LIV. m, CHAP. LV
Mais, dans ma chair je suis asservi à la loi du péché\ obéissant plutôt aux sens qu'à la raison, voulant le bien , et n'ayant pas la force de Vaccomplir*.
Cest pourquoi souvent" je forme de bonnes résolutions^ mais la grâce , qui aide ma foiblesse venant à manquer, au moindre obstacle je cède et je tombe.
Je découvre la voie de la perfection , et je vois clairement ce que je dois faire :
Mais, accablé du poids de ma corruption, je ne m'élève à rien de parfait.
4- Oh que votre grâce, Seigneur, m'est nécessaire, pour commencer le bien, le continujec et l'achever !
Car sans elle je ne puis rien faire; maisye puis tout en vous, quand votre grâce me fortifie^.
O grâce vraiment céleste, sans laquelle nos mérites et les dons de la nature ne sont rien !
Les arts, les richesses, la beauté, la force, le génie, l'éloquence, n'ont aucun prix. Seigneur, à vos yeux, sans la grâce.
Car les dons de la nature sont communs aux
• Rom. vu, 25. — ' Ibid, 18. — ^ Phil. iv, i3.
390 l'imitation de Jésus-christ.
bons et aux méchants; mais la grâce ou la charité est le don propre des élus ; elle est le signe auquel on reconnoît ceux qui sont dignes de la vie éternelle.
Telle est lexcellence de cette grâce, que ni le don de prophétie, ni le pouvoir d'opérer des miracles , ni la plus haute contemplation , ne doivent être comptés pour quelque chose sans elle.
Ni la foi même, ni l'espérance, ni les autres vertus, ne vous sont agréables sans la grâce et la charité.
5 . O bienheureuse grâce , qui rendez riche en vertus le pauvre d'esprit, et celui qui possède de grands biens humble de cœur!
Venez, descendez en moi, remplissez-moi, dès le matin, de votre consolation , de peur que mon ame épuisée, aride, ne vienne à défaillir de lassitude.
J'impïore votre grâce, ô mon Dieu, je ne veux qu'elle : car votre grâce me suffit', quand je n'obtiendrois rien de ce que la nature désire.
Si je suis éprouvé, tourmenté par beaucoup
* II. Cor. XII, 9.