‹ Images de la grandeurChapitre 69 sur 126 · I. Titan [de loin · texte numérisé non relu

I. Titan [de loin

Frèrt,

Frère Atlas, fils de li même mère,

La Terre sourde, la souveraine Aveugle, qoi voit tout an fond de tes entrailles, et qui est juste, ne prenant conseil que de soi ; Frère Atlas,

Où es tu ? Vis tu encore ?

Le roseau de ton épine n'a t il pu ronpa, laissaat jaillir b

moelle.

Sous le poids du ciel ?

H. Atlu [dt loin].

Titan,

Frère divin, fils de la même mère.

Je vis ! Je ne cède point ! Je tiens boa ! Je souffre, Alaé céleste au sourcil de nuages, œil de feu, allumear des ânes, prunelle qsi as fait pilir le soleil de jaloutir ;

Proroèthée,

Que veux tu, dis, de ion frère?

M* poitrine craque, comme la banquite det pà\t%, aux rajoni du toislice ;

Mait i' «ii. et je brave.

m. Titan [dt plus pris.

Frère, frère.

J'arrive comme la pentëe du courroux

Quand elle j'élance, casquée et la lance au poing, —

Du cœur qui brûle.

Droite Cl flammr '

Frère, frère,

Attend) loi i souffrir une douleur intolérable :

Pélion jur Owa —

C'ejt moi,

Pour baudrier, ceint du Caucase,

Qui vais monter sur toi,

Sur ton dos large, Atlas,

Et sur ta nuque, où perce l'os qui porte la sphère du ciel bran-

lante, boule t

Comme le jongleur, sur le bout de l'ongle, laisse vaciller la

Ha, ha. Olympien, les Titans sont en vie !

O frère. Supplicié vainqueur, vicn^, viens! J'escalade 1

TITAN

I Le Titan, épuisé de fatigue, sans cesser d'eKilader le ciel,

depuis tant de jours qu'il n'avait pas desserré les dens, s'écria :

— iSS —

• Où que lu ioii, je t'atteindrai, Oljmpien. Et lu vu eue vaiocu, Jupiter : je sais entre dans tes voies, Je connais ton secret.

II. t J'ai tout quitté; et tien ne me tente plus. Jupiter, je te laisse la mer ; je te laisse la terre. Si tu me les donnais, je n'en voudrais plus ;

Règne sur tous les royaumes de l'Univers, si lu veux. El que les étoiles de la Voie Lactée soient les gouttes de lait que tu bois dans ton verre :

Je MIS un autre empire.

ni. « C'est ton Olympe, que je veux, Oljmpien. Et je ne veux que ton Olympe.

Je n'envie que la grandeur suprême. Je n'aspire qn'tn ir&ne souverain. Je n'estime plus rien que le calme in6ni de la séréaité,

Et la toute lumière.

Le règne est à ce prix. Voili la demeure du ciel d'où ie le dois chasser,

C'est li d'où lu contemples. A moi, maintenant, de m'aueoir dans tes palais, à lumineux Olympe! A moi de contemtilcr.

Ou de mourir, si tu me manques.

IV. « J'ai mis Pélion sur Ossa. Je gravis le* cimM lur les cimes. comme les degrés du même temple.

D'ici, la mer en long détroit n'esi plus qu'un canal sans aouvement, qui dort, bleuitre, d'un p6le à l'autre.

Et les nuages j trempent.

Les villes, sur les bords ne sont plus que des grains de poussière. Et toute vie s'esl tue, enfin.

1! s'est donc fait, l'admirable silence, où toute chose tombe ensevelie, et que le coeur souverain entend, redoute tour k tour et cherche parmi les hommes, —

Sous mes pieds tout est désert.

V. • O crains moi, Jupiter i Je marche et je m'élève. Etîacebnt d'ardeur et de colère, comme la mer qui brasille, je monte. Os j'entren dans ton Oljmpe,

— iS6 —

Ou si, d'un pouce teut, j'en devait éire iipui, je me précipiterai dans l'insondable abtme, tans que ta otain m'y poutte : On iii.imiilwT ou mourir dan* les hauteurs.

VI. > Depuis que je gravis les espaces amoncelés, je ne lève plus 1.1 tjte, et sans cesse je mesure

Les précipices où j'ai laiué la terre : d'ici, pareil aux seaut sur les deux bouts de la palanche, le ciel cintré porte les deux océans.

Les forêts ne sont plus qu'une pelouse de gazon; je n'entends plus chanter les orgues de la terre.

L'espace est une palme bleue, qui frissonne i ma victoire.

Je palpe l'infini comme la gorge de Tiiania; mon haleine est triomphe; et chaque goutte de mon sang est acte.

O Jupiter, 6 dieux maudits, prenez sur moi la parallaxe de votre chute. L'ombre qui m'entoure ne m'elTraie pas. Pour éclairer ma route, j'ai brûlé les forêts de ma chevelure, les promontoires de ma chair,

Les fleuves de ma sueur et de mes flancs.

VU. • Et me voici, chauve, immense, décharné et nu. .,

Mais je touche au faite, Jupiter I Et l'Olympe est ï moi I II le doit être !

Dans l'ombre où mes jreiu contemplent l'univen, au fond des brumes.

Il faut que je sois parvenu aux portes radieuses de mon «plendide espoir.

Et je ne crains rien que d'aveugler mes prunelles d'une splendeur trop soudaine. .

KnGn, enfin I Ma vue, en attendant mes mains, va te violer et te ravir, palais céleste. . . »

Et le Titan, levant la tête, ouvrant les bras, ne vit et n'embrassa i l'infini que l'orbe effrayant des éternelles ténèbres

Page 1