‹ Imitation de Jésus-ChristChapitre 121 sur 312 · LIV. III, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIV. III, CHAP. VIII

Si vous me laissez à raoi-même, que suis-je? Rien qu'infirmité; mais, dès que vous jetez un regard sur moi, à Tinstant je deviens fort, et je suis rempli d'une joie nouvelle.

Et certes, cela me confond d'ëtonnement, que vous me releviez ainsi tout dun coup, et me preniez avec tant de bonté entre vos bras, moi toujours entraîné par mon propre poids vers la terre.

2. C'est votre amour qui opère cette merveille, qui me prévient gratuitement, qui ne se lasse point de me secourir dans mes nécessités, qui me préserve des plus grands périls, et, à vrai dire, me délivre de maux innombrables.

Car je me suis perdu en m'aimant d'un amour déréglé -, mais en ne cherchant que vous, en n'aimant que vous, je vous ai trouvé, et je me suis retrouvé moi-même, et l'amour m'a fait rentrer plus avant dans mon néant.

O Dieu plein de tendresse ! vous faites^ pour moi beaucoup plus que je ne mérite, et plus que je n'oserois espérer ou demander.

3. Soyez béni, mon Dieu, de ce que, tout in^ digne que je suis de recevoir de vous aucune

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grâce, cependant votre bonté généreuse et infinie ne cesse de faire du bien même aux ingrats, et à ceux qui se sont le plus éloignés de vous.

Ramenez-nous à vous, afin que nous soyons reconnoissants , humbles, fervents, parceque vous êtes notre salut, notre vertu et notre force,

RÉFLEXION

Notre ennemi le plus redoutable et qui nous presse le plus, c'est Torgueil. Au-dessus de notre ame, est Dieu , la suprême intelligence et le souverain bien ; audessous ^ sont les objets sensibles dont cette ame est touchée, et qui lui paroissent aussi des biens. La voilà donc, au milieu de ces deux extrêmes, à une distance également infinie de Tun et de lautre, tenant à Dieu par sa nature, et par son origine au néant. Qu il lui plaise d^abandonner son bien éternel pour ces biens périssables qui la sollicitent, sa chute est affreuse; mais, avant d arriver jusqu'au fond de Fabyme , elle se regarde : et se voyant comme elle est en effet, plus parfaite que tout ce monde matériel qui Tentoure, elle tombe et abord sur elle-même*,

» De Civit. Dei. xiv, i3.

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