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LES TERRASSES D'YS

I. Pareille» aux sourires, que peu k peu la lendretse soumet, et que l'amour sous iet livres abaisse, les (errasses d'Ys deuendent vers la mer, —

De marbre et d'or, pavé des fées, elles sont semées de fleurs iniroiiablet, que l'haleine océane a gonflées, — des Ijrs aussi hauts que des pins, des violettes en buissons, mosaïque sans seconde, dans le cadre sombre, entre les murs amers des grands buis romains, —

Et sur toutes les terrasses, — vêtus de blanc, de soie grise, couleur de parme ou d'héliotrope, les amans se prominent tendrement les cheveux dénoués.

II. Le profil des marbres en étage» ruiiseile d'un ung plie et doré, — c'est le soleil qui l'a versé, à travers ses voiles de frêle gaze, —

Et l'émeraude de la mer, elle aussi diaprée, en ondes balancées semble fondre, oii les violettes répandues cachent, — comme un masque, ou comme au miroir des prunelles heureuses passe l'ombre d'un noir penser, — l'or et l'argent des flots, cl la nacre des vagues, —

Pavé des fées, terrasses amoureuses, vou^ vous hltez ver* l'océan du soir, et ses gilces brumeuses.

III. La violette sombre avec la parme, les lys avec le marbre, et les pins parmi les buis, les pins sur les caps, telles des jeunes filles sur la rive du lac,

L'émail de l'air violiire, et la nacre vaporeuse de l'océan, C'est le triomphe de la langueur, ou le charme du deuil suave..

IV. Sur les terrasses, tous les amans attendent l'heure de leur rêve, et ses douloureuses délices, —

Et lou», comme ï U plu» chère de» mu*iqu'< >'« r>f*i»m l'oreille

A il» ne Mveot quoi, au chant du temp» irréparable, aux larsc* du cœur.

V. Que te» murmure» de la mer portent enfin jn»qu'au pied det terrasic» la galère du crèpu»cule, —

L'accord profond et doux de la violette et det Ijt chante dè)i pour elle, —

El U noire odeur de» bui» amers soutient ce» voli délIcientM, l'accent embaumé du soir.

VI. Au jardin suipendu de la lerratK la pin» hante, que b tenture des cjrprè» sépare de la vue, les anans souverains soupirent avec U mer. couple solitaire.

< — Je pleure parce que j'aime. Et ce que i'aime pleure an fond de mon coeur. .

— Les larmes sont la source d'amour, dit-il. .

— Laisse, dit-elle, laisse baigner mon Ime dans la fontaine..

— Pleurez, à vous tous, doux amans, et vous auui, pauion» cruelles, —

« Pleurez, amans, afin d'aimer l'amour plus que vous. .

— ô mon amant, je t'appelle met pleurs. .

— Je t'appelle ma mélancolie, ô mon amante :

< Les larmes sont la musique, qui chante : • Amour! Amour S dans tet ténèbre»;

• Les violes de la volupté s'accordent dan» les prainct de U tristesse . .

• Le soleil meurt, et verte tout son sang.. Dans b laii du monde, musique d'amour, murmures de b mer, à pkun!. . >

Vil. De terrasse en terrasse, jnsquet aux vagues, sonaeai toutes les cloches d'Y», et leur timbre chante : • Parce qa'ib aÙBcat, ib pleurent. •

Toutes les Icnatset t« dépeuplent ; b brise souffle : « Pleurez, vont qui aimez. . •

D'étages en élaget, lei aaaat eabcé» te coacbeat toat les

violeiies, ei l'aile du crépuicule sur eux te penche tvec let grand» buit noirt. . « Voui qui pleurez, aimez. . >

VIII. Tout s'atiendristeoi sur le marbre; tout te parlent et te ca« ressent do seul regard; tous s'écoutent du regard et se répondent. La voix du silence est dans les cœurs.

Cha(|uc rocher sur la mer laisse goutter un fil de sang. , Vogue sur les murmures de la mer, 6 galère de la volupté mortelle. C'est l'heure où rien n'a plus de corps, où, sur le ciel les feuilles ne sont plus que des ombres, couchées sur une eau bleue.

IX. Tous ceux qui ne veulent plus espérer, ni savoir, ni même être, ont mis en toi leur espérance, à volupté, nécropole des phalènes désirs.

Comme un cygne noir, la galère de la mort d'amour s'avance, Elle glisse sur les violettes de la mer, et passe près des roches, au pied des marbres.

X. Soupirs du soir, soupirs du temps, de la vague et de l'onde, venue de l'infini, soupirs de l'amour qui rêve sur les terrasses.

Voici descendre, pour le départ, vers la galère suave

Le couple enlacé de l'amante souveraine et du royal amant. .

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