LIVRE m. CHAP. jftc
Comment peut-on l'appeler ^ie, elle qui engendre tant de morts et tant de corruptions? Et cependant on l'akne, et plusieurs cherchent à y établir leurs plaisirs.
On reproche assez souvent au monde qu il est yain et trompeur , et néanmoins on ne le quitte pas aisément , parce que les désirs déréglés de la chair ont trop d'empire.
Mais s'il y a des choses qui nous invitent à aimer le monde , il en est d'autres qui nous incitent à le mépriser. La concu^ jMcence de la chavt, la conau/piscence des yeViic , et VorgueU de la vie ( 1 . Joan. s. 16 ), nous portent à aimer le monde; mais les peines etles misères quiles suivent par une juste punition font naître pour lui de la haine et du dégoûL
5. Mais ( ô malheur déplorable 1 ) un faux plaisir l'emporte dans une âme dévouée au monde : eUe regarde comme des déUces ies épines qui ia déehi^ reni ( Job. 3o. 7 ) , parce qu'elle n'a ni connu ni goûté la douceur de Dieu, et les agrémens intérieurs de la vertu. Ceux au contraire qui ont un parfait mépris pour le monde , et qui s'efforcent de vivre à Dieu sous une sainte discipline , savent quelle est cette divine douceur promise au vrai renoncement ; et ils en voient mieux les égaremens grossiers du monde, et les diverses illusions auxquelles le monde est sujet.
PRATIQUE
Ii< ne sufEtpas de sentir et de connaître sa faiblesse , ' ses miçères, et le danger perpétuel où Ton est de suivre ses passions, et de se perdre; il faut encore à*en humilier devant Dieu, recourir à lui avec confiance, gémir incessamment des peines de notre exil, se rejeter et s'appuyer sur la bonté de Dieu , retourner à lui dès qu'on est tombé , se relever après ses chutes , et ne pas demeurer dans l'état de péché, de tiédeur ou d'infidélité oii notre faiblesse lious engage.
Cette vie est si pleine de tentations , de peines et de misères, qu'elle devient insupportable à une âme qui aime.son Dieu, et qui craint ae l'ofienser. Le moyen de vivre , s'écrie- t-el le , sans pécher! mais le moyen de pécher et de vivre ! Quoi! toujours tomber , toujours se relever, toajours dombâtire ses passions, et toujours résister aux désirs déréglés de son cœur ! Ce n'est pas là vivre, c'est mourir incessammetat. Ne nous lassons point de réprimer , de combattre et de vaincre nos 'passions dominantes, puisque c'est en cela que consiste le mérite d'une vie surnaturelle et digne du Ciel.
PRIÈRE
Je vous avoue , ô mon Dieu î que la vie me serait à charge, si je n'y trouvais à souffrir et à souffrir pour vous. Agréez donc q^ie , lassa de moi-même , et fatigué des misères de cette vie, je les remette, ces misères, dans n cœur plein de miséricordes comme est le vôtre, afin que vous ayez la bonté de me soutenir^ et dé me donner la patience à me souffrir mqi-n^éme, et l.a fidélité à vous servir. Ainsi soit^il.