CHAPITRE XXXIX
QUE l'homme ne doit POINT S^TTICBER AVEC EMPRESSEMENT AUX AFFAIRE» DU MONDE*
J£SDS-CHRIST.
Mon fils , remettez toujours entre mes mains ce qui vous regarde. Je saurai bien régler tout en son temps. Attendez mes orures, et tous y trouverez votre avantage.
2. Le Ch. Seigneur, je vous remeU assez volontiers toutes choses , parce que je suis peu capable d'avancer en suivant mes lumières.
Plût a votre bonté que je n'eusse pas tant ({''inquiétude 8ur l'avenir, mlaîs que saitô hésiter je m'offrisse à votre bon plaisir.
3. J.-C. Mon fils , souvent un homme s'embarrasse beaucoup pour quelque chose qu'il souhaite, lequel, dès qu'il en est venu à bout, commence à en juger d'une autre façon ; parce que ses désirs ne sont pas constans sur une même chose, mais qu'ils passent turbulemment d'un objet à un autre. Ce n'est donc pas peu que de se quitter soi-même, même dans les choses les plus petites.
4. L'abnégation de soi-même fait 1^ véritable avancement de l'homme; et celui qui a cette abnégation est dans une assurance et une liberté parfaite.
Mais l'ancien ennemi, qui s'oppose à tout bien, ne cesse point de le tenter, et dresse jour et nuit de fâcheuses embûches pour le faire tomber, s'il est possible, et lorsqu'il y pense le moins, dans les filets que sa malice lui tend.
VeiUez et priez ^ dit le Seigneur , afin, que vous n* entriez point en tentation.
(Matt. 26^41)
PRATIQUE
En vain Von s'înquiète de l'avenir , et Ton se décourage à la vue de ses misères; tout consiste à àe
i^eposer de tout en Dieu, à compter sur lui ^ à s'abandonner à ses desseins , et à ne rien épargner pour lui plaire.
Il arrive souvent aue Dieu veut ou permet que nous nous trouvions aans des états oii nous croyons que tout est perdu , pour nous obliger de met|re en lui seul toute notre confiance. Car moins nous avons d'appui du côté des crcïitures , et plus nous en trouvons en Dieu , qui se fait un bonneur et un
Slaisir de nous assister lorsque tout nous abanonne. Tâchons donc de rejeter dans le cœur de J.-C tontes les inquiétudes sur notre salut , persuadés qu'il en a soin , et efForçoris-nous de répondre U ses desseins par notre fidélité à les suivre.
:^RIÈEË.
O mon Dieuî qui pouvez me secourir , et qtii voulez le faire , quel sujet n'ai-je pas de me confier en vons, de me remettre dans les bras de votre Providence, d'attendre lès efl'els de la bonté d'un Dieu qui prend soin de tout! Je suis donc résolu de me livrer tout^ vous, de vivre sous vos yeux et entre vos mains , de me conserver toujours dans votre crainte et dans votre amonr. C'est là la grâce que je vous demande , ô le Dieu de mon cœur , et mon partage dans l'éternité! Faitcs-raoi pénétrer et goûter celte parole que vous dites dans votre Evangile : Ne vous inquiétez point , car votre Père céleste sait bien de quoi vous avez besoin ; et c'est assez qu'il est votre "j^ère , pour y pourvoir. Ainsi soit-il.
CHAPrrRE XL.
qIje l'bomue n'a bien db bon lui-même 9 ET qu'il
NE PEUT 8£ 6L0BIF1EA EN BIEN; LE GHaÉTIEN.
Seigneur, qu'est-ce que i* homme ^ powr vous êouvenir de lui ? Qu qu'est-
jjif L ijiii 1 Al luiv m J.-L. —
ce giùe le fiU de l'homme^ pov/f i'ho^ norer de vos visites ? ( PsaL 8. 5. ) Qu'a mérité rhonime, pour vous engager à lui donner votre grâce?
Seigneur, de quoi puis-je me plaindre si vous m'abandonnez? ou que puis-je justement alléguer si vous ne faites pas ce que je demande?
Certainement je puis penser et dire avec vérité : Seigneur, je ne suis rien, je ne puis rien , je n'ai rien de bon de moimême ; mais je manque en tout, et je tends toujours au néant ; et , si vous ne m'assistez et ne m'animez au dedans , je tombe entièrement dans la tiédeur et dans le désordre.
2. Pour vouSj Seigneur ^ vous êtes toujours le même (Ps/ loi. i3 et a8):
vous demeurerez éternellement tel que vous êtes, toujours bon, toujours juste, toujours saint, faisant tout avec bonté, avec justice et avec sainteté, et réglant tout avec sagesse Mais moi, qui ai plus de disposition à déchoir qu'à avancer, je ne demeure pas long^temps eu un même état, ^àrce que je suis sujet à changer sept fois le jour.
Cependant, quand il vous plait de me tendre une main secourable, je me trouve bientôt beaucoup mieux : car vous pouvez seul , et sans le secours des hommes , m'assîster et me fort/fier de telle sorte, que je ne prenne plus tant de diffé-
rens visages, mais que mon cœur se retourae vers vous seul, et ne se repose qu en vous.
3. G est pourquoi, si je savais bien rejeter toutes les consolations humaines , soit pour acquérir la dévotion , soit à cause du besoin que ) ai de vous chercher , ne trouvant point de vraie consolation parmi les hommes, j aurais alors sujet de tout attendre de votre grâce» et de me réjouir de la nouvelle faveur de vos consolations.
4- ^^ ^ous rends grâces, ô vous de qui tout procède i de tous les bons succès qui m arrivent : car, pour moi, je ne suis que vanité et néant devant vous, qu'inconstance et faiblesse. Quel sujet puis-je donc avoir de me glorifier , et de rechercher de leslime? N est -ce point pour mon néant p Ce serait là le comble de la vanité.
En vérité, la vaine gloire est une peste bien dangereuse , et la plus grande des vanités , puisqu elle nous sépare de la véritable gloire, et quelle nous fait perdre la grâce du Ciel. Car Thomme vous dé* platt quand il se complaît en lui-même; et dès qu'il aspire aux vaines louanges , il est privé des \érilables vertus.
5. Mais se glorifier en vous, et nullement en soi; se réjouir en votre nom, et non dans sa propre vertu; et ne prendre plaisir aux créatures que pour vous;
c'est là une Téritable gloire et une joie' sainte.
Que votre nom, et non le mien, soit loué; qu'on relève vos ouvrages, et non tes miens; que votre saint nom soit béni, et que je n aie aucune part aux louanges des hommes.
Vous êtes ma gloire, vous êtes la joie de mon cœur. Je me glorifierai et me réjouirai en vous pendant tout le jour : à mon égard , je ne me glorifierai que dans mes infirmités. (2. Cor. ix^-)
6. Que les Juifs cherchent la gloire que l'on se donne l'un à l'autre ; pour moi , je chercherai celle qui ne vient que de Dieu seul. (Joan. 5. 440 ^^ effet, toute la gloire humaine, tout l'honneur temporel, toute la grandeur du monde ^ sont vanité et folie, si oa les compare à votre gloire éternelle.
O mon Dieu! ma vérité et ma miséricorde! ô bienheureuse Trinité! à vous seul louange, honneur, vertu et gloire dans es siècles infinis des siècles.
PRATIQUE
j£ sens mes misères , qui me rendent incapable de tout bien , et capable de tout mal ; mais je les porte à un Dieu de miséricorde qui peut faire beaucoup de peu de chose , et tout de rien. Ainsi , ce n'est pas assez de concevoir que je ne suis rietk de moi-même, et que je ne dois me glorifier qu'en vous, ô mon Dieu ! Timportance est de suivre dans les occasions ces impressions saintes d'humilité et de con-^ fiance en vous ^ à qui rien n'est impossible. Lorsque je
ne trouve point de consolation d^ns les hommes, c'est ce qui me met dans l'heureuse nécessité de recourir à Dieu , et de dépendre de hiî : heureux que tout me manque hors vous, Seigneur, pour trouver tout en vous. Ah! que le saint homme Job avait raison de vous dire : Vos yeux sont sur moi, et je ne subsisterai plus en moi. Car, lorsque je pense à vous, ô mon 'Dieu! je sens en. moi un ardent désir de vous plaire, et tout disparaît à mes yeux, dès que vous paraissez à mon cœur.
FRIËRE.
Je consens, ô mon Diu! que vous régniez absolument sur mon âme, et que tout vous y cède et s'immole à vous. Mais faites en cela , par votre grâce , ce que vous désirez que je fasse en y correspondant. Faites que je me prive de toute satisfaction humaine «t naturelle, poiu* ne chercher qu'en vous la consolation et le sacrifice de tout moi-même.
O grand Dieu T qui connaissez l'état oii je suis, qui pouvez m'aider, et qui le voulez, soye^ touché de i excès de mes misères. Ënlevez-moi à moi-même , élevez-moi au-dessus de toutes les choses visibles;, faites que , me quittant et me renonçr.nt, je ne désire et ne cherche que voud»Ainsi soit-il.