I. Qu« la MontagDc Sainte ^uit belle au conchaol
Aride et pourtant verte, d'un côté ses bambous rares s'indioent vert le lac triste,
Et de l'antre, les roches plates semblent des blocs ie jade.
II. Que l'éclat de la Montagne Sainte éuit triste k ce coMchaat. Ses Rancs déserts séchaient dans la contrée déserte. Eaveloppéc
de silence, elle rougeojrait, sur les hauteurs, d'une fumée de sing.
Respirant cette grare souffrance, que la solitude exbale Mr le tard d'un trop beau jour.
III. Cependant, le lac oriental, plongé dans ane ombre froide comme le tranchant du glaive opposé k la lumière, te coutrait poor la nuit de sa peau qui miioite, Toile de mercure.
Et lorsque Yong Tsé Wang, marchant k larges pu 1res lens, fut aux pieds de la Montagne Sainte, le soleil, au ras de la cime, descendit en glissant, pareil en sa boule sanglante ï la tête do bonze écorcM «if, pour avoir manqué de respect an nom, prodaaé s«r le scoil, de b jeune Impératrice. .
La tête ruisselante do suppbcié tomba. L'ombre se fil, rombrc longue. Quelques gouttes de pourpre, jaillies du tronc, strièrent le ciel supérieur. Et le silence des couleurs accomplit le silence des voix.
IV. Yong Tsé Wang, ajant levé les jeni sons les lourdes Inoeues, aperçut la Grande Ombre,
L'hôte immense que contiaissent tons ceux uui séiourneai tons le socle des tombes, et avec qui tons ils colloqnen;
El Yong T%é Wang sourit gravemeoi : car il ne le Tojrait poiai pour la première foit.
V. Pui» il reprit u ronce et t'avança, méditant des pentéet véri» labicj et douce».
Quand une main, pareille à l'ombre violette de cinq doigts, se plaça devant lui, l'arrêtant d'un faible signe,
Suivi d'une parole humble, comme le fîlet d'eau qui coule sur la mousse.
VI. — Seigneur, si Votre Grlce craint les pensées pieuses, et les tristes spectacles,qu'elle accepte l'avis que je lui en donne : Qu'Elle fasse un détour, et prenne le chemin i l'Occident du lac, de préférence k celui ci.
— Je ne crains point les pensées pieuses, encore qu'elles soient tristes dans la plupart des hommo, rommo lu ilis Oui çj m, toi qui sais rendre hommage ?
— Je suis un serviteur fidèle; et, pour Votre Grice, un tris docile esclive.
Pourquoi m'arrêtes tu, te mettant sur ma route, quoique S4AS porter la main sur moi? Et pourquoi n'irais je pas plus outre?
— C'est pour que Votre Grlcc ne blesse pas ses yeux à la vue, qui fait mal, du Maître que je sers.
— Nulle vue ne me blesse : J'aime voir ce qui est. Dis pourtant quel est ce maître?
Puisqu'il en est ainsi. Votre Volonté soit U mienne. Seigneur ! Je vois que j'ai à faire au Sage de la plus haute classe, qui oe craint pas, et doit comprendre la plus rare sagesse.
< Mon maître est le Saint Li Taî Pé : et depuis dix sept ans, trois lunes et les deux quarts de la nouvelle, ici je le garde. J'ai vieilli.
— Où est il?
— Dans l'ombre, Seigneur, que je lui fais. Cependant, vous le verte/, s\ je m'écarte.
— Ecarte toi.
— Le voici : c'est lit. Li Taî Pé, c'est lui. il fait horreur,! cause d'une éclatante sainteté.
■ Au dessus de la terre, qu'il ne touche plus depuis près de deux cens mois, il a grandi avec ce bambou dans sa chair fiché. La coroe
uillée en bitetu de la plaote , cet ODgIe de U booe, 3 »'es m tj»tnottct de Il caiue gtuche I la mamelle droite, aa traven de la hancf
• Il a nourri cet arbre de m graivte, ei de ion UBg il a lubrc&é les branche» coupantet. Il n'a plus qu'an peu de cuir hilé sur les ot sect
— Ainsi donc, ainsi donc. .
— ^' .si Votre Crlce le daigne, vous poufez ici tous assurer bien (!< ^ , et ft moi quelque boisseaux de riz.
— Tu veux de l'argent, panvre homme? Tb m déjà le frère L de ton Religieux. Prends donc ces taéls ; nourris loi mieiu;la et fort maigre. Et garde tes prières. J'en ai un moulin chez moi.
VII. — J'admire humblement. Seigneur, Votre Sagesse en u lib' ralité. Votre Ime est touchée, puisqu'elle est ginéieu^t.
— Comment vit ton saint maître?
— De sainteté. Il est si décharné qu'il fati dcgoûi aux raatoun et aux corbeaux, friands de viande faisandée. Si léger, qu'il oe fait point pencher la canne, et qu'il tremble k la bise de l'aube, comme nac feoili' morte, de chair momifiée.
a II vit, pourtant : i son poignet, plus mince que la corde \ puits qui s'effiloche, je surprends quelquefois le pools de U vie, faibir comme le poial du cœur, où le poulet va se formant, dans l'oruf coavi.
< Il a les yeux vitreux, et les merles j fieotent. La grosse mouche a fait son nid snr tes lèvres grises, et mis te» larves entre ta dent. Et l'araignée a tissu sa toile de son oreille décollée i l'antbéijrx de l'auttr oreille. Voilà le grand saint que c'est, Li Tai Pé.
— Un saint, en vérité, dit Yong Tsé Wang, s'il s'est vaincu lui même.
— Incalculablement, Seigneur.
— Qu'en sais ttt? La nature trouve ausi son compte à la saiateté. il n'a peut eue fait que se tner. >
La nuit vint, que rien ne retarde ai n'éloigne. Et Yoag Tsé Wang, après avoir contemplé l'immonde et glotiease loque, reprit sa marche, sans hlte, k longs pas mesurés, considérant des pensées véntabies et douces.
POLYPHEME DORT
I. La croupe de l\£tna, déroulant tes foréti et ses vignes, comme les strophes d'un poème inventé par les Dieux, — ouvre des lits et les retraites tièdes où, parmi les feuilles et les fleurs, dans un pli en forme de nef tirée sur le rivage en pente, — dort Polypbème.
Si tu n'es ivre mort, Cjrclope, pourquoi ton sommeil est il i ce point immobile? Ton pied a l'air de la stupidité attentive. Et qui retient le rocher moussu de la tète sans un frémissement, au milieu des pampres d'or et des tveltes anémones?
La douce brise, impalpable haleine du firmament, joue, vole et se divise, errant des neiges roses de la cime jusqu'aux livres murmurantes de la mer bleue.