europe.
Exprimer avec des mots le style, la vigueur, l’expression dramatique du dessin, l’observation juste et philosophique, l’intuition profonde de l’histoire, la fantaisie humoristique, la satire âpre et souvent violente, l’incroyable variété des formes, l’invention dans la mise en scène et le sentiment personnel que M. Menzel a déployés dans toutes ces compositions, serait une tâche difficile. Il faut feuilleter l’oeuvre et la voir dans son développement. Si toutes les compositions ne sont pas à la même hauteur d’inspiration lumineuse, toutes du moins se tiennent et se relient dans une admirable unité. Dans beaucoup d’entre elles, l'artiste s’élève de la vignette à la peinture d’histoire. Quelques-unes sont au nombre des créations lès plus extraordinaires de l’auteur de la Crtichc cassée et des planches de la Germant a.
Le texte se borne à mentionner le fait d'investiture de Frédéric I, dans un court récit de la vie de ce prince. Menzel a reproduit cette scène, d’après les descriptions historiques du cérémonial.
Menzel a symbolisé ici , sous la forme cl’un bas relief, les deux actes de la vie de l’électeur Frédéric II que le texte rapporte comme preuves de sa ,,magnanimitéu et de son ,, esprit de désintéressement11. Le même esprit de désintéressement lui avait fait refuser deux couronnes et lui fit abdiquer l’électorat en 1469. Il avait refusé la couronne de Bohème, que le pape lui offrit, pour ne pas en dépouiller George Podiebrad, et il déclara ne vouloir accepter la couronne de Pologne qu’au refus de Casimir, frère du dernier roi Ladislas.
Un passage des ,, Mémoires de Brandebourg11 glorifie la bravoure personnelle de l’électeur Albert l’Achille, ce prince chevaleresque: ,,I1 gagna huit batailles contre les Nurembergeois, qui s'étaient révoltés et lui disputaient les droits du burgraviat. Il enleva un étendard à un guidon de cette ville, au péril de sa vie, combattant seul contre seize hommes. “
Le texte s’exprime ainsi: ,,Le Grand Electeur avait fait préparer des traîneaux sur lesquels il mit toute son infanterie et ses troupes dans l’ordre où elles devaient combattre. La cavalerie, à leurs côtés, suivait l’électeur, qui faisait de cette façon étrange et nouvelle sept grands milles allemands par jour.“
Menzel montre l’électeur debout sur la neige, avec un manteau de fourrure, et adressant, au moment de monter dans le traîneau qui l’attend, une chaleureuse allocution à ses généraux Goertzke, Derfiflinger et au duc de Dessau.
Un passage du texte fournit le sujet de ce dessin: ,,La reine Sophie -Char-
lotte fonda l’Académie Royale. Elle appella Leibnitz et beaucoup d’autres savants à sa cour. Sa curiosité voulait saisir les premiers principes des choses; Leibnitz, qu’elle pressait un jour sur ce sujet, lui dit: ,, Madame, il n’y a pas moyen de vous contenter; vous voulez savoir le pourquoi du pourquoi. “ .... Charlottenbourg était le rendez-vous des gens de goût.“ —
Au groupe de la reine et du philosophe, Menzel a adjoint d’autres figures, deux dames de la cour et un page, faisant ainsi de cette scène un tableau épisodique de la vie de la cour de Charlottenbourg.
L’accueil que les réfugiés protestants trouvèrent en Prusse est mentionné dans les termes suivants: ,,Le roi Lrédéric-Guillaume I eut cependant le plaisir de voir prospérer une nouvelle colonie qu’il avait établie en Prusse dès l’année 1732. Il était sorti plus de vingt mille âmes de l’évêché de Salzbourg par zèle pour la réligion protestante. . . . Le roi établit ces Salzbourgeois en Prusse. “
La composition de Menzel montre les fugitifs, qui, remplis d’un pieux sentiment de reconnaissance, saluent le sol hospitalier de leur nouvelle patrie, et bénissent, les mains levées au ciel, le Seigneur qui a touché le cœur du roi, les a protégés dans leur foi, et les a conduits vers cette terre hospitalière.
Frédéric, alors prince héritier de la couronne, se tient à cheval à côté du roi, son père, sur un petit monticule. Plus bas, dans la plaine, des troupes prussiennes défilent devant eux, en marche de parade.
Cette composition de Menzel ne se rapporte pas à un passage déterminé du texte; elle met en évidence la sollicitude personnelle, toujours en éveil, de Frédéric-Guillaume pour l'instruction solide et approfondie de l’armée prussienne; sollicitude dont Frédéric glorifie le roi son père, dans le Mémoire, et qui devait être la base de sa grandeur future.
Quatre fanatiques, qui se sont mutuellement porté des coups mortels, gisent sur le sol; deux ont déjà rendu l’àme; les deux autres, se soulevant à demi, brandissent encore leurs épées l’une contre l’autre. Une croix, dont le pied est caché dans les nuages, s’élève, entourée de rayons, à l’arrière plan.
Le motif de cette composition est fourni par cette phrase: ,,Le faux zèle est un tyran qui dépeuple les provinces. u Dans les ennemis qui se tuent et se déchirent sous l’emblème de la croix, l’artiste a personnifié le fanatisme des partisans des différentes confessions chrétiennes, qui a fait tant de victimes et répandu tant de sang dans le cours des siècles.
Ce groupe de portraits est la traduction artistique faite par Menzel de ces mots du texte: ,,Nos beaux jours arriveront donc comme ceux des autres; nos
prétentions sont d’autant plus justes que nous avons payé le tribut à la barbarie quelques siècles de plus que les méridionaux.11 Le représentant de la ,, barbarie teutonique11 regarde étonné les grands hommes que l’Allemagne a produits dans les trois derniers siècles.
Gette vignette symbolise la victoire de la puissance des Electeurs sur la morgue et la résistance des grandes familles nobles de la Marche de Brandebourg, que le royal écrivain qualifie de ,, petits tyrans11. Quoique Frédéric I les soumit, les Etats restèrent toujours maîtres du gouvernement.
Les princes électeurs réduisirent, par la force du canon, l’organisation nobiliaire du Moyen-Age, mais ce n’est qu’avec ses princes protestants que la Maison de Brandebourg put établir sa souveraineté complète.
Le passage qui a suggéré à Menzel cette conception poétique et originale est le suivant: ,,Dans cette crise, le roi se résolut de se servir de toutes ses
ressources pour se mettre dans une situation formidable .... il attendit dans cette position les évènements qu’il plairait à la fortune de lui fournir pour se rendre à lui-même la justice que d’autres lui refusaient.11
Décidé aux résolutions suprêmes, pénétré du sentiment de la force de l’Etat fondé et légué par ses ancêtres, le jeune roi voit les esprits de son père, de Frédéric I, du Grand-Electeur, planer autour de lui, éclairer son àme, retremper son courage, et il jure de se montrer digne d’eux aux jours du danger.
L’entente entre la Russie, l’Angleterre, la Hollande et la Pologne, pour le partage de la Prusse, paraissait conclue en 1741. „Le signal de guerre fut donc donné en Europe.11
Menzel personnifie, sous une forme symbolique saisissante, ce moment décisif de l’histoire européenne.
Le texte décrit la manière d’employer l’infanterie adoptée par Frédéric II à la bataille de Mollwitz (à chaque aile deux bataillons de grenadiers); c’était une disposition dont Gustave- Adolphe avait fait usage dans la bataille de Lützen. Il fait l’éloge de l’héroïsme calme avec lequel l’infanterie soutint ^comme un roc“, les attaques réitérées de la cavalerie de Neipperg, „et à force de valeur repoussa cette cavalerie, qui perdit beaucoup de mondeu.
Déjà la France projetait de morceler l’Empire en quatre tronçons. La guerre qu’elle avait faite, avec la Bavière, en Bohème, contre Frédéric II, était restée sans résultat. ^La reine de Hongrie était au bord d’un précipice.11 Le dessin de Menzel a trait à cette situation, ainsi qu’à l’héroïque attitude de la jeune reine. L’orage souffle dans les draperies qui surmontent son trône, et fait flotter les lourdes masses de velours. La jeune princesse, vêtue du manteau royal, se dresse majestueusement tenant d’une main ferme l’épée nue.
Le texte dit: 5)L’administration d’un prêtre a perdu le militaire. Sous Mazarin c’étaient des héros, sous Fleury c’étaient des courtisans sybarites.11
Cette caractéristique de l’administration du cardinal Fleury répond à l’image que Menzel nous présente de sa personne. Débile, l’air mélancolique, affaissé sur lui-même, il est assis dans un fauteuil près d’une superbe table de style rococo, et le bâton du commandement glisse de ses mains efféminées.
Cette vignette nous donne une image allégorique de la paix de Breslau, glorieusement et chèrement conquise par l’épée de la Prusse, à la sanglante bataille de Chotusitz.
Un passage du texte dont s’est inspiré l’artiste, décrit l’activité militaire déployée pendant la période de paix qui suivit la première guerre de Silésie, activité qui avait pour but de se tenir prêt à toute nouvelle éventualité de guerre.
Le chapitre VIII de l’^Histoire de mon temps11 raconte ce qui a été accompli pour rehausser la culture intellectuelle et le bien-être en Prusse pendant la période de paix entre la première et la seconde guerre de Silésie. Le roi s'y occupe aussi de l’Académie des Sciences de Berlin. „Les Euler, les Lieberkühn, les Pott, les Markgraf en devinrent les ornements. Depuis, M. de Maupertuis, si célèbre par ses connaissances et par son voyage en Laponie, devint le président de cette compagnie. “
Menzel a choisi dans cette vignette les portraits des deux plus célèbres parmi les présidents de l’Académie de Berlin.
Dans le chapitre IX de l’^Histoire de mon temps11, il est dit: ^Mais dans le temps qu’on dansait et se rejouissait à la cour, se faisaient les préparatifs de la campagne qui était sur le point d’ouvrir. “
Le dessin de Menzel nous met sous les yeux ces préparatifs de la guerre. Le tambour appelle les soldats aux armes et les fait sortir des maisons où ils ont pris quartier.
La guerre a commencé en Bohème. Le roi fait ressortir dans son livre les avantages que ce pays de montagnes offre pour la défense, et les dangers qui y menacent une armée ennemie: „Cette chaîne de montagnes, dont la Bohème est environnée, fournit tout ce qu’un officier intelligent peut désirer en fait de gorges et de postes où il puisse intercepter les convois. “
Menzel a composé là-dessus son dessin, représentant un combat dans un chemin étroit et boisé. Il y a même fait figurer un élément qui n’est pas directement mentionné dans le texte: un moine catholique, posté sur le sommet d’un rocher escarpé dont le creux abrite des armes, de la poudre et des vivres, regarde avec une curiosité mêlée d’anxiété l’attaque dirigée contre le protestant, l’ennemi du pays.
Le malheureux empereur Charles VII, sans terre et sans pouvoir, est caractérisé en termes frappants dans le chapitre en question, qui raconte sa mort, survenue le 1 8 janvier 1745: ,,I1 poussa la bienfaisance à l’excès, abusant de sa libéralité à un tel point qu’il fut réduit lui-même à l'indigence; il perdit deux fois ses états.11
Mortellement triste et abattu, les mains repliées l’une sur l’autre, il est assis dans un fauteuil richement sculpté. C’est ainsi que Menzel a représenté ce fantôme de souverain qui a déposé sa couronne. La tête baissée, le regard morne, accablé, toute son attitude contraste avec l’armure de parade dont il est revêtu.
Un autre chapitre de l’^Histoire de mon temps11 décrit la victoire que le Maréchal de Saxe, bien que gravement malade, remporta à Fontenoy sur les Anglais, sous les yeux de Louis XV. Frédéric II s’exprime dans les termes les plus flatteurs sur le compte du célèbre capitaine : ^11 semblait qu’il s’était arraché aux bras de la mort pour vaincre les ennemis de la France ... .Sa victoire a été
t)comme un engagement qu’il prenait avec le public, qui s’attendait à de plus grandes choses encore du Maréchal de Saxe en santé, que du Maréchal de Saxe à l’agonie11.
Le dessin de Menzel le montre en plein champ, tête nue, s’appuyant sur un bloc de pierre, l’épée pendant négligemment à un large baudrier, par dessus l’uniforme ouvert; il tient à la main son bâton de maréchal, et semble suivre du regard le cours de la bataille.
La brillante victoire de Hohenfriedberg avait, d’après le récit qu’en fait le roi dans l’5)Histoire de mon temps11, laisse comme trophées, aux mains des Prussiens, soixante -deux drapeaux, sept étendards, huit paires de timbales et soixante canons.
La vignette de Menzel, représente une partie de ce butin, des canons et des drapeaux groupés ensemble; devant, se tient à cheval un dragon du régiment de Baireuth, qui montre fièrement ces trophées du bout de son sabre.
Le chapitre XIV de l’^Histoire de mon temps11 contient le récit de la bataille décisive de Kesselsdorf, qui fut la dernière de la seconde guerre de Silésie. La victoire fut chèrement achetée: „Les Prussiens eurent 41 officiers et 1621 soldats tués.“
On voit dans ce dessin une des longues et profondes tranchées creusées pour recevoir la masse des morts. On vient d'y descendre les corps des soldats tués. Leurs camarades jettent sur eux des poignées de terre, tandis que d'autres se mettent en devoir de combler la fosse.
Dans 1’,, Appendice à l’Histoire de mon temps11 (14e lettre, écrite en 1745), le roi s’exprime ainsi: ,,Mes succès ne m’aveuglent point .... Vous me verrez plutôt périr, moi et toute mon armée, que de me relâcher sur la moindre minutie de ce traité. u
Il avait, comme le montre cette correspondance, sujet d’être sur ses gardes, même après la conclusion de la paix. L’artiste figure cette situation par les deux hussards en vedette, calmes, le sabre au poing, en pleine campagne, tandis que dans le lointain des officiers galopent au devant de troupes rangées en bataille.
Sans se rapporter à un endroit précis du texte, ce dessin caractérise l’état du pays renaissant à la prospérité, à la veille de la guerre de Sept ans. Tout respire encore la félicité de la paix. Mais les courriers des puissances traversent déjà le pays avec leurs valises bourrées de dépêches, comme celui qu’on voit ici passer au galop sur la grande route entre deux champs de blé, dont les longs épis ondulent sous la brise.
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Dans le chapitre II de l’^Histoire de la guerre de Sept ans11, qui traite de la politique européenne pendant la décade de 1746 à 1756, on lit, au sujet des stipulations du Congrès d’Aix-la-Chapelle: „On éteignait d’une part l’incendie qui embrasait l’Europe, et de l’autre, on amassait des matières combustibles pour quelles prissent feu à la première occasion. “
Le dessin de Menzel fait allusion à cette situation fausse et à l’attitude des puissances à l’égard de la Prusse. Une Bellone, armée de l’égide, s’envole à travers les airs avec des ailes d’aigle, cachant à moitié, derrière un masque souriant, son visage et la chevelure de serpents qui flotte autour de sa tête; elle tient dans sa main gauche une branche d’olivier, et dans l’autre la bannière blanche, mais la hampe de cette bannière est entourée d’un serpent malfaisant.
e chapitre TII de F, , Histoire de la guerre de Sept ans“ contient l’histoire du
traité de Londres conclu le 16 janvier 1756 entre le roi George et Frédéric II, et dont les trois premiers articles concernaient la garantie mutuelle par ces princes de la sécurité de leurs Etats respectifs.
Menzel représente l’allié de la Prusse dans son costume royal, trônant sur
un siège, et posant sa main fine sur l’instrument diplomatique du traité. Derrière lui, sur un coussin de velours, la couronne britannique et la couronne électorale de Hanovre.
e chapitre IV de F, , Histoire de la guerre de Sept ans44 raconte le commence-
ment de la campagne de 1756, l’entrée de Frédéric II et de son armée en Saxe. La première partie contient la description du fameux camp retranché de Pirna, dans lequel Auguste III avait cru pouvoir attendre en toute sécurité l’armée de secours des Autrichiens.
Le dessin montre le roi Auguste debout devant sa tente, l’hermine jetée
comme un manteau de campagne sur son riche costume brodé, et attachée sur l’épaule; il tient de la main droite, dans l’attitude du commandement, son bâton de maréchal. Au fond, un gros nuage sombre semble s’abattre sur le camp.
ans l’hiver de 1756 à 1757, la France fut amenée à décider la guerre contre
la Prusse; „. . . . on se servait des larmes de la dauphine, pour émouvoir la compassion de Louis XV afin qu’il prît le parti du roi de Pologne. Le roi trèschrétien se rendit à d’aussi vives sollicitations et résolut de porter la guerre en Allemagne14.
Menzel représente le roi Louis XV tout armé. Il s’est levé de son trône; la main gauche sur la poignée de son épée, il étend son sceptre de l'autre et donne à ses armées le commandement de marche. Dans le fond, les troupes françaises se mettent en mouvement.
C’est l’année 1757, si riche en évènements militaires, qui fait le sujet du chapitre VI de l'^Histoire de la guerre de Sept ans“. Menacé et attaqué en même temps par les Autrichiens au Sud, les Français à l’Ouest, les Suédois au Nord, et les Russes au Nord-Ouest, Frédéric II se vit obligé de répartir ses forces dans toutes les directions. Lui-même semblait se multiplier pour payer partout de sa personne. „La multitude d’objets qu’il avait à remplir pendant cette campagne était immense, et comme on se trouvait pressé de faire de tous les côtés des efforts, on ne pouvait y réussir qu’en employant les mêmes troupes en différents endroits. “
C’est cette course furieuse de champ de bataille en champ de bataille, pour doubler ses victoires de nouveaux triomphes remportés sur les points les plus éloignés les uns des autres, ou pour effacer une défaite (comme celle de Collin) par des victoires d’autant plus éclatantes (comme à Rossbach et à Leuthen), que l’artiste a voulu peindre dans cette composition.
Le chapitre VII de l’„FIistoire de la guerre de Sept ansu (de l’hiver de 1757-1758) expose, dans sa première partie, les changements apportés dans la politique anglaise par Pitt, lorsque cet homme d’Etat eut pris la direction des affaires à la place de Fox, le protégé du duc de Cumberland: „Mr. Pitt, que son éloquence et son génie élevé rendaient l’idole de la nation, appliqua toute l’étendue de ses talents à rendre sa patrie la dominatrice des mers ... de plus il jugea convenable à la gloire de sa nation de renouveler les alliances quelle avait contractées tant avec le roi de Prusse qu’avec divers princes d’Allemagne. “
Il est représenté dans une attitude fïère et noble; le regard est hardi et perçant. Il appose sa signature au traité d’alliance déjà scellé.
Au nombre des faits d’armes de la campagne de 1 758 se trouve la bataille de Zorndorf et la brillante victoire qu’y remporta la cavalerie prussienne. „Le roi fit ordonner à M. de Seydlitz de charger incontinent; il forma trois colonnes,
qui percèrent en même temps le carré, et en moins d’un quart d'heure tout le champ de bataille fut déblayé d’ennemis.u
La vignette de Menzel représente un groupe de ces cavaliers, trompette, porte-étendards, officiers, soldats, revenant de la bataille; un Russe, criblé de blessures, se tord sur le sol dans les convulsions de l’agonie.
Le traité d’alliance entre l’impératrice -reine et le roi de France fut conclu soidisant pour établir solidement le repos de l’Allemagne, en réduisant l’ambition du roi de Prusse à des limites qui ne lui permissent plus de troubler, au gré de son ambition et de celle de l’Angleterre, la tranquillité générale et celle de ses voisins.
Le dessin de Menzel symbolise les projets de démembrement nourris à l’égard de la Prusse par ses ennemis et ses envieux; en même temps que la vigilance et l’énergique résistance de son souverain. L’aigle prussienne plane, en battant des ailes, au-dessus du globe de l’empire, dans lequel s’enfoncent de toute part des griffes d’oiseaux de proie.
Tout le chapitre X de l’^Histoire de la guerre de Sept ansu est consacré au récit de la campagne de 1759; il décrit le terrible désastre subi par le roi Frédéric II dans sa défaite à Kunersdorf. L’artiste en a pris occasion pour représenter l’impératrice de Russie dans une attitude et avec une expression de physionomie qui respirent le triomphe et la joie d’avoir vengé sur un ennemi détesté sa défaite de Zorndorf. La nature intime de la femme et de la souveraine, telle que la révèlent sa vie et ses actes, est énergiquement caractérisée dans toute sa personne. Jusque dans les sculptures de son siège on peut reconnaître des allusions satiriques au caractère bien connu de la Czarine.
Les efforts de la Prusse, pendant l’hiver de 1759 à 1760, pour désunir ses adversaires ou pour leur susciter d’autres ennemis, restèrent à peu près sans succès : „La guerre devenait de jour en jour plus difficile à soutenir et les hasards devenaient plus grands11, écrit Frédéric. Et pourtant il lui fallait coûte que coûte se mettre en mesure de poursuivre cette lutte inégale.
La vignette de Menzel symbolise cette situation: la main droite, blessée et entourée de bandages, cherche à remettre le gantelet de fer que lui tend la main gauche. A côté, l’épée, dont la lame porte les traces du combat.
Cette composition a trait à l’audacieuse et heureuse sortie de l’armée prussienne hors du camp de Liegnitz, opération qui permit au roi Frédéric d’échapper aux corps ennemis qui le menaçaient de tous les côtés, et de gagner une position à laquelle il dut, en grande partie, la victoire le jour suivant. Il avait deviné le plan des Autrichiens, et ^certaines considérations firent résoudre qu’on abandonnerait le camp de Liegnitz le même soir et qu’on repasserait la Katzbach. . . . Cette manœuvre ne pouvait s’exécuter de jour à cause de la proximité du camp autrichien; dès que les ombres parurent, l’armée se mit en marche. . . .“
L’artiste a ainsi symbolisé cette évasion de toute une armée: un grenadier se dérobe, guidé par une divinité protectrice qui verse les pavots sur les yeux de l’Autrichien étendu sur le sol; la nuit le cache et le protège en étendant son voile au-dessus de sa tête. De l’autre côté, on voit le dormeur, réveillé trop tard, poursuivant de ses menaces impuissantes l’ennemi qui lui échappe.
Les efforts peu sincères de la France pour amener la réunion d’un congrès des puissances (hiver de 17600 1761) avaient, dans l’opinion de Frédéric II, pour but secret, 51d’amuser l’Angleterre par cette négociation, pour retarder les préparatifs immenses que cette nation faisait sur mer.“
Le dessin fait allusion à ces préparatifs: il montre l’infanterie anglaise en marche vers le port d’embarquement, où l’attendent des navires, les voiles déjà hissées pour le départ.
Menzel n’a pas voulu représenter un épisode déterminé de ces jours d’anxiété et d’attente passés dans le camp retranché de Bunzelwitz (1761). Il a traduit seulement la vigilance toujours en arrêt, l’attention infatigable et les émotions de Frédéric II et de son entourage, durant les jours qui précédèrent l'attaque des Autrichiens. Le roi, couché dans son manteau, à côté d’un feu de bivouac auquel un soldat apporte des branches et des broussailles, se tourne sur le côté pour épier la cause cl’un bruit qui lui arrive à travers l’obscurité.
La mort de l’impératrice Elisabeth de Russie tira Frédéric II d’une situation désespérée et fit perdre à l’Autriche son plus puissant allié. Le corps auxiliaire russe, commandé par Tschernitschew, se joignit aux forces prussiennes. Frédéric, racontant ce revirement subit, ajoute: nen rapprochant tous les évènements que nous venons de rapporter, ils nous représentent la Prusse aux abois à la fin de la dernière campagne, qui, perdue au jugement de tous les politiques, se relève par la mort d'une femme et se soutient par le secours de la puissance qui avait été la plus animée à sa perte.11
Fe dessin de Menzel montre le jeune Czar, admirateur et ami de Frédéric, debout sous le dais du trône et tendant la main à l’adversaire de sa mère. A l’horizon, le soleil cl’un jour nouveau émerge d’un nuage sombre.
C’est la description de la bataille de Freiberg, où le prince Henri de Prusse remporta la victoire, qui clôt le chapitre XVI de l’„Histoire de la guerre de Sept ans11, consacré à la campagne de 1762.
Le dessin de Menzel représente, avec une vérité de détails saisissante, l’assaut donné par les grenadiers prussiens aux redoutes autrichiennes, sur les hauteurs du Kurbitz" ou plus correctement du ^Kuhberg", épisode mentionné très-brièvement par le royal historien.
Une partie du chapitre XVI de l’^Histoire de la guerre de Sept ans“, consacré à la conclusion de la paix, s’étend sur les maux effroyables de la guerre, dont avaient souffert surtout la Poméranie et l’électorat de Saxe.
La vignette traduit avec une réalité saisissante cette ruine de pays autre-
fois florissants, en mettant sous nos yeux les débris d’une ville détruite par le bombardement et les figures des malheureux survivants au désastre.
La politique de Catherine II et sa guerre contre la Turquie font le principal sujet du chapitre Ier des ^Mémoires depuis la paix de Hubertusbourg jusqu’à la fin du partage de la Pologne11. Menzel en a pris occasion pour représenter le buste en marbre de cette souveraine; la face du piédestal porte des ornements de style rococo.
rédéric II dépeint la terrible misère du pays, le dénuement de la population
et les mesures qu'il prit pour cicatriser les blessures de la guerre et ramener la vie et la santé dans le corps social: ^C’était une création nouvelle qu’il fallait
entreprendre. On trouva dans les caisses les fonds pour rétablir les villes et les villages; on tira des magasins d’abondance les grains qu’il fallait pour la nourriture du peuple et pour l'ensemencement des terres; on prit les chevaux destinés à l’artillerie, aux bagages et aux vivres, pour les employer au labourage.11
Et plus loin: „Ces largesses multipliées rendirent le courage aux pauvres habitants; .... avec les moyens qu’on leur fournit, l’espérance renaquit, le pays reprit une nouvelle vie, le travail produisit une nouvelle activité11 etc.
La vignette nous montre de grands édifices en cours de construction dans
des endroits que la guerre avait dévastés; des haies et des barrières encadrent des terrains; la charrue, tirée par des attelages vigoureux, sillonne les champs.
Au sujet des pertes énormes que l’armée de Frédéric II avait subies dans la guerre de Sept ans, et des mesures et des efforts que demanda sa réorganisation, on lit dans le chapitre III des ^Mémoires depuis la paix de Hubertusbourg jusqu’à la fin du partage de la Pologne11: „On ne trouvait guère au delà de cent hommes, en l’année 1756, qui eussent servi au commencement de cette guerre. Plus de 1500 officiers tués dans différentes actions avaient extrêmement diminué la noblesse.11
L’obélisque que représente le dessin de Menzel est érigé à la mémoire de ces morts. Il porte cette inscription: „Pro patria et gloria morte egregia defunctis.u Une troupe d’infanterie, drapeaux déployés, défile au pied du monument. De l’autre côté, un invalide, autre victime de la guerre, s’éloigne en boitant, appuyé sur sa béquille.
Le ^Mémoire de ce qui s’est passé de plus considérable, de 1774 à 1778“ traite de la politique des puissances pendant cette période de quatre ans; de l’explosion de la guerre de l’indépendance américaine; de l’entrée en scène de Joseph II, et de la situation précaire de la paix européenne, menacée de tous les côtés.
La vignette symbolise l’attitude de la Prusse à ce moment-là: par l’épée détachée du ceinturon, par le télescope, qui indique l’observation pénétrante et étendue des choses et des évènements, et enfin par le bouclier, emblèmes des armements qui mettaient le royaume à l’abri des attaques des envieux et des ennemis de la Prusse.