CHAPITRE XLI Du mépris de tous les honneurs temporels
4. Jésus-Curisr. — Mon fils, ne vous affligez point si vous voyez qu'on honore et qu'on élèveles autres pendant qu'on vous méprise et qu on vor:s abaisse. Elevez votre cœur vers moi au ciel, et ne vous attristez point du mépris qu'ont pour vous les hommes ici-bas.
2. Le Finëse. — Seigneur, nous sommes dans l'aveuglement, et la vanité nous a bientôt séduits. A me bien considérer, aucune créature ne m'a jamais fait d’injustice, etije n'ai point de juste sujet de me piaindre de vous. Au contraire,vousayant souventet grièvement offensé,toutes les creatures oi t raison de s’armer contre moi.
La confusion et le mépris me sont donc justement dus, et à vous appartiennent la louange, l'honneur et la gloire. Et si je ne me dispose à vouloir de bon cœur être méprisé et abandonné de toutes les créatures, et n'être compté pour rien, je ne puis acquérir ia paix et la stabilité intérieure, je ne puis être éclairé spirituellement, ni vous être parfaitement uni.
PRATIQUE
Le regard de Dieu sur nous doit nous imprimer un profond vespect pour lui ; et le regard de notre âme vers Dieu doit nous inspirer une parfaite confiance en lui. Dieu me regarde : comment l'offenser en : pensant à lui? Je regarde Dieu ; comment me décourager en pensant à lui ? Dieu est: cela suffit pour consoler dans
me t à ge, » ne eur ouipté r ia , je Îleent
LIVRE Il. CHAP. XLI 475 tous les déplaisirs une âme vraiment chrétienne, parce qu'elle doit l'aimer plus pour lui que pour elle.
C'est dans votre Cœur sacré, ô mon Jésus ! que je veux vivre ; c'est là que je veux mourir ; c'est dans cet abime de vos miséricordes que je jette toutes mes misères ; et quelque grands que soient mes péchés, je sais que votre Cœur est disposé à me ies pardonner, dès que jé suis résolu de les quitter. Oui, Seigneur, à cause dé votre saint nom, nom de Sauveur et de Père, vous me pardonnerez mon péché, parce qu’il est grand : et que, plus il est grand, plus vous ferez éclater, en me pardonnant, la grandeur de ves miséricordes. Ainsi soit-il.
ss sttttttttttttttttal CHAPITRE XLII
Qu'il ne faut pas établir sa'paix dans les hommes,
1. Jésus-Carisr. — Mon fils, si vous mettez votre paix dans une personne parce qu'elle a rapport à votre. humeur et que vous vivez aisément ensemble, vous serez dans l'instabilité et dans l'embarras ; mais si vous avez recours à la vérité, laquelle vit et subsiste éternellement, l'éloignement ou la mort d’un ami ne vous plongera point dans la tristesse.
C’est en moi que doit être établie l'amitié que vous avez pour un ami ; c'est pour moi que vous devez aimer tous ceux qui vous paraissent vertueux, et qui vous sont chers en cette vie, Sans moi toute amitié n’est ni bonne, ni durable et toute affection dont je
LIVRE II. CHAP. XLII 477 ne suis pas le lien n'est ni vérilable ni pure.
Vous devriez être. tellement mort à ces tendres affections humaines, qu’autant qu'il dépend de vous, vous souhaitassiez d'être privé detoutcommerce des hommes.
Plus l’homme s'éloigne des consolations de la terre, plus ii s'approche de Dieu ; et il s'élève d'autant plus vers Dieu qu'ii s'abaisse plus profondément en luiméme, et qu'il se regarde avec plus de mépris.
2, Celui, au contraire, qui s'attribue quelque bien, empêche que la grâce de Dieu ne vienne en lui, parce que lagrâce du Saint-Esprit cherchetoujours un cœur humble.
Si vous saviez vous anéantir parfaitement et vous dégager de tout attachement aux choses créées, alors j'aurais lieu de ré-
478 IMITATION DE JÉSUS-CHRIST pandre mes grâces avec abondance sur vous. Quand vous arrétez vos regards ’sur ‘les créatures, vous vous privez de ta vue du Créateur.
‘Apprenez, ‘pour Famour du Créatéur;, à vous vaincre en tout, vous serez’ alors: eüpable d'atteindre à H'econnäissanée divine.
Quelque petite que soit une chose, Si on la regarde et si on l'âime avec détêglernent, elle éloigne du
souveraiti bien ‘et souille l'âme.
7 PRATIQUE
Plus on 'descend'dans l'abime de sôh néant, plus ôn s'élève dans le seïni du Créateur : c'est-à-dire, dans la’ pratique, qu'it faut se tenir pétit, humble-et dépendant de Dieu, ‘pour s'établir en lui’; ‘que plus ‘ôn sent dé nrisères en Soi, plüson les doit porteret les perdre dans le'seïn de'la miséricorde de
LIVRE III. CHAP. XLII 479 Dieu; que moins on voit de bien en s0i,-plus il faut s’humilier devant Dieu en attendant tout de sa bonté ; que le cœur de l’homme ne doit s'attacher qu’à son Dieu, à son devoir et à son salut, et qu'il doit tâcher de n'aimer que ce qu'il aimera toujours, de commencer de faire dans le temps ce qu'il fera dans l'éternité.
à PRIÈRE
Faites, 6 mon Dieu ! que mon cœur, quin'ést fait que pour vous, ne s'attache plus qu'à vous ; que, tibrede touteattache à la créature, il rapporte tout à vous, et qu'en toutes choses il ne cherche que vous. Oui, Seigneur, je sens bien ce que vousdisait saint Augustin, que vous êtes le centre de nos cœurs, parce que vous en êtes la fin derzière et: le souverain bien ; et
qu’ainsi ils sont toujoursdans l'inquiétude jusqu'à ce qu'ils reposent, en vous, c'est-à-dire. qu'ils aient pour vous. ce que nous vous demandons,unattachement fidèle, souverain et.constant., Ainsi s.-il.