LIV. I, CHAP. XXIV
met aujourdliui humblement aux jugements des hommes.
Alors rhumble et le pauvre auront une grande confiance ; et de tous côtés Tépouvante environnera le superbe.
5. Alors on verra quHlfut sage en ce monde, celui qui apprit à être insensé et méprisable pour Jésus-Christ.
Alors on s applaudira des tribulations souffertes avec patience , et toute iniquité sera muette \
Alors tous les justes seront transportés d alégresse, et tous les impies consternés de douleur.
Alors la chair affligée se réjouira plus que si elle avoit toujours été nourrie dans les délices.
Alors les vêtements pauvres resplendiront, et les habits somptueux perdront tout leur éclat.
Alors la plus pauvre petite demeure sera jugée au-dessus du palais tout brillant d or.
Alors une patience constamment soutenue sera de plus de secours que toute la puissance
' Ps. CVf , 4*-
88 l'imitation de jésus-christ.
du monde; et une obéissance simple, ëlevée plus haut que toute la prudence du siècle,
6. Alors on trouvera plus de joie dans la pureté d'une bonne conscience, que dans une docte philosophie.
Alors le mépris des richesses aura plus de poids dans la balance, que tous les trésors de la terre.
Alors le souvenir dun^ pieuse prière vous sera de plus de consolation , que celui d'un re^ pas splendide.
Alors vous vous réjouirez plus du silence gardé que des longs entretiens.
Alors les œuvres saintes remporteront sur les beaui^ discours.
Alors vous préférerez une vie de peiue et d^ travail à tous les plaisirs de la terre.
Apprenez donc maintenant à supporter quel* ques légères souffrances, afin d'être alors dé* livré de souffrances plus grandes.
Éprouvez ici dabord ce que vous pourrez dans la suite.
Si vous ne pouvez maintenant souffrir si peu de chose, comment supporterez-vous les tourmenta étemels?
UV. î, CHAP. XXIV. 89
Si maintejEiant la moindre douleur Y.ou^ cause tant d'impatience, que seraTca donc alors des tortures de Tenfe^ ?
Il y a, nen doutez point, deux joies qu'on ne peut réunir; vous ne pouyçz goûter ici4>as les délices du monde, et régner ensuite avec Jésus-Christ.
7. Si vous aviez vécu jusqu'à ce jour dans les honneurs et les voluptés , de quoi cela vous serviroit-il, s'il vous falloit mourir à. l'instant ?
Donc tout est vanité, hors aiiner Dieu pt le servir lui seuL
Car celui qui aime Dieu de tout son cœur ne craint ni la mort, ni le supplice, ni le juge* ment, nilenfer, parceque l'amour parfait nous donne un sûr accès près de Dieu.
' Mais celui qui aime encore le péché, il n'est pas surprenant qu'il redoute la mort et le jugement.
Cependant si l'amour ne vous éloigne pas encore du mal , il est bon qu'au moins la crainte vous retienne.
Celui qui est peu touché de la crainte de Dieu ne sauroit long-temps persévérer dans le
bien ; mais il tombera bientôt dans les pièges du démon.
RÉFLEXION
L'éternité des peines, et cette justice inexorable qui réglera tout au dernier jour, et ces tourments que l'imagination ne peut concevoir, toutes ces vérités terribles ne peuvent être supportées par certains esprits aussi foibles qu'orgueilleux, et deviennent même, pour eux, un sujet de scandale et de dérision. Pour les chrétiens, ce sont des vérités de foi, et par conséquent incontestables : ils reconnoissent ensuite qu elles s^accordent avec la bonté de Dieu, qui nest bon y par essence, que parcequ*il est essentiellement f ennemi du péché'} avec sa justice, parcequ'une punition étemelle est la seule qui soit en rapport avec dQ3 crimes étemels aussi, puisque ne peuvent plus être réparés ni expiés ; avec sa miséricorde, parcequ'il n'y a que la crainte d une éternité malheu<« reuse qui soit efficace pour ramener le pécheur. Soyons donc dans la crainte et dans le tremblement; satisfaisons à Dieu dans le temps : il n'est plus possible de le faire dans l'éternité.
' Tertttll. cont. Marcion.