‹ Imitation de Jésus-Christ;Chapitre 156 sur 190 · LIVRE lY. CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE lY. CHAP. I

disposer à communier ! Il est rare que je me recueille entièrement , et plus rare encore que )e sois libre de toute distraction.

Et certainement il serait juste qu'en la salutaire présence de votre Divinité nulle pensée indécente ne se présentât à moi , et qu'aucune créature ne m'occupât , puisque ce n'est pas un Ange , mais le Seigneur des Anges que j'ai à recevoir pour hôte.

6. Cependant il y a bien de la différence entre l'Arche d'alliance et ce qu'elle enfermait, et votre corps très^pur avec sesf vertus ineffables; entre tous ces sacrifices de la loi , qui n'étaient que des figures de l'avenir, et la véritable hostie de votre corps, qui est l'accomplissement de tous ces anciens sacrifices.

7. Pourquoi donc ne suis -je pas échauffé d'une plus vive ardeur en votre présence? Pourquoi ne me préparé-je pas avec plus de soin pour recevoir vos saints Mystères, puisque ces anciens Patriarches et Prophètes , ces Rois et ces Princes, avec tout leur peuple, ont témoigné tant de dévotion et de zèle pour le culte divin ?

8. David , ce Roi si pieui , dansa de toute sa force devant l'Arche, en mémoire des bienfaits dont ses pères avaient autrefois été comblés. Il fit faire divers instrumens de musique , il composa des

Psaumes, et ordonna qu'ils fussent cban« tés avec allégresse; et lui*même, animé de la grâce du Saint-Esprit, il les a souvent chantés sur la harpe. Il a enseigné au peuple d'Israël à louer Dieu de tout leur cœur, et à accorder leur voix chaque jouri pour le bénir et pour, publier ses louanges. ( 2. Reg. 6. 1 4* )

Si la Tue de l'Arche d'alliance excitait alors tant de dévotion , ' et rappelait si bien le souvenir des louanges de Dieu , quelle révérence et quelle dévotion ne me doit point inspirer , et au reste du peuple chrétien, la présence du très-saint Sacrement, et la réception du sacré Corps de J.-C.?

9. Plusieurs courent en divers lieux pour visiter les reliques des Saints , et sont charmés au récit de leurs actions; ils admirent les grands édifices de leurs Eglises, et baisent leurs ossemens sacrés, enveloppés dans l'or et dans la soie. Et voici que je vous ai ici présent sur 1 autel , ô mon Dieu ! qui êtes le Saint des Saints , le Créateur des hommes, et le Seigneur des Anges.

Les hommes sont souvent attirés à ces sortes d'objets par la curiosité et par la nouveauté des choses qu'ils n'ont point encore vues, et l'on en rapporte trèspeu de fruit pour l'amendement, surtout quand ces pèlerinages s'entreprennent si légèrement, sans être louché d'une vé-

ritable contritioD. Mais ici , dans le Sar* crement de TAutel , vous êtes présent tout entier , ô Jésus ! comme Dieu et homme , et toutes les fois qu'on vous y reçoit dignement et avec dévotion, Ton y reçoit en abondance le ffuit du salut éternel.

Mais ce n'est ni légèreté , ni curiosité , ni sensualité qui nous attire à vous , mais une ferme foi , une pieuse espérance » et une charité sincère.

10. O Dieu! Créateur invisible du monde! que la manière dont vous agissez avec nous est admirable ! que vous traitez avec bonté et avec douceur vos Elus , auxquels vous vous donnez vous-même pour nourriture dans votre Sacrement!

C est là ce qui passe toute intelligence ; c'est là principalement ce qui enlevé le cceur des personnes dévotes , et qui embrase leur amour.

Car ceux qui vous sont vraimert fidèles , et qui travaillent toute leur vie â se corriger, reçoivent souvent dans ce Sa«« crement très-auguste la grâce d'un sur* croît de dévotion et d'amour pour la vertu.

11. O grâce du Sacrement merveilleuse et cachée ! grâce qui n'est connue que des fidèles serviteurs de J. -^C. , et que les âmes infidèles et esclaveii du péché ne peuvent sentir ! c'est dans ce Sacrement que se confère la grâce spirituelle, que lame recouvre la vertu qu'elle avait

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perdue , et qu elle revient à sa première beauté, que le péché avait défigurée.

Ce^te grâce est quelquefois si grande , que , pailla plénitude de la dévotion qu'on y reçoit, non-seulement l'esprit, mais le corps même y trouve dans sa faiblesse un redoublement de force.

id. Nous devons cependant bien gémir, et déplorer notre tiédeur et notre négligence de ne pas nous porter avec plus d affection â recevoir J.-C. , en qui consiste toute l'espérance et tout le mépte de ceux qui doivent être sauvés.

Car il est notre sanctification et notre rédemption ; il est la consolation des voyageurs, et le bonheur éternel des Saints.

il y a donc bien lieu de s'affliger de ce que tant de personnes considèrent si peu ce Sacrement salutaire ,'quî fait la joie du Ciel et la conservation de tout le monde.

O aveuglement ! 6 dureté du cœur humain ! de ne pas faire plus de réflexion sur un don si ineffable, et de tomber même dans Tindifférence par l'usage qu'on

en fait tous les jours !

i3. Car, si ce très-saint Sacrement ne se célébrait qu'en un seul lieu, et n'était consacré que par un seul Prêtre dans le monde, avec quelle ardeur pensez-vous que les hommes courraient à ce lieu et vers ce Prêtre, pour être présens à la célébration des divins Mystères?

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Mais maintenant il y a plusieurs Prêtres, 6t J.-G« est offert en plusieurs lieux, afin que la grâce de Dieu et son amour envers les hommes paraissent d'autant plus , que la sacrée Communion est étendue en plusieurs endroits du monde.

Je vous rends grâces, ô bon Jésus!

Pasteur éternel , qui avez daignez nourrir de votre précicm Corps et de votre Sang des hommes pauvres et exilés comme nous, et nous inviter, même par des paroles de votre bouche , à la réception de œs Mystères , en nous disant : Prenez à moi, vous totLS qui travaillez et qui éte$ chargée, et je vous soiUagerai^ (Matth. II. â8. )

PRATIQUE

Qui pourrait concevoir ou expliquer quelle est i'excellence du don tout divin que le fiU de Dieu nous fait^ en nous donnant son Corps et son sang dans la sainte Eucharistie , puisqu'il est vrai que nous y recevrons toute la grandeur et toute la majesté d'un Dieu , toutes les perfections et toute la plénitude de sa Divinité, toutes les vertus et toutes les grâces de son Humanité , et tout le mérite d'un Homme-Dieu? De sorte qu'on peut dire avec S. Augustin, que Dieu, tout puissant cru'il est, ne peut rien nous donner davantage qu'en se donnant ainsi à nous ; que , quelque riche et libéral qu^il puisse être, ce seul don qu'il nous fait de son Corps, de son Sang, et de tout lui-même, épuise tous les trésors de sa libéralité ; et que , bien qu'il soit la Sagesse-incréée et incarnée du Père, il n'a pu trouver un moyen plus efficace pour gagner nos cœurs , que d'3^ entrer par la sainte Communion, pour nous unir à son cœur, et pour nous transformer en lui.

Mais ce qui doit charmer nos esprits et nos cœurs, c'est de voir qu'il a renfermé dans l'Hostie sainte que nous recevons; et même dans la plus petite partie de

l'Hostie, Bnn que nous ne perdions rien d'un d6n:SÎ

Spacieux j qu'il a renferme^ dis-je^ toutes les richesses e sa bonté , de sa sagesse et de son amour, pour nous les communiquer; et, en nous les communiquant , nous faire vivre d'une vie surnaturelle et divine, en vivant et nous nourrissant d'un Dieu : car c'est dans, ce desseinr qu'il prend sur nos autels une vie nouvelle, pour nous l'imprimer par la sainte Communion, par laquelle il répand dans nos âmes, comme dit le Concile de Trente , toutes les richesses de ison amour. Oui , mon Sauveur , après nous avoir donné tous les biens de la nature et de la grâce, vous yous ajoutez encore à vos dons, et vous vous donnez tout à nous dans la sainte Eucharistie; c'est-à-dire, qu'après avoir été libéral de vos biens à notre égard , lesquels , tout pré* deux qu'ils puissent être , le sont toujours bien moins que vous, vous êtes dans ce Sacrement adoralûe , prodigue de vous-même. Qui pourrait après cela se re^ fusôr à son Dieu , et ne lui pas céder un cœur dont il vient lui-même prendre possession , comme d'un bien qui lui est dû par tant de titres?

PRlâ-BE.

Que vous rendrai-je , Seigneur ^ pour tous les biens que j'ai reçus de vous ; mais que dois-je vous rendre pour vous-même, qui vous donnez tout entier à mon âme , pour être en elle un principe de vie vraiment chrétienne et le gage de son salut? Toutes les fois^

âue j'ai l'honneur de vous recevoir , 6 mon aimable auveur ! je puis dire que vous êtes tout à moi ; et après vous avoir reçu tant de fois , hélas ! je ne puis

5 as dire encore qife je sois tout à vous. Venez , mon ésus , venez prendre possession de ce cœur ingrat et infidèle , qui est peu à vous , beaucoup au monde , et tout à soi-même. Vengez- vous , Seigneur , vengezvous de lui , en l'obligeant de vous aimer , de se haïr , et de se céder à vous dans toutes les occasions

Su'il aura de se reprendre. Il est à vous, ô mon lieu! non-seulement comme l'ouvrage de vos mains, et comme le prix de votre Sang , mais encore comme un héritage qui vous est acquis, et dont vous venez

moi-même.

Ne soufirez pas , Seigoeur , qn*en communiant , et éù recevant un Dieu comme vous , qui êtes véritablement tout à moi et pour toujours y 3'éprouve le malheur qui arrive à tant de Chrétiens , ou de n'être à vous qu'en apparence et à l'extérieur , en désirs seulement, en velléités ; ou dç n'être à vous m*k demi , voulant accorder dans mon cœur Dieu et le monde , la vanité et la dévotion : partage que vous dites dans l'Evangile être impossible et incompatible avec le salut ; ou enfin de n'être à voua que pour un temps ^ en retombant aussitôt après la Communion dans les fautes volontaires et d'habitude , que votre présence doit corriger en moi, ou du moins aiminuer ; puisque le fruit d'une bonne Communion est la force, le courage et la fidélité à se retenir et à se vaincre dans les . cessions.

Agréez donc , 6 mon Jésus ! que je vous rendç ici mes très-humbles actions de grâces pour l'institution de ce Sacrement adorable , oii votre amour triomphe de vous-même , pour me nourrir de votre Corps et de votre Sang ; et qu'en reconnaissance d'un bienfait si grand , si merveilleux et si divin , je vous prie d'accepter le don sincère , parfait et irrévocable , que je vous fais de tout moi-même pour le temps et pour l'éternité. Ainsi s6it-il.

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