D'où vient que quelques Saints sont
devenus si parfaits et si. élevés dans la contemplation? C est parce qu'ils se sont appliqués à faire mourir entièrement en eux tous les désirs de la terre, et qu'ainsi ils ont eu la. force de s'unir à Dieu de toute l'étendue de leur coeur , et de vaquer à leur salut avec liberté d'esprit.
Pour nous autres /nous sommes trop occupés de nos propres passions , et nous nous mettons trop en peine pour des choses passagères.
Aussi il est rare que nous surmontions parfaitement un seul vice, et que nous ayons un désir ardent de nous avancar chaque jour. C'est ce qui fait que nous sommes toujours froids et toujours tièdes.
3. Si nous étions parfaitement morts à nous - mêmes , et débarrassés de tout dans notre intérieur , nous, pourrions alors goûter les choses de Dieu, et éprou* ver quelque chosô des douceurs de la contemplation divine.
Mais notre plus grand et l'iinique obstacle que nous ayons , c'est que nous sommes toujours esclaves de nos pas-* sions el de nos convoitises, et que nous ne faisons point d'efforts pour entrer dans la voie parfaite des Saints.
S'il nous arrive aussi quelque petite disgrâce, nous nous laissons trop tôt abattre , et nous avons recours aux consolations humaines»
4' Si , comme des hommes de cœur , nous nous efforcions de tenir ferme dans le combat, nous verrions infailliblement le secours de Dieu descendre sur nous.
Gar^ comme c*est lui qui nous procure des occasions de combat pour nOus faire vaincre, il est toujours prêt â nous secourir, quand, en combattant, nous espérons tout de sa grâce.
Si nous ne faisons consister notre avancement spirituel que dans les observances extérieures, notre dévotion ne durera guère.
Mais mettons la cognée à la racine de l'arbre, afin qu'étant libres de nos passions , nous possédions la paix intérieure.
5. Si chaque année nous déracinions seulement un vice, nous deviendrions bientôt des hommes parfaits.
Mais , au contraire , nous éprouvons souvent que nous étions meilleurs et plus purs au commenceiiient de notre conversion , qu'après plusieurs années de profession d'une vie religieuse. -
Nous devrions chaque jour devenir plus fervens , et nous avancer de plus en plus dans la vertu; mais à présent l'on compte pour beaucoup d'avoir conservé une partie de sa première ferveur.
Si nous nous faisions, au commencement, tant soit peu de violence, nous pourrions tout faire ensuite avec facilité et avec joie.
6. Il est diir de se défaire d'une har* bitude ; mais il est bien plus dur d'avoir à combattre et à contredire en tout sa propre volonté.
Si donc vous ne surmontez pas à présent les petites difficultés , quand vien-« drez-vous à bout des plus gràildes?
Résistez d'abord à votre incliaation, et défaites-vous dé toute mauvaise habitude, de peur qu'elle ne vous engage peu à peu en de plus grandes difficultés.
O si vous considériez quelle paix vous vous procureriez à vous-même , et quelle )oie vous donneriez aux autres en vous comportant, bien, je ne doute pas que vous ne prissiez plus de soin de votre avancement spirituel !
PRATIQUE
GoMMJB rien n^est plus contraire à la vraie paix^ au
ble d'établir en nous un vrai repos de conscience, de faire le mérite et le bonheur de cette vie , et d'assurer notre salut, que de combattre et de vaincre incessamment nos cupidités, et de résister en toute occasion aux désirs déréglés de notre cœur. Appliquez-vous donc sérieusement à mourir à vous-même , à sui*fnonter TOS répugnances^ à résister à la vivacité de vos inclinations , et à renoqcer en tput à votre propre volonté ; et cette application ; ce soin , et cette sainte violence^ qui est an sol ument nécessaire à votre salut, vous rendront beureux dans le temps et dans Téternitë, puisqu'il n'y a de vrai repos de conscience^ et de mé-« rite certain , qu'en ce qu'on fait pour Dieu et contre soi-même.
PBIEBE,
Que )e serais heureux, content et sûr démon salut, ô mon Sauveur! si ]e faisais, pour satisfaire à votre
i'ustice par la pëilitence, et à votre amour par la fidéitë, ce que je fais incessamment pour contenter mes passions et les rechercbes de mon amour-propre ! Ne souÔrezpas^ Seigneur, que je serve d'autre maître que vous. Rompez mes chaînes, et dëlivrez-moi de la servitude injuste et cruelle oii me retiennent mes cnpiditës. Mon cœur n'est tout ce qu'il est que pour vous. Ne permettez pas que la vanitë, l'a^iour-propre, la sensualité, la paresse, la colère, ces dieux étraneers , le partagent , ou plutôt le dérobent à l'empire de votre amour; car je sens que de partager mon cœur entre vous et moi, c'est vous Tôter , et que vous voulez de moi tout ou rien. O mon Dîeul mon tout! ô le Dieu de mon cœur! soyez mon partage dans Féternité. Ainsi soit-il.