‹ Imitation de Jésus-Christ;Chapitre 70 sur 190 · LIVRE IIÏ\ CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE IIÏ\ CHAP. V

tez-moi souvent, et m'enseignez votre sainte loi.

Délivrez-moi des passions mauvaises, et guérissez mon cœur de toute affection déréglée ; afin qu'étant bien guéri et purifié au-dedans , je devienne propre à vous aimer, courageux pour souffrir, et ferme pour persévérer.

5. L'amour est une grande chose; c'est un bien tout-à-fait grand. Lui seul rend léger tout ce qu il y a de pesant , et supporte avec égalité les inégalités de la vie: car il porte un poids sans en être chargé , et il rend doux et agréable ce qui est amer.

L'amour de Jésus est noble; il nous pousse aux grandes actions , et nous excite à désirer toujours ce quil y a de plus parfait.

L'amour tend toujours en haut , et ne veut point être retenu par aucune des choses d'ici-bas. L'amour veut être libre et dégagé de toutes les affections mondaines , de peur qu'elles n'arrêtent ses regards intérieurs vers Dieu ; de peur que quelque avantage temporel ne l'embarrasse, ou que quelque incommodité ne l'abatte.

Il n'y a rien au Ciel et sur la terre de plus doux que l'amour , rien de plus fort, de plus élevé, de plus étendu, de plus agréable , de plus rempli , ni de meilleur ; parce que l'amour est né de

Dieu , et qu'il ne peut trouver de repos qu'en Dieu , en s'élevant aù-^dessus 4e toutes les choses créées.

4* Celui qui aime, Tole, court, et est dans la joie ; il est libre , et rien ne le retient.

Il donne le tout pour le tout , et pos-^ sède tout dans le tout; parce qu'il se repose au-dessus de toutes choses dans le seul et souverain bien , d'où découlent et procèdent tous les autres biens. Il né ri^arde pas au3^ dons ; mais il s'élève audessus de tous les biens, pour ne voir que celui qui les donne.

Souvent l'amour ne garde point de mesure ; mais son ardeur l'emporte audelà de toute mesure.

L'amour ne sent point sa charge, il ne compte point le travail , il veut faire plus quil ne peut, et ne s'excuse point sur l'impossibilité, parce qu'il croit que tout lui est parinis et possible. Ainsi ii est capable de tout; et cependant que celui qui n'aime point, s'abat et se décourage , celui-là exécute bien des choses , et les achève.

5. L'amour veille , et ne dort pas même pendant le sommeil. Il n'est pas las^ quoiqu'il se fatigue ; pressé par l'affliction , il ne laisse pas que d'être au large; il est troublé, et n'est point dans le trouble: mais, comme une vive flamme et un flambeau ardent, il se fait passage en haut, et y monte sans obstacle.

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Celui qui aime connaît la force de ce mot d'amour. C est un grand cri , et qui va jusqu'aux oreilles de Dieu , que cette ardente affection d'une âme qui lui dit : Mon Dieu , mon . amour , vous êtes tout à moi , et je suis tout à vous.

6. Faites-moi croître en amour, afin que j'apprenne à goûter intérieurement combien il est doux de vous aimer, et de se fondre et se noyer dans votre amour<

Que je sois saisi de votre amour, et que je m'élève au-dessus de moi-même , par un transport de ferveur et de ravissement.

Que je chante un cantique d'amour; que je vous suive en haut, ô mon bicnaimé ! et que mon âme , en poussant des cris de joie et d'amour, manque de force et de voix pour vous louer.

Que je vous aime plus que moi-même , que je ne m'aime que pour vous , et que j'aime en vous tous ceux qui vous aiment véritablement, ainsi que l'ordonne la loi de l'amour, par laquelle vous nous éclairez.

7. L'amour est actif, sincère , pieux , gai et agréable ; il est fort , il est patient , il est fidèle , il est prudent , il est persévérant, il est courageux, et ne se cherche jamais lui-même: car « dès qu'on se cherche soi-même , on cesse d'aimer.

L'amour est circonspect, humble et équitable ; il n'est ni lâche , . ni léger ; il

-3TTJ I7IMITATION DE J.-C.

ne s'arrête point â des choses vaines; il est tempérant, il est chaste, il est ferme , il est tranquille, et il fait bonne garde à tous ses sens.

L amour est soumis et obéissant aux supérieurs , et il est vil et méprisable à lui-même ; et il est dévot et reconnaissant envers Dieu, en qui il met toujours sa confiance et son espoir, lors même qu'il est sans goût pour Dieu : parce que la vie de l'amour ne se passe point sans souffrances.

8. Celui qui n'est pas disposé à souffrir toutes choses, et à se conformer entièrement à la volonté de son Bicn-Airné , ne mérite pas le nom d'amant.

Il faut que celui qui aime, embrasse avec plaisir les choses les plus pénibles et les plus amères pour l'amour de son Bien-Aimé , et qu'il ne se détourne point de lui, quelque chose de contraire qui arrive.

PRATiQUE.

Qui pourrait jamais ou concevoir ou expliquer les effets merveilleux de Tamour de Dieu dans un cœur fidèle à ses impressions et à ses épreuves? II vaut mieux les sentir que de les dire ; et il est plus parfait de les pratiquer que de les sentir. Que ne fait pas Tamour de Dieu , quand il est vif, solide et constant dans une âme ëprise des beautés et des bontés de son Dieu ,lBt possédée de l'ardeur de sa charité sainte ? Elle pense souvent à lui , car on ne peut oublier ce que l'on aime ; elle fait tout pour lui plaire , elle souffre tout pour son amour , elle évite avec soin les fautes involontaires les plus légères : car comment aimer Dieu , et vouloir lui déplaire ? Elle souhaite à Dieu tout le bien qu'il possède et qu'il est j elle voudrait que tous

les cœurs des hommes ne fussent qu'un cœur , et que

voudrait lui procurer, aux dépens de sa vie et de son être même , quelque surcroît de bonheur et de satisfaction, s'il en était capable; elle ne se peut consoler de sa perte; elle 3onpire incessamment après le bonheur de le voir ; elle regarde la vie comme un exil que la seule volonté de son Dieu lui rend supportable ; elle regarde avec joie la morl, comme le seul moyen de le posséder, et de ne l'offenser jamais; elle brûle d'un feu secret, vif et ardent, qui la consume devant Dieu, en Dieii et pour Dieu; elle n'est plus à elle , mais à celui qu'elle aime plus qu'elle-même ; elle cherche , elle trouve , elle voit partout son Dieu Sa joie et sa félicité , en ce monde, est de souffrir , de se détruire , de se renoncer , de s'éteindre et de mourir à tout' ce qui est sensible, pour gagner le cœur de son Dieu. Elle croit, elle espère , elle aime souverainement, par le respect , l'estime , et l'attachement qu'elle a pour l'Auteur de sa foi , de son espérance et de son amour. Dieu est , dit-elle , et cela me suffit pour mon bonheur, ma consolation et ma joie. Dieu mérite qu'on le serve; il veut que je fasse ou que je souffre telle ou telle chose pour lui : J.-C. l'a bien voulu faire et souffrir pour moi. Voilà le motif qui la fait agir et souffrir. Elle ne se conteilte pas de se soumettre en tout aux ordres de son Dieu ; mais elle sert ses inclinations , et elle se ffiit une loi de son bon plaisir. En un mot, vme âme qui aime son Dieu ne vit plus ; mais c'est Dieu qui vit eu elle.

PRIJÈRE.

Faut-il , Seigneur , que vous , qui êtes infiniment aimable, et qui nous aimez infiniment, faut-il que nous ayons si peu d'amour pour vous? Ranimez dans nos cœurs ce feu de la chanté sainte que vous avez apportez du Ciel sur la terre , 6 mon Sauveur ! et dont vous voulez qu'ils brûlent. Fajtes qu'insensibles ou indifférens pour toutes les créatures, nous n'ayons de Tardeur ou de l'attachement que pour vous seul; et que, toujours disposés k tout souffrir et à tout perdre , plutôt que de perdre un moment votre amour , nous vous aimions préférablement à toutes choses, et

que tout nous soit moins considërable que vous. Goii<servez en nous cet amour habituel pour vous, qui est la grâce sanctifiante ; inspirez-nous cet amour actuel ^ dont toutes nos actions soient animées. Donnez-nous cet amour perpétuel, qui, nous fai^nt vivre pour vous et par vous^ nous procure le bonheur de mourir dans l'exercice de votre amour, pour le continuer dans Fëternitë bienheureuse. Ainsi soit-il.

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