‹ Immoralité du mariageChapitre 2 sur 2 · IS · texte numérisé non relu

IS

<(iio nous voulons fnivo fessci-, et nous avons conscioncc «Tavoir la moi'alc pouinous. 1 1)

I/lu)inni(> viMif se payer' (\o la <'liaii' vierge. (Test, pourifuoi il maintient la l'nlufe leninie dans ri-ïnorance, et ])()ur([uoi il a attaché le (loslionneui- au <!on (relle-menie lioi-s «lu niariaw léiral. I/aniour libre est une honte pour la lemnie — mais non ])as poui' TIkuh-, me — , à peu jirès comme la paresse est un viee pour le pauvre — mais non ]ias pour le riche. L'un et l'autre trans^i-essent. ])ailà, la corvée imi)os«'e, filoutent leur |)roi)i'iétaire. Kt la fureur de celui-ci se conçoit. Propriétaire : le mari n'est pas autre chose pour la femme. Propriétaire de son corps, de sa pudeur, de son cerveau, de sa liberté, de son salaire, de sa foi-tune, (2) de son nom, de ses entants, des enfants même qu'elle peut avoir d'un autre ! (3) Propriétaire de toute sa personnalité, en un mot. Quel est Tesclavage, physique et moral, qui a jamais été aussi t'-rrible, aussi incroyahlenu'iit terrible que celui-là .''

(1) Choz k's Afghans, la IVimup est une chose teMonicnt vi nrxle, qne la veieiir « fille « est. devenne un • imité monétaire, soit soixante roupies. « {IHfli-mnnaire des scienrex (iidliroj.otii^iiurx : art. l'vmii.es], La feiiiirie l'nt si bien un objet de consommation, qne b.-ancoup de priiMitils luanfreni 'Ht. mangent encore leurs femmes. Enfin, elle est encore considérée presque partout comme une béte de somme : c', st A elle qne sont dévolns 1. s tr:,vanx les phis ennuyeux, les plus sales, | arfo-s les |ilns pénibles.

(2) « Le inari seul a l'administration ucs biens dotaux. » {Code cwtl. art. 1549), « I.e mari administn? seul les biens d- la communauté. » (.\rt 1421). Drôle de coiumunauti' .' « le mari a l'adii:inistration ùe tous les biens personnels de la femme, j (.\rt. lt2S.)

(3) C'est lin axiome du droit que : h inirr els ijiieiii iiiij (iie dcimiiis- Irant ; — anlrém.-nt dit ; le p.-rc. c'est le mari.

Nom, famille, liberté, en se mariant la jeune femme a tout perdu. Il lui faut suivre son suzerain partout où il lui plaît d'aller. I/expression commune est bien vraie : son seigneur et maître. Elle qui croyait, ce faisant, devenir libre ! Pauvrette ! Non seulement elle n'est plus Isabelle Ripaton, je suppose ; elle n'est pas même Isabelle Groquenot ; mais bien : M""^ Athanase Croquenot. Ce simple changement de mots, où elle perd jusqu'à son prénom, où elle semble perdre jusqu'à son sexe, indique bien qu'en entrant dans le mariage, elle a cessé d'exister individuellement, pour devenir la chose d' Athanase Croquenot. Mariée, la femme n'est plus une personne ; c'est une dépendance, une annexe du mari.

Gomment s'étonner dès lors qu'il ait droit de vie et de mort sur elle ? (d) Gomment s'étonner que, faits de ses fatigues et de ses souffrances à elle, les enfants appartiennent à lui seul ?. (2) S'ils devaient être à quelqu'un, c'est pourtant bien à la mère. Le matriarcat est le jilus logi(fue de tous les groupements làmiliaux.

Veuve, va-t-elle ]»ouvoir se i-eprcndi-e, être enfin une personne ^ Pas beaucoup plus. F'Ue sera asservie par les fils, représentants (les droits du mari, héritiers du chef de famille. Elle sei-a toujours Mme Vve un tel ;

(1) Dans le cas d'ailult«re, le meurtre culninis jiar lV|ioiix sur son épouse, ainsi que sur lu complice, à l'instant où il 1rs surprend en flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable. « (Code /.étiut, art. 324). Et toujours pas de réciproi;uft I

(2l ■ La père seul exerce l'autorité sur rciiCant. :■ Ci.de liril. art. ^'/M C'est pourijuoi les cnlants aiinc-nl mii-ux leur mutu.

elle ne sera jamais : une telle. Tout ce ([u'elle pourra faire, pour effacer les traces (les anciennes chaînes, ce sera de se remettre sous un nouveau joug. Hélas !

Gbntract tinancier pour tenir en respect les gredineries possibles des deux conjoints, pour rassurer les sourdes méfiances des deux chéris, la vraie raison d'être du mariage, c'est l'argent. Guerre à l'argent ! Lui mort, le mariage n'a plus de motif d'exister. Que les riches continuent .donc d'associer leurs écus, rien de plus naturel ; mais les pauvres... qui les pousse à s'asservir ainsi, si non l'amour même de l'esclavage ?

Ah ! il y a le divorce. On a fini par comprendre qu'il n'était peut-être pas très humain de laisser une victime éternellement liée â son tourmenteur. Et Ton a spécifié les cas où elle pourrait, après d'interminables contestations, rompre ses fers. Hors ces cas-là, prévus et numérotes, s'unir à un autre homme, c'est pour elle l'infamie, le « crime de lèse-société», comme ditProudhon (i), fâcheusement inspiré le jour où il a trouvé ça. Mais il suffit que des gens à favoris ou glabres en aient décidé du fond de leur cabinet, pour qu'elle puisse soudain, le front haut, s'unir à un autre gentleman, s'exiitei- avec lui à des repeuplements patrioti([ues, avec Tapprobation de tous les honnêtes gens. Ce qui, avant la sentence, était un devoir visà-vîs du premier monsieur, serait à présent une forfaiture. Ce qui eût été une ijinominie vis-à-vis du second gentleman, est maintenant

(1) L'atlviUire est im criiue de les^'-societe, [Qii'^'sl-te ./»e lu /'-•.», flété ? l-age -221)).

iino obligation. Ce qui hier était blanc, aujourd'hui est noir. Arrangez cela comme vous pourrez, et retrouvez-vous, si c'est possible, dans ce petit jeu de passe-passe, dans ce mic-mac moralisateur, dans ce fouillis archilégal où, comme disent les paysans, un cochon ne retrouverait pas ses petits. Peuton ne pas hausser les épaules devant tant <le puérilité ? Il y a cependant, paraît-il, des gens qui prennent tout cela au sérieux, qui attachent de l'importance aux lois.

N'importe. Le divorce est un progrès .je le veux bien. Au moins dans l'opinion. On comprend que le mariage peut se rompre, que tout serment est un mensonge. G"est toujours cela de gagne. Mais pourquoi cet essai timide, vite enrayé par les restrictions et les réglementations ? Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout ? Permettre à l'Etat de s'immiscer en des questions d'une intimité telle, lui livrer tous ses secrets d'alcôve, toutes ses pudeurs, le laisser interroger, enquêter, examiner, soupeser, discuter, épiloguer et rendre, sans rire ou sans rougir ses oracles malpropres, voilà la véritable infamie, la honte plus honteuse que tout, devant quoi le cœur se soulève et la morale se révolte. Vos faiblesses et vos tendresses, o femmes, le cher mystère de vos existences, tout cela est désormais connu, inscrit, paraphé, annoté, copié, conservé dans des dossiers qui serviront de lecture erotique à messieurs les bureaucrates, durant leurs heures de loisir. iN'e voulez-vous i>a.s reprendre votre

dignité, étalée ainsi en public, arracher votre pudeur des mains de ces goujats ? Ne voulez-vous pas cesser d'être des machines à fornication patentée, de la viande à mâle brevetée, qu'on numérote, toise et surveille ainsi que des tilles en maison ? L'amour... voilà ce que les gouvernements en on fait: quelque chose qui se catalogue dans des registres, qui s'obtient sur du papier timbré» comme un permis de chasse. Hélas [ depuis que la terre tourne, les dogmes de toutes les Eglises, les codes de tous les Etats ont râflé la femme dans le filet de leur prostitution. Pour sortir à jamais de cette boue nauséeuse, pour sauver votre pudeur de ce cloaque, il ne faudrait qu'une chose, ô femmes : la lilicrté.

La morale publique, c'est celle qii'oti a itiise en cane.

Kelix PYAT.

Le mariage est une pure hypocrisie. Jetez les yeux autour de vous et rendez-vous compte : le mariage est monogamique et monoandrique, mais les mœurs sont tout le contraire. Pour Fliomme, cela ne fait pas de doute. Avant le mariage tout au moins, sa polygamie est quasi officielle. Pourvu qu'elles n^atteignent point au scandale, le monde, l'Eglise elle-même ferment les yeux sur les polissonneries du sexe fort. Un jeune homme qui se cespecte doit avoir eu plusieurs maîtresses ; et j'en sai-s qui changent de femelle plus souvent certes que de chemise. En quoi cette polygamie effrénée diffère t-elle du harem des Orientaux ? Vous me direz que l'Européen épouse ses Icnilues suecei-sivement. Je répète : ou est la différence ? Ne nous payons pas de mots : un Turc, fût-il fort comme trois turcs, et ii'eùt-il que dix femmes, ne me fera jamais croire qu'il les ait toutes à la fois.

Après le mariaj?e, c'est, le pins souvent, la mémo chose. Avec une sourdine cependant. Il y a des maris fidèles, si'upuleuscraent fidèles. Saluons les ! Mais la plupart n'ont pas cet héroïsme ; la plupart ne se font pas faute, quand Toccasion s'en présente, de s^ofïVir un petit extra. Les bonnes raisons ne manquent pas : voyage, absence, indisposition,... au besoin on en crée. Ce n'est pas l'embarras. Pour le ^rand ji ombre des maris, l'épouse n'est jamais que la favorite. Quand encore elle l'est.

On dira ce que Ton voudra ; mais un homme n'evit-il connu que deux femmes dans toute sou existence, cet homme-là est polyirame.

Faite par les hommes, l'opinion est beaucoup plus rigoureuse à l'égard de la vertu féminine. On sait la sévérité de la morale bourgeoise et religieuse pour ce qu'elle appelle la faute de la femme. Il n'y va pas moins que du déshonneur. Et pourtant...

le sexe fort ne peut user de son privilège, courir de la brune à la blonde, qu'à condition que l'autre sexe en fasse autant. Pourquoi donc un tel courroux ? Ça ne s'explique pas, mais c'est ainsi. Le sentiment est général. Encore qu'il y ait des accomodements avec le ciel de lit, et qu'une bonne dot soit pour apaiser bien des scrupules, la plupart des jeunes gens en quête d'épouse répugnent à prendre une jeune fille experte. Et le bon peuple crie haro sur les filles-mères. Malgré cela, le nombre de jeunes personnes ayant fauté avant l'hy-

mon, est considérable. S'il y a tant de taches avouées, combien ne doit-il pas y en avoir de clandestines ? Il est permis de se le demander.

Et s'il en est ainsi avant le mariage, ffu'est-ce après ? je vous le laisse à penser. Etant donnée la réprobation qui s'attache à ce penre de sport, vous pensez bien que les épouses infidèles ne sont pas pressées d'aller crier cela sur les toits. Elles entourent leur équipée de toutes les précautions imaginables ; et l'on sait que le cerveau de la femme, avili par des siècles d'esclavage, est fertile en ruses. Ajoutez que. dans la plupart des cas, les maris eux-mêmes, ou les (amilles, se hâtent d'étouffer le scandale et d'étendre, sur leur respectabilité en déroute, un voile propice. C'est assez dire que les adultères qu'on découvre doivent être l'intime minorité. Or, ils encombrent les laits-divers ; ils sont la pâture journalièie des ccmmèies et des concierges. Quel doit donc être le nombre des irrcjiularités conjugales ignorées ! Ecrasant.

Je commence à croire que la polyandrie est assez répandue chez les dames ; et le mot de Montaigne me vient à l'esprit : « Les l(mmes donnent leurs appâts à médiciner difficilement, mais à garçonner tant qu'on veut. » Je ne parle pas des prostituées, parce que neuf fois sur dix, elles ne sont polyandres que par nécessité. Mais je vais plus loin. S'il y a déshonneur pour une femme à connaître deux hommes, ainsi que l'enseigne le guide du parfait moraliste.

la vonvo se déshonore on so remariant.

Quant on prend de la vertu, on n'en saurait trop prendre ; et il faut pousser ses principes jusqu'au bout. C'est mon avis. Néanmoins, les plus vertueuses dames ne voient point d'inconvénient à se remarier étant veuves. Pourvu que soit sauvegardée la Forme, elles ne voient point de honte à eoucher successivement avec deux hommes, ou trois, ou quatre. Autant dire avec cent mille hommes, car la morale ne peut être une question de chiffres. Et si vous accordez qu'une femme puisse changer de mâle tous les di.K ans, vous devez admettre qu'elle en puivSse changer toutes les dix heures. Je ne vois pas qu'il y ait entre ces deux cas la moinde différence, si ce n'est dans la psychologie de notre héroïne- Mais cela ne regarde qu'elle. Le fait matériel reste le même.

De vrai, la monogamie et la monoandrie sont contre nature. Elles tombent devant ce simple fait qu'il n'y a jamais, à un moment donné, un nombre égal d'individus des deux sexes. Force est bien au surplus de chercher ces partenaires parmi ceux ou celles déjà en puissance de conjoint. Au moins pour quelques membres de la société, il y a nécessairemnt partage. De quel droit leur ferait-on un crime de ce qui n'est que le résultat impérieux des circonstances ? Et c'est ici que se manifeste la parfaite inutilité des lois. Depuis qu'elles existent, les rédementations matrimoniales et autres n'ont jamais empêché les indi-

Aldus de suivre leurs passions ; elles se bornent à les rendre plus malheureux, à. leur imputer des crimes qui n'existent que dans l'imagination dépi'avêe des législateurs, à les torturer dans leur pensée et dans leur chair pour s'être laissés aller à la douce joie de vivre. Il ne faut plus qu'il en soit ainsi. Il ne faut plus que le bonheur de chacun de nous soit à la merci d'une poignée de Tous et de gâteux.

S'ils est une chose qui doive être, avant toute autre, d'ordre privé, il semble bien que ce soit l'amour. Tellement délicats et spéciaux sont les rapports sexuels, qu'on hésite à on parler. De quel front l'Etat ose-t-il bien intervenir dans ces sortes de choses, de sa patte lourde et sale écarter les draps ? L'Etat, c'est le grand voyeur. Ce malotru se croit tout permis. Bientôt, pour peu que les collectivistes s'en mêlent, il aura, n'en doutons pas, un œil au fond de tous les pots de chambre, et vous verrez que nous serons enjoints, sous peine de mort, lie ne nous torcher qu'avec du papier timbré à ses armes, Notre patience est forte, mais on en abuse.

Cette prétention de vouloir régir les moindres actes de la vie des gens, est ri sible, quand elle n'est pas abominable. O morale, que de crimes on commet en ton nom ! Dans les choses de l'amour, plus que partout ailleurs, cette prétention est absurde. De grâce, laissons la morale tranquille, et ne mettons pas la vertu dans des endroits ou elle n'a que faire. La morale, c'est de

n'opprimer personne ; la vertu, c'est do respecter la liberté d'antrui. Qu'il plaise aux f^ens de s'accoupler définitivement ou provisoirement, c'est leur affaire. Gela ne regarde personne. Gela ne regarde surtout pas l'Ktat.

Qu'on le sache, la morale n'a rien à voir dans les relations sexuelle?. L'amour est une fonction physiologique, comme de manger ou d'excréter. G'est un acte indifférent, qui ne comporte en soi, ni honneur ni déshonneur ; et il n'y a pas plus de honte à frotter son ventre contre le ventre de A ou B, qu'il n'y en a à choquer son verre contre celui de X ou Z : « L'amour n'a pas une importance autre que le manger ou la marche. Seules des mœurs barbares, établies sur le principe de l'esclavage de la femme, propriété du mâle, purent forfaire à cette vérité. Gomme on apaiise, à son gré, les appétits de l'estomac et les besoins de locomotion, ceux-ci ne prirent point, dans la vie humaine, la ■olace absurde qu'y tient la luxure, chose défendue, rendue mystérieuse, illicite, par les lois de vingt siècles accordant à un mâle la propriété absolue sur la femelle conquise, ou la réservant, dès le berceau, pour ce maître seul. L'amour garde, dans les imagination>, la suprématie parce qu'il suscita les révoltes, les excès et les passions emp!iati[ue>, toujours en rumeur autour d'une loi restrictive des appétits humains. Les premiers vainqueurs barbares s'attribuèrent le droit de dispenser la vie, la faim et l'amour.

L'iuimaniti^ a roeonquis son droit à la vie. Lp prolétariat i-ceonquiert son droit à la nutrition. Los peuples finiront par reconquérir le droit de reproduction. » (1)

Où la morale apparaît outragée, c'est quand l'amour cesse d'être libre, quand il devient une corvée imposée à l'individti, soit par un autre individu comme dans le cas de viol, soit par les conventions sociales comme cela a lieu la plupart du temps aujourd'hui : .jeunes filles que la diflîculté de fra^nier leur vie oblige à se vendre ^par la prostitution ou par le mariage) ; ouvrières et domestiques se prêtant aux caprices du patron pour ne pas perdre leur place, etc.. Ici la morale est blessée : car partout où il y a contrainte, il y a crime.

Après avoir montré que le mariage était odieux, j'ai montré qu'il était inutile, puisqu'il n'empêche pas les mœurs d'être ce qu'elles sont. Ce qu'elles seront un jour, nul ne le sait. L'humanité ayant débuté par la promiscuité, il y a lieu de croire qu'elle tend vers le contraire ; comme elle tend vers la concorde pour avoir débuté par la ïutte. Mais quelles que soient ses destinées, ce ne sont pas les vues étroites de quelques législateurs, ft'uits secs de toutes les professions, ratés de toutes les carrières, qui les lui pourront dicter.

Laissons donc les gens libres d'agir à leur guise, et changer de vis-à-vis toutes les seraaiaas, si ça leur convient. Il y a des

(1) Pyul Abam : L'année île C/.i,iï*f, chap. VllI.

ratures volagos, d'autres constantos. Chacuuo suivra sa voie, celle que lui indique son tempérement ; et, ne se heurtant pas à des barrières stupides, à des réglementations absurdes, le monde n'en ira que mieux.

Mais, au mot de liberté, le troupeau des asservis s'effai'e. Il semble que, privés de leur chère contrainte, ils ne puissent plus vivre, que l'air n'entrera plus dans leurs poumons si le j^endarme du coin n'est là pour y mettre bon ordre ; que la nourriture s'arrêtera dans leur gorge si le magistrat d'en face n'accourt pour dire : Aliments, passez ! L'autorité les a si bien pétris qu'ils ne sauraient plus rien faire sans elle ; et, pareils à la femme de Sganarelle, ils veulent être battus.

Pauvres gens, qui s'imaginent que les lois les protègent ! Est-ce que tous les co- <les de la terre ont jamais empêché un mari volage de délaisser sa femme ? Par contre, ils lui accordent sur elle des droits terribles, et, ceux-là, ils savent les faire respecter. La loi n'est bonne qu'à frapper ; elle est impuissante à consoler et à guérir. Elle est impuissante à changer la nature de l'homme. Heureusement, car ce serait désastreux. Et ne pouvant la changer, elle se contente de jeter sur elle un voiUd'hypocrisie. A quoi bon ? Ce n'est pas de mensonge, mais de sincérité que nous •manquons.

C'est l'esprit de propriété qui fait tout le mal. (1) L'homme ne peut se résoudre à dire

(1) La fidélité conjugale est uae ijuestioa de propriété, nou de morale,

â la femme : « Sois libre ! tu ne m'appaitiens pas ; tu n'appartiens à personne ; tu es à toi seule. » Plus fort que sa compagne, il a cru avantageux de la réduire à l'état de bête de somme, et l'idée ne lui vient pas qu'elle soit quelqu'un. On parle du respect de la femme, mais je ne le vois nulle part. Je vois partout la femme avilie, ravalée aux pires rôles. Les meilleurs d'entre les hommes voient surtout en elle une domestique, une bonne à tout faire (c'est bien ici le mot), qui reprise leurs chaussettes, leur évite les besognes ennuyeuses ou sales, s'occupe de cuisine pendant le jour et soit complaisante pendant la nuit. Plus besoin de payer une bonne et une maîtresse. Désormais, la même assume les deux tâches. C'est une économie. Ménagère ou courtisane ? Les deux. Esclave de toute façon.

Le plus fâcheux de l'afTaire, c'est que, déprimée par la religion et rendue vénale par une si longue servitude, consolée de toutes ^es lionlcs psr des lubans et des verroteries, la femme n'a guère conscience de l'iniquité qui pèse sur elle, et accepte

et ce qiH- nous appelons jalousie n'est ((U'iin instinct rie propriitarisune. l.a meilleure pri\ive. c'e.t que, chez la plupart oes nations sauvages — dépositaires attardés des coutumes de nos ancêtres — la jeune fille est libre de se donner à qoi bon lui sinible. Pourquoi ! Parce qu'elle n'appartient encore il personne. L'ne fois mariée, par ixemple, la fidélité la plus rigoureuse loi est enjointe : le mari a le droit de châtier son udultéro

par le rneurire '.t moins que — maître de maison soucieux de bien

recevoir — il ne la prête lui-ineme à l'ami ou àl'hùte.

La ressemblance de la femme avec un objet possédé est ici entière. Dans nos mo-urs aclnoUes, liUcs de ces maurs primitives, cette ressemblance est atténuée, dissimulée aux yeux par un tas de conventions et de belles paroles ; elle n'en existe pas moins. Et c'est en l'honneur d'une tradition qui nous vient de quels âges préhistoriques, que nos codes européens conservent au mari moderne le droit de vie et de mort des anlhropopilheques sur leurs *pouses.

son soi't assez volontt(n*s., L'argont, qui (lomoralise toutes les actioas hiimaiîaes, per- Toi'tit surtout les relations sexuelles Entre l'amant et l'amante, il vieiat mottrc sort, odeur de pourriture, et les plus désintéressée n'échappent pas complètemeat à sa contagion. Tant que rài'gent existera, n'espél'ez i>as que runîon libre, franche et puie,. soit possible : en dehors du mariage comme a» dedans, l'homme n'a le chofx qu'entre deux rcMes ég-alem.ent malppGpî?es : payeurou payé, entreteneur ou eatretenu, La Société BOUS tient bien ; elle a mis son eareau; de fer sur nos épaules,, et nous dit en rFcanant : Bouge an peu I Impossible à l'honnête homme de virre indemne de toute souillure. ^»'ous ne parvenons à secouer un joug qne pour Fetomber sous un autî'e, et nous n'^évitoii« le mariage que pour cette c-ltose équivoque stifimatisée d'un mot bas r. ie collage.

Cette morale qui no-us étouffe,, ei qui est tout le- contraire de la vraie morale,. qu'est-ce autre eliose que lasupvivance tenace et désespérée d^ préjugé religieux,, avec soft miéprîs menteur pour les joies de la chair? Nous avons ('bas^é Dieu du ciel ; mais il est demeuré parmi nt^us sous la forme de gouvernemeiïL Banissons l'Autorité de la* tepre, et fondons la grande morale humaine, qui n'^a qu'un but .-. le boaheur des individus. « Les Dieux sont morts r et mainte* Bant, BOUS voulons que l'Homme vive ».• (1),

^1) Mietzsciie [Aiiisi jja::lu Ziri-uthustre^.

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