LIV. I, CHAP. XXII
6. O qu elle est grande la fragilité qui toujours incline lliomme au mal !
Vous confessez aujourdliui vos péchés, et vous y retombez le lendemain.
Vous vous proposez d'être sur vos gardes, et une heure après, vous agissez comme si vous ne vous étiez rien proposé.
Nous avons donc grand sujet de nous humilier, et de ne nous jamais élever en nousmêmes, étant si fragiles et si inconstants.
Mous pouvons perdre en un moment, par notre négligence, ce qu'à pçine avQUS-pous acquis par la grâce, avec un long travail.
7. Que sera-ce de nous à la fin du jour, si nous ^sommes si lâches dès le matin?
Malheur à nous , si nous voulons goûter le repos , comme si déjà nous étions en paix et en assurance, tandis qu'on ne découvre pas dans notre vie une seule trace de vraie sainteté !
Nous aurions bien besoin d'être instruits encore, et formés à de nouvelles mœurs comme des novices dociles, pour essayer du moins s'il yauroit en nous quelque espérance de changement, et d'un plus grand progrès dans la vertu.
76 l'imitation de Jésus-christ.
RÉFLEXION
Nous sommes comme des étrangers et des voyageurs, dit l'Écriture * ; nos jours passent comme [ombre sur la terre, et nous ny demeurons quun moment Cette vie si courte, fût-elle remplie de véritables biens, ce seroit encore une folie de s y attacher, puisque enfin elle doit finir; et quon ne jouit pas réellement de ce qu^il faut absolument perdre un jour. Mais , depuis qull existe des hommes, un cri général semble s'élever, à travers les siècles, contre cette vie si chargée de misères et de douleurs : ce cri lamentable se fait entendre sans cesse et par-tout, sous le chaume du pauvre et^dans le palais des rois; et cependant nous aimons la vie ! Sommes-nous chrétiens? Avonsnous la foi? eh bien! aspirons à cette autre vie qui n'aura point de fin; admirons, bénissons la bonté divine, qui nous envoie des peines dans le temps, et nous réserve le bonheur et la joie pour l'éternité. L'éternité et une éternité de bonheur! Ainsi s'expliquent la vie présente, ses afflictions. Dieu, sa justice, sa miséricorde : autrement c est un abyme ; et c'est à jamais que l'on s'y perd.
< I. Par. XXIX, V. i5.
Il 1