LA CHAPELLE DE BERGK-SUR-MER
Dans la dune sauvage, la richesse naquit sous Tair pur et tonifiant du Nord ; les chalets coquets ou bizarres maintenant se joignent, abris dans les sables pour ceux qui de loin viennent y chercher et retrouver le bien incompensable : la santé. Entre la mer du Nord, nappe d’un vert ocreux, et les longs champs
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enclos de haies et coupés de routes plates qui rappellent les plaines raélaiicoiiques de la Hollande, s’étend la ville irrégulière, où chaque année la foule accourt plus dense ; au lieu des pimpantes charrettes coloriées de la Zélande, trottinent en tous sens des voiturettes attelées d’ânes, chargées ou d’enfants joyeux, ou d’un petit peuple de malades dont la vue n’attriste pas, puisque dans le climat propice la guérison sera proche.
Aujourd’hui, l’art visita la lande pour le complément de sa prospérité ; pour célébrer l’air bienfaisant, la dune jaune hérissée de sa parure bleue d’oyats, et surtout la bonté des êtres charitables dévoués à la o’uérison de ceux
qui prolongent notre vie, deux artistes viennent d’édifier une œuvre dont la renommée inappréciable pour Berck, la bonne, prolongera plus que leur propre souvenir, plus que celui de leur descendance, proclamatrice, dans les générations, d’espoir pour les pauvres et les affligés. Albert Besnard et Besnard ont accompli cet acte de foi qu’est l’ornementation de la
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chapelle de rilô[)iial Caziii ; Avenus plusieurs fois à Berck pour soigner et sauver un enfant malade, iis ont employé les périodes à laisser dans l’oratoire doublement consacré un ex-voto décoratif inspiré des vertus environnantes. Générosité dont seule est susceptible l’âme ouverte qui largement se livre, comme elle est, sans mesurer la peine pour aboutir aux fins de l’entreprise dont elle juge se devoir l’achèvement.
Dans renceiîite de Téglisc des sœurs, je pense aux byzantins, aux ouvriers consciencieux du moyen âge, je pense surtout à la retraite sacrée qui dans Padoue sourit placidement aux siècles et aux peuples qui passent. Pourtant rien de semblable ne s’oiïre à nos regards, car l’individualité prodigue eût été paralysée par les ressouveiiirs ; si la chapelle du Nord évoque en noti'e moi recueilli la })iété des fresques italiennes, c’est (ju’elle })rocure un sentimentd’élévation pareil.
Il seiait téméraire, avant Tachèvement, de })articulariser dans une description les tableaux
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de l’ensemble mural, l’heure en viendra quand dans l’arche silencieuse monteront les murmures de reconnaissance et s’attarderont les contemplations. Une nef allongée se voûte de bois naturels, brillants et cintrés, enchevêtrements de courbes ogivales supportées le long des murailles par la majesté d'anges en robes rutilantes ; une suite de panneaux apposés aux parois s’interrompt sous les anges par les baies de lumière : à gauche, la Douleur, le malade étendu entouré de soins patients — que loin est encore la guérison promise — puis Dieu se manifeste, accompagné des anges terrestres de dévouement que sont les femmes dont l’abnégation sauve ici tant de jeunesse ; la muraille droite est annonciatrice des espoirs, des guérisons, des glorifications. Plus bas, sur ia cimaise occupant le pourtour, un chemin de croix achèvera la décoration. Enfin dans la pénombre du chœur, au-dessus de l’autel, un Christ à tête pâle s’élève, tout rouge de pourpre, offrant son cœur vermeil, confirmant par le sacrifice la cause de sa venue :1a rédemption
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des malheureux qui soulîrent. S’il se retourne à regret vers la porte de sortie principale, le passant courbera la tête sous l’holocauste de Fagneau, sur la croix, supportée par deux séraphins gigantesques, rigidement construits comme l’agneau, toison de soufre vert sur un fond d’or.
C’est partout en ces fresques la verve et la coloration somptueuse, apanage de Besnard, flots en torrents impétueux d’ocres chaleureux, de bleus sombres, de cinabres et d’incarnats confrontés à la profondeur glauque des verts, vêtements désormais sacrés d’une charité et d’une philosophie chrétiennes. Le peintre de la femme, des étoiles et des nues, discipliné à son sujet, religieusement, appropriant aux lieux sa personnalité, a fait acte de ferveur.
De même, Besnard dans les groupes
qu’elle prépare pour orner les autels latéraux. L’un d’eux s’achève, une forme au visage de bonté plane au-dessus d’une flllette malade, aux traits amenuisés par la souifrance, enserrée de la gangue rigide dont le sculpteur usa pour
profiler le modelé eu silhouettes hiératiques. Indice de leur solution, ou ne pense pas aux difficultés d’équilibre de ce groupe, vaincues pour le stabiliser. La vision consolatrice descend parmi les voiles légers, son attache au sol s’ignore et l’on croit entendre le murmure de douces paroles échappées de ses lèvres. Combien l’art d’une femme est beau, quand elle sait rester femme dont la tendresse n’exclut pas le savoir.
Seuls, des artistes bons, indissolublement liés dans sa pensée, pouvaient mener à bien l’œuvre, parure de la côte de France.