LIVRE IX. CHAP. VII
Si je m'estime quelque chose de’plus, :vous vous'élevez contre moi,’ et mes péchés rendent un témoignage qu’il m'est ‘impossi-
ble de: contredire: Mais si je m'abaisse et m'anéantis,'si je perds tout sentiment propre; Ê je me réduis dans la poussière, qui est mon partage, votre grâce me sera favorable, votre lumière s'approchera de ‘moï, ét toute estime de moi-même, quélque petite qu'elle soit, sera abimée pour toujours dans mon néant.
: C’ést à quevous me montrerez à moi:même, que vous me faites voir: ce que’je suis, ce que j'ai été,et l'état où: je suis tombé: car je ne suis rien, et je ne ie. savais pas: (Ps. Exxn; 24.)
Si:vous m'abandonnez à moimême, je suis la farblesse même ; je ne suis rien ; mais dès que
vous me regardez, je me sens aussitôt fortifié et rempli d'une nouvelle joie. Et c'est une chose admirable, que je sois relevé sitôt, et que vous m'embrassiez avec tant d'amour, moi qui par mon propre poids suis toujours emporté vers la terre.
2. C’est l'effet de votre amour qui me prévient gratuitement, qui m'’assiste en tant de besoins, qui me préserve des plus grands périls, qui me délivre enfin d’une infinité de maux. Car je me suis perdu par un amour déréglé de moi-même; mais en ne cherchant que vous seui, et vous aimant d'une affection pure, je vous ai trouvé, et je me suis trouvé, et votre amour m'a fait rentrer plus profondément dans mon néant, parce que votre extrême douceur fait pour moi plus que je ne mé-
LIVRE III. CHAP. VII 200 rite, et plus que je n'oserais espérer ni demander.
3. Soyez béni, mon Dieu, parce qu'encore que je sois indigne de toute grâce, votre générosité et votre bonté infinies ne cessent jamais de faire du bien aux ingrats mêmes, et à ceux qui se sont le plus éloignés de vous.
Faites-nous retourner à vous, afin que nous deveniors reconnaissants, humbles et dévots,
parce que vous êtes notre salut, notre vertu et notre force.
PRATIQUE
Lorsqu'on a quelque sentiment de vanité et de complaisance sur soi-même, il ne faut que considérer le fonds inépuisable de sa corruption, et comme entrer dans l'abime de ses misères, pour étouffer ce mouvement d'orgueil
dès sa: naissance. Car: comment Jourrait-on se représenter cêite impuissance universelle qu'on à pour le bien, ce penchant mauvais et cet empottement vers le mal, cet aveugleiment de notre esprit et: cette malice de notre eœur, cette fureur des passions toujours révoltées contre la raison : en ‘un mot, comment pourrait-on se représenter ce que l’on est, et ce que l'on sent être, sans se mépriser et s’humilier au-dessous de toutes les créatures ? Eh !
qu'il est vrai que d'avoir pour soi de l’estime, c'est se méconnaitre et s'oublier!
Ne souffrez pas, Seigneur, que notre orgueil nous dérobe la vue et le sentiment de nos misères.
Obligez-nous, en faisant justice et à vous et à nous-mêmes, de vous
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