‹ Images de la grandeurChapitre 103 sur 126 · ADONIS · texte numérisé non relu

ADONIS

I. Tu connais enfin l'amour, t> Adonit, et m «'jr fiie» : h tM yeoi, le fond de la passion t'est enfin dévoiU,

Voici que tu j persistes.

Immobile, retenu pour toujours et couché.

II. Tu me gardes k jamais, 6 Vénus, entre it% bras de glace : !■ es bien plus belle et plus grave, que je ne l'avais prévu, — je doutais!

Puissante et douce, tu étreins, tu te lais.

Je ne te fuierai plus. . Je sais tout, détonnais. . et l'aoïow-

III. Je n'irai plus, le javelot en main, bondisuni par les kalliers avec la meule des chiens rapides, qui, aboyant, tournaient vers moi lears jeux fidèles ;

Je ne désire plus boire l'eau des sources «icrges, plus (lotde que la neige, plus pure que l'acier, parfumée comme l'herbe.. Je n'irai plus j baigner mes beaux membres lassés.

Et je n'aime plus la solitude aux mille chaos de» (oriis. ni la lune qui se lève derrière les hêtres, cette fée, — ni la courte sar la mousse, parai les violettes, — ni rieo de ce qui fal ma vie et <|ai s'eu dissipé.

IV. Car je sais, désormais ; et c'est la volupté secrète. Veau silencieuse, qui me scelles k toi seule.

Tu m'enlaces inextricablement, parce q«c tu m'aiaet. Et lu ne veux point que ton étreiaie soit déaooée. .

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V. Moi tuui, je conoai} nainlenaoi que u cbtir e«i ma chair, et que met ot «ont ie« o>.

Tu m'a» nommé l'époux, et je te nomme i'époate, Et parce que je t'aime, je ne veux plut le quitter.

VI. Entends le : Je ne veux point que tu me quitiet ; et parce que je t'aime, comme je meun, je veux que tu meuret ; et que la terre même soit l'anneau de not êtres mêlés.

Nu contre toi toute nue, je vis de ta mort ; et toi, de ma mort qui t'est si chère, 6 ma bien aimée, vis aussi. Ainsi nous serons dans l'amour comme les jumeaux dans le ventre de la mère ; et telles les eaux de deux rivières, i leur confluent, coulent dans le même lit.

Nous pourrirons ensemble, mon amante; et, aussi tristes/aussi voraces que le désir, tes vers nés de nos lèvres se repaîtront, confondus, de nos visages. Je vois, ah ! ce que je vois I

VII. (^e le même baiser scelle éternellement nos douce» vies.

Ta chair, à ma rose d'amour, en pluie d'horreur tombera sur la mienne ; et ma chair n'aura pas moins d'horreur ni d'affreuse rosée pour la tienne. C'est ainsi.

Tes cheveux, le feuillage embaumé au soleil où j'ai rêvé dans les rajons, (es cheveux se sécheront comme la charmille d'hiver, ok rien ne reste entre les branches, que les toiles tissées par l'araignée. .

Toi, qui es belle et amoureuse, ton regard fera la calme épouvante de mes yeux ouverts, — c'est ainsi.

Et moi qui suis beau et douloureux, j'épouvanterai tes prunelles hors de l'orbite.. Car notre amour a fait de nous plus que des dieux.

Nous pourrirons ensemble, ô ma bien aimée, et de tant d'ime, de tant d'amour, rien ne restera plus que les vases risibles, sans parfum, deux crtnes, pareils k tous les crines, troués sous le front, grimaçant dans les ténèbres et sans lèvres, — uns lèvres, ô mon amante., a peine quelques os.

Et nos bras crispés retiendront la tage vide, où nos cœurs ont tant battu, l'un sur l'autre placés.

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